mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200937 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. B A, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- cette lacune ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à un particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 611-1-1 4° et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, s'agissant en particulier de son état de santé ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 611-3 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2022 à 14 heures en présence de Mme Ugarte, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 juin 1994 à Conakry (Guinée), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 27 août 2021. Il a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 26 octobre 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 4 avril 2022. Par un arrêté du 7 avril 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour:
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, et les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile de M. A, et rappelle les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale et à son intégration au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit qu'elle comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A, avant d'édicter à son encontre la mesure d'éloignement en litige, de sorte que ce moyen sera également écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
4. Il ressort des mentions du relevé " Telemofpra " produit en défense par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que le recours formé le 23 décembre 2021 par M. A, à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 4 avril 2022. Il s'ensuit qu'en vertu des dispositions précitées le droit de l'intéressé au maintien sur le territoire a pris fin à cette dernière date. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement estimer, à la date de l'arrêté en litige le 7 avril 2022, que M. A se trouvait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel il pouvait légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué par M. A, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, qu'il aurait informé le préfet des Pyrénées-Atlantiques de son état de santé, et en particulier de ce qu'il ferait l'objet de pathologies psychiatriques et de séquelles physiques. Dans ces conditions, la circonstance invoquée que ce suivi médical n'est pas mentionné dans la décision en litige ne saurait révéler un défaut d'examen de sa situation. Par ailleurs et en tout état de cause, le seul certificat médical du 29 mars 2022 produit par M. A ne permet d'établir ni que l'absence du suivi dont il bénéficie aurait pour M. A des conséquences d'une extrême gravité, ni qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Et aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
7. Il résulte de ces dispositions que, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour pour soins, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
8. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit en point 5, et d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait disposé en l'espèce d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés justifiant la saisine du collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration préalablement à l'édiction de la décision attaquée. D'autre part, et en tout état de cause, la seule pièce médicale produite par M. A dans le cadre de la présente instance, à savoir un certificat médical du 29 mars 2022 mentionnant que l'intéressé souffre de douleurs articulaires et de troubles du sommeil, n'est pas suffisante pour établir qu'une absence de soins entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical adapté dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
10. Si M. A soutient que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la requérante aurait présenté en dehors de sa demande d'asile une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'était pas tenu d'examiner le droit au séjour de M. A au regard de ces dispositions. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit en point 8, l'intéressé ne démontre pas avoir fourni suffisamment d'informations relatives à sa situation médicale justifiant que le préfet des Pyrénées-Atlantiques saisisse le collège des médecins de l'office français pour l'immigration et l'intégration avant de prononcer la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. M. A soutient qu'il n'a plus aucun lien avec son pays d'origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, dont la présence sur le territoire étant encore très récente à la date de la décision attaquée, est entrée en France à l'âge de 27 ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine, et qu'il ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire, ni davantage d'une intégration sociale et professionnelle particulière. Dans ces conditions, en obligeant M. A à quitter le territoire français le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Pour ces mêmes raisons, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, de sorte que ce moyen doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction de cette même requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. A demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
La présidente,
signé
V. QUEMENER
La greffière,
signé
P. UGARTE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Signé P. UGARTE
N°2200937
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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