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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200953

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200953

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantAPPAULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, M. C A, représenté par Me Appaule, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 1er mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler la décision de retrait de points intervenue à la suite de l'infraction commise le 19 août 2021 et les décisions de retrait de points prises en méconnaissance du principe d'information préalable ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points irrégulièrement retirés du capital de points de son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision 48 SI a été signée par une autorité incompétente ;

- la réalité de l'infraction contestée du 19 août 2021 n'est pas établie ;

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure substantiel dans la mesure où l'administration ne lui a pas communiqué les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision prononçant l'invalidation de permis de conduire est illégale dès lors que le solde de points de permis de conduire ne pouvait, à la date de la décision, être regardé comme nul.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

-l'ordonnance de référé n° n° 2200929 du 30 mai 202- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 7 février 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 1er mars 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A les décisions successives de retrait de points prises à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que l'ensemble des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral de M. A, daté du 18 mai 2022, et produit en défense par le ministre de l'intérieur, que cinq infractions ont donné lieu à restitution de points spécifique à chaque infraction. L'infraction commise le 26 février 2014, sanctionnée d'un retrait de quatre points a été compensée le 23 novembre 2014 par décision " 98 Novice ajout de points ". Les infractions commises le 24 juillet 2013 ( -1 point), le 14 mars 2014 (-1 point), le 15 juillet 2014 (-1 point) et le 7 août 2017 ( -1 point) ont respectivement donné lieu à la restitution de chacun des points par des décisions des 10 février 2014, 13 novembre 2014, 26 mai 2015 et 18 mars 2018. Ces restitutions étant intervenues antérieurement à la requête, les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de huit points afférents à ces quatre infractions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision 48SI du 1er mars 2022 :

3. Il ressort du relevé d'information intégral de M. A, daté du 18 mai 2022 et produit par le ministre de l'intérieur au soutien de son mémoire en défense, que le solde de points du permis de la requérante est nul. Toutefois l'examen de ce document montre que les pertes de points à prendre en compte ne correspondent pas aux mentions de la décision 48SI en litige.

4. Le relevé d'information intégral indique que le préfet des Hautes-Pyrénées a délivré à M. A son permis de conduire le 17 mai 2013, date de début de sa période probatoire avec un capital de six points. Au cours de sa période probatoire le requérant a commis quatre infractions totalisant la perte de sept points lesquels, ainsi qu'il a été exposé au point 2, lui ont été intégralement restitués. Ainsi, avant le terme de sa période probatoire M.A disposait de six points soit la totalité de son capital de début de période probatoire. Enfin le relevé d'information intégral porte la mention " Fin de période probatoire le 15 mai 2016 K = 12 ".

5. Le même relevé indique ensuite quatre infractions commises le 8 avril 2017 (-1 point), le 7 août 2017 (-1 point), le 8 avril 2020 (-2 points), le 2 mars 2021 (-1 point) et le 19 août 2021 (- 4 points) et une décision du 18 avril 2018 de restitution du point retiré à raison de l'infraction du 7 août 2017. Dans ces conditions le nombre total de points retirés du capital de douze points du permis de M. A s'établit à huit de sorte, son titre de conduite reste en conséquence valide avec un solde positif de quatre points. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision 48SI du 1er mars 2022.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de point demeurant en litige :

En ce qui concerne la réalité de l'infraction du 19 août 2021 :

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Aux termes de l'article 529-1 du code de procédure pénale : " Le montant de l'amende forfaitaire peut être acquitté soit entre les mains de l'agent verbalisateur au moment de la constatation de l'infraction, soit auprès du service indiqué dans l'avis de contravention dans les quarante-cinq jours qui suivent la constatation de l'infraction ou, si cet avis est ultérieurement envoyé à l'intéressé, dans les quarante-cinq jours qui suivent cet envoi. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 529-2 du même code : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10 et 529-12, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale : " () Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. A a formé une réclamation sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale à l'encontre de l'infraction du 19 août 2021 qui a fait l'objet d'une amende forfaitaire majorée, il n'établit pas que cette réclamation a abouti. Par ailleurs, la mention figurant dans le fichier d'information intégral selon laquelle l'infraction du 19 août 2021 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée suffit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen manque en fait.

En ce qui concerne l'information préalable :

8. Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 et L. 225-9 ". L'article R. 223-3 du même code prévoit : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction ".

9. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 19 août 2021

10. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire du requérant, produit par l'administration, que l'infraction commise le 19 août 2021 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police de contrôle automatisé ", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Toutefois, en dépit de la circonstance selon laquelle le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou de titre exécutoire correspondant, M. A qui produit l'avis de contravention consécutif à l'infraction du 19 août 2021 ne justifie, ni ne démontre que cet avis serait erroné ou incomplet. Il s'ensuit que le vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L 223-3 et R. 223-3 de ce code, dirigé contre la décision de retrait de quatre points consécutives à cette infraction doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 8 avril 2017, 8 avril 2020 et 2 mars 2021

11. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

12. Il résulte des mentions du relevé intégral d'information relatif à la situation du permis de conduire de M. A, que les infractions commises les 8 avril 2017, 8 avril 2020 et 2 mars 2021 ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique. Chacune de ces infractions a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire. M. A ayant ainsi nécessairement reçu, pour chacune de ces infractions, un avis de contravention, qui contient les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et dès lors qu'il n'établit pas, ni même n'allègue, que ces avis étaient inexacts ou incomplets, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions lui ayant retiré un point sur le capital de son permis de conduire à la suite de chacune de ces infractions, seraient intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 8 avril 2017, 8 avril 2020, 2 mars 2021 et 19 août 2021 et que les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, son permis de conduire crédité d'un capital de quatre points, sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme qu'il demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencé " 48 SI " du 1er mars 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A pour solde de points nul, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, son permis de conduire crédité d'un capital de quatre points, sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière

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