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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200924

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200924

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantCABINET JL. SCHNERB - J. CHATEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2022 et le 12 février 2024, Mme A épouse C, représentée par Me Chateau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Pau et la SMACL assurances au versement de la somme de 1 800 euros en réparation des travaux réparatoires et la somme de 1 000 euros au titre du préjudice moral subi ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pau la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la concession voisine à celle sur laquelle le monument funéraire de la famille A est implanté, a été reprise par la commune de Pau en 2017 et a subi des travaux ;

- les travaux réalisés par la commune de Pau sur la concession voisine à celle de la famille A a causé des dommages sur le monument, de sorte que le caveau familial s'affaisse du côté de la concession sur laquelle a été réalisée les travaux et une inhumation ;

- en fin d'année 2016, l'attestation versée au débat affirme qu'aucun dégât n'apparaissait sur le caveau de la famille A alors qu'en novembre 2017, le monument s'affaisse ;

- l'expertise établit le lien de causalité entre les travaux et les dégâts constatés et estime le montant des travaux réparatoires à 1 800 euros ;

- la responsabilité de la commune est engagée sur le fondement de dommages de travaux publics ;

- Mme A épouse C doit être regardée comme soulevant la responsabilité contractuelle de la commune à raison d'une faute commise par la commune au regard des pouvoirs de police du maire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 8 janvier 2024, la commune de Pau et la SMACL assurances représentées par Me Boissy, concluent à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A épouse C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire au rejet de la requête et à titre infiniment subsidiaire à la réduction des montants de condamnations.

Elles font valoir que :

- en l'absence de demande préalable, une fin de non-recevoir est opposée, de sorte que la requête est irrecevable ;

- le monument funéraire de la famille A est posé sur une ceinture en béton superficielle de sorte que les mouvements de sols sont normaux, et que le lien de causalité entre les travaux d'inhumation sur la concession voisine et les dégâts d'affaissement du socle du monument n'est pas établi, ce mouvement peut être occasionné par le mouvement tectonique, par d'autres facteurs externes ou encore par la décomposition des cercueils formant des poches gazeuses instables. La décompression des sols peut être provoquée par le terrassement sur des concessions voisine proches mais également par le mode constructif de l'ouvrage funéraire ;

- la famille A a pris un risque en réalisant le monument sur une ceinture de béton superficielle ;

- il est regrettable que le propriétaire de la concession voisine qui a procédé à l'inhumation après les travaux réalisés par la commune n'ait pas été convié aux expertises ;

- le propriétaire de la concession est responsable et la commune ne saurait voir sa responsabilité engagée dès lors que l'inhumation peut être à l'origine des dégâts litigieux ; il appartient à chaque propriétaire d'édifier des monuments funéraires susceptibles de supporter une contrainte ;

- le montant de travaux estimés à 1 800 euros n'est pas justifié ;

- le préjudice moral estimé à 1 000 euros par la requérante n'est pas justifié.

Les parties ont été informée le 23 mai 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement est susceptible de se fonder sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme A sur le fondement de la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics dès lors qu'elle est liée à la commune par un contrat de concession funéraire.

Par ordonnance du 19 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

Un mémoire a été enregistré le 5 juin 2024, présenté par Mme A épouse C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C est titulaire de la concession dans le cimetière urbain de Pau sur laquelle le monument funéraire de la famille A est édifié. L'emplacement de la concession voisine n'ayant pas été renouvelé, la commune de Pau a procédé dans le courant de l'année 2017 à des travaux de terrassement, et une inhumation a été réalisée dans le courant de la même année. Mme A épouse C demande la condamnation de la commune et de la SMACL assurances à lui verser la somme de 1 800 euros au titre des travaux réparatoires sur le monument funéraire du fait des travaux réalisés ayant causés des dégâts et la somme de 1 000 euros au titre du préjudice moral.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune de Pau pour dommages de travaux publics :

2. D'une part, la mise en jeu de la responsabilité sans faute d'une collectivité publique pour dommages de travaux publics à l'égard d'un tiers par rapport à un ouvrage public ou à une opération de travaux publics est subordonnée à la démonstration par l'administré de l'existence d'un dommage anormal directement en lien avec cet ouvrage ou cette opération.

3. D'autre part, Mme A épouse C soutient que des travaux de reprise de la concession voisine de celle dont elle est titulaire sont à l'origine de dommages causés au socle du monument funéraire de la famille A et provoque son affaissement. Il résulte de l'instruction que dans le courant de l'année 2017, des travaux de reprise ont effectivement été réalisés par la commune sur la concession voisine et qu'une inhumation a été réalisée sur celle-ci. Toutefois, en se bornant à produire une attestation datée du 18 octobre 2019, soit plus deux ans après la réalisation des travaux, et des photos du monument après l'intervention des travaux qui permettent de constater la matérialité des faits, la requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que les dégradations ainsi relevées trouvent leur origine dans les travaux de reprise qui ont été réalisés par la commune sur la concession voisine. Toutefois, dès lors que Mme A épouse C est titulaire d'un contrat de concession funéraire avec la commune de Pau, cette dernière ne peut exercer à l'encontre de la commune de Pau en raison des troubles dont elle demande réparation, d'autre action que celle procédant de ce contrat. Par suite, les conclusions de Mme A épouse C, tendant à l'engagement de la responsabilité de la commune de Pau à raison des travaux liés à la reprise de la concession funéraire voisine sous la maîtrise d'ouvrage de la commune, doivent être rejetées comme irrecevables dès lors que la requérante est liée à la commune par un contrat de concession funéraire. En effet,elle ne peut pas rechercher la responsabilité de la commune de Pau sur le fondement de la responsabilité pour dommages de travaux publics.

En ce qui concerne la responsabilité à raison de l'exercice des pouvoirs de police du maire :

4. Aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières. ". L'article L. 2213-9 du même code dispose : " Sont soumis au pouvoir de police du maire le mode de transport des personnes décédées, le maintien de l'ordre et de la décence dans les cimetières, les inhumations et les exhumations () ". Et aux termes de l'article L. 2223-13 de ce code : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture et celle de leurs enfants ou successeurs. Les bénéficiaires de la concession peuvent construire sur ces terrains des caveaux, monuments et tombeaux () / Le terrain nécessaire aux séparations et passages établis autour des concessions de terrains mentionnées ci-dessus est fourni par la commune. ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'autorité municipale d'assurer la surveillance et l'entretien des cimetières, et, dans le cas de travaux confiés à des intervenants autorisés à rentrer dans leur enceinte, de veiller par des mesures appropriées au respect de l'intégrité de l'ouvrage public et des concessions qui s'y trouvent. Ainsi, il incombe au maire de veiller à ce que les bénéficiaires de concessions funéraires et leurs ayants-droits ne puissent être troublés dans l'exercice exclusif de ce droit d'usage et de jouissance et ce, pendant toute la durée de validité de ces titres.

5. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'alors qu'un premier affaissement du monument en cause s'est manifesté en 2003, aucun élément au soutien de l'allégation selon laquelle les services de la commune auraient commis un manquement dans la surveillance des travaux réalisés dans le cimetière à proximité de la concession funéraire de la requérante n'est apporté. Elle n'établit pas, par ses seules affirmations et la production de rapports d'experts de son assureur que les interventions sur la concession voisine sont à l'origine des dommages dont elle se prévaut. En outre, elle se borne à affirmer que la datation précise de l'affaissement est sans importance dès lors que ce dernier est intervenu nécessairement suite aux creusements successifs et à la démolition de la semelle. Alors que la concordance temporelle est nécessaire à la détermination du lien de causalité, Mme A épouse C n'établit pas suffisamment, si ce n'est qu'avec un témoignage peu circonstancié, que l'affaissement du monument funéraire familial a eu lieu immédiatement après les interventions sur la parcelle voisine. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le maire de Pau aurait méconnu les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, constitutives d' une faute de nature à engager la responsabilité de la commune dans l'exercice des pouvoirs de police du maire.

6. Il résulte de ce qui précède, sans avoir besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l'assureur de la commune et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A épouse C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que la commune de Pau et la SMACL assurances, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, versent à Mme A épouse C, une somme au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A épouse C la somme de 1 500 euros demandée par la commune de Pau et la SMACL assurances sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D A épouse C, à la commune de Pau et à la SMACL assurances.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

L. CRASSUS

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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