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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200991

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200991

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantCABINET ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 et 12 mai 2022, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 2 mai 2018, 10 novembre 2018, 8 janvier 2020, 29 mai 2020, 10 mars 2021 et 11 mars 2021 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé le 21 février 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer son capital de points et de lui restituer son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que les décisions de retrait de points et la décision référencée " 48 SI " ne lui ont pas été notifiées ;

- pour chacune des décisions de retrait de points, il n'a pas été destinataire des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions, contestées auprès d'officiers du ministère public et ayant donné lieu au classement sans suite ou renvoi devant le tribunal, n'est pas établie.

- il a contesté auprès de différents OMP des avis de contraventions référencées ayant entraîné perte de points ; dès lors, en cas de réponses attendues de classement sans suite ou de poursuite devant les tribunaux compétents, la décision de perte de points sera irrégulière et donc frappée d'illégalité interne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 SI ", et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- le solde de points du permis de conduire de M. A est redevenu positif et est actuellement crédité de 4 points à la suite du suivi d'un stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route effectué les 10 et 11 décembre 2021 ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 14 février 2024 à 11 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a notifié à M. A l'ensemble des retraits de points successivement opérés à la suite des six infractions relevées à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 2 mai 2018, 10 novembre 2018, 8 janvier 2020, 29 mai 2020, 10 mars 2021 et 11 mars 2021, et par voie de conséquence, de la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A édité le 13 juin 2022, que l'intéressé s'est vu réattribuer le 12 décembre 2021, quatre points à la suite du suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 10 et 11 décembre 2021. En outre, aucune mention concernant l'existence d'une décision d'invalidation du permis de conduire de M. A ne figure sur le relevé d'information intégral. Par suite, le ministre doit être regardé comme ayant retiré la décision " 48 SI ". Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision " 48 SI ", ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'absence de réalité des infractions :

3. Si M. A soutient avoir formé des réclamations sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale à l'encontre des infractions qu'il conteste dans le présent litige, toutefois, le requérant ne produit au soutien de ses allégations aucun document, ni n'établit que ces réclamations n'ont abouti. Par ailleurs, il ressort des mentions figurant dans le fichier d'information intégral, que les infractions des 2 mai 2018, 10 novembre 2018, 8 janvier 2020, 29 mai 2020, 10 mars 2021 et 11 mars 2021 ont donné lieu, respectivement les 30 octobre 2018, 31 janvier 2019, 1er février 2021, 31 mai 2021 (pour les infractions des 10 et 11 mars 2021) et 30 juin 2020, à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées, établissant ainsi la réalité de ces infractions. Il s'ensuit que la réalité des infractions en litige est établie au sens des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 2 mai et 10 novembre 2018 :

5. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention " N/A " possède également la même valeur probante durant toute la période d'application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre le Covid-19 dès lors qu'elle permet d'attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu'il ait eu à apposer sa signature sur le document.

7. Il résulte de l'instruction, que l'infraction commise le 10 novembre 2018 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique signé par le requérant, lequel comporte les informations exigées par l'articles L.223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester de la délivrance des informations préalables. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait, s'agissant de cette infraction à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route.

8. En revanche, la production par le ministre, s'agissant de l'infraction commise le 2 mai 2018, d'un procès-verbal de contravention non signé par M. A ne permet pas d'établir que l'information a effectivement été communiquée au contrevenant à l'occasion de l'établissement de ce procès-verbal. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision portant retrait de trois points à la suite de cette infraction est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et, pour ce motif, à en demander l'annulation.

S'agissant de l'infraction commise le 29 mai 2020 :

9. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 29 mai 2020 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique que l'intéressé a refusé de signer. La mention " refus de signer " apportée par l'agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de cette infraction, qui manque en fait, doit être écarté comme étant manifestement infondé.

S'agissant des infractions commises les 10 et 11 mars 2021 :

10. Il résulte de l'instruction que les infractions commises par M. A les 10 et 11 mars 2021 qui ont entrainé les retraits de trois points, ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie de ces procès-verbaux, revêtus de la mention " N/A " pour indiquer la non-apposition de la signature en raison de ce contexte sanitaire alors en vigueur, et qui comportent l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les mentions de ces procès-verbaux, qui font foi jusqu'à preuve contraire, attestent ainsi que l'administration s'est acquittée envers le requérant, lors de l'établissement de ces procès-verbaux, de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points à la suite de ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 8 janvier 2020 :

11. Il résulte des articles R. 49-1, et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R. 223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

12. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 8 janvier 2020 et constatée par procès-verbal électronique a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit un historique des mouvements de paiement annexé à ce procès-verbal, attestant du paiement par chèque d'un montant de 90 euros de l'amende forfaitaire auprès du centre d'encaissement des amendes par M. A le 24 février 2020. Il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, dès lors que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Dès lors, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de point consécutive à cette infraction.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à obtenir l'annulation de la décision de retrait de trois points, consécutive à l'infraction commise le 2 mai 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. La présente décision, qui annule le retrait de trois points, prononcé suite à l'infraction relevée le 10 novembre 2018, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur restitue à M. A trois points, dans la limite d'un capital égal à douze points et sans préjudices des décisions de retrait de points qui seraient intervenues à raison d'autres infractions commises postérieurement par l'intéressé. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à cette restitution dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision " 48 SI ", ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Article 2 : La décision de retrait de trois points du permis de conduire de M. A consécutive à l'infraction commise le 2 mai 2018 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A trois points sur le solde de son permis de conduire dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

F. CLa greffière,

Signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

No 2200991

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