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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201027

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201027

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2022 et le 14 avril 2023, M. A B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président de la communauté d'agglomération du Pays basque a implicitement rejeté sa demande d'abrogation de la délibération du 29 septembre 2018 par laquelle le conseil communautaire de cet établissement public de coopération intercommunale a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune d'Arcangues en tant que ce document d'urbanisme classe en zone N la parcelle cadastrée section AB n° 83 et en zone A la parcelle cadastrée section AC n° 84 ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération du Pays basque d'engager une procédure de modification de ce plan local d'urbanisme pour le reclassement de ces deux parcelles en zone urbaine ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Pays basque une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les règles de l'enquête publique ont été méconnues, au regard des articles L. 123-10 du code de l'urbanisme et R. 123-19 du code de l'environnement, compte tenu de l'insuffisance de l'avis du commissaire-enquêteur, ce moyen étant recevable sans délai, en application de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la délibération du 29 septembre 2018, en tant que le plan local d'urbanisme classe en zone A la parcelle cadastrée section AC n° 84 et en zone N la parcelle cadastrée section AB

n° 83, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles R. 151-18, R. 151-22 et R. 151-24 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 janvier 2023 et le 26 janvier 2023, la communauté d'agglomération du Pays basque, représentée par Me Ghaye, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisance de l'avis du commissaire-enquêteur est irrecevable au regard de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme et, au surplus, infondé ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense présenté pour la communauté d'agglomération du Pays basque a été enregistré le 30 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garcia, représentant M. B, et de Me Guillou, représentant la communauté d'agglomération du Pays basque.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 29 septembre 2018, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune d'Arcangues. Par lettre du 9 février 2022, M. B a demandé au président de cet établissement public de coopération intercommunale l'abrogation de ce document d'urbanisme en tant qu'il classe en zone N la parcelle cadastrée section AB n° 83 et en zone A la parcelle cadastrée section AC n° 84. M. B demande l'annulation de la décision par laquelle la communauté d'agglomération du Pays basque a implicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, le contrôle exercé par le juge administratif sur un acte qui présente un caractère réglementaire porte sur la compétence de son auteur, les conditions de forme et de procédure dans lesquelles il a été édicté, l'existence d'un détournement de pouvoir et la légalité des règles générales et impersonnelles qu'il énonce, lesquelles ont vocation à s'appliquer de façon permanente à toutes les situations entrant dans son champ d'application, tant qu'il n'a pas été décidé de les modifier ou de les abroger.

3. Le juge administratif exerce un tel contrôle lorsqu'il est saisi, par la voie de l'action, dans le délai de recours contentieux. En outre, en raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, comme la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir, doit pouvoir être mise en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique.

4. Après l'expiration du délai de recours contentieux, une telle contestation peut être formée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour l'application de l'acte réglementaire ou dont ce dernier constitue la base légale. Elle peut aussi prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel " l'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé [] ". Si, dans le cadre de ces deux contestations, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement invoquer, à l'appui des présentes conclusions, qui tendent à l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 29 septembre 2018 portant approbation du plan local d'urbanisme d'Arcangues, qui est un acte règlementaire, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'avis du commissaire-enquêteur à l'issue de l'enquête publique, qui est un vice de procédure.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone agricole, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations, voire présentent un caractère urbanisé.

8. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AC n° 84 dans la commune d'Arcangues, en état de prairie, dépourvue de construction, et boisée sur une partie de son pourtour, jouxte au nord et à l'est des parcelles de même nature, et à l'ouest et au sud-ouest des parcelles cultivées identifiées comme ayant un fort potentiel agricole. Contrairement à ce que soutient le requérant, la parcelle en cause, d'une contenance de 8 660 m², ne relève pas de la zone urbanisée située au sud, dont elle est séparée par ces parcelles cultivées et par des serres, mais s'insère dans la partie occidentale d'un secteur à vocation rurale, dont les constructions, à usage de pépinière, de serres et de centre équestre, sont en lien avec l'activité agricole. Par suite, et en dépit de ce que la parcelle concernée est desservie par les réseaux et accessible depuis la voie publique, la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 29 septembre 2018, en tant que le plan local d'urbanisme de la commune d'Arcangues classe la parcelle cadastrée section AB n° 84 en zone agricole, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AC n° 84 dans la commune d'Arcangues, d'une contenance de 64 070 m², est entièrement boisée, supporte des espaces boisés classés et appartient à un secteur plus vaste à l'état naturel, longeant l'autoroute A63. Sans qu'y fasse obstacle sa desserte par la voie publique, et la circonstance alléguée que la parcelle en cause ne présente pas d'arbres d'intérêt particulier, cette dernière présente un caractère naturel. Par suite, la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 29 septembre 2018, en tant que le plan local d'urbanisme de la commune d'Arcangues classe la parcelle cadastrée section AB n° 83 en zone naturelle, n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération du Pays basque et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la communauté d'agglomération du Pays basque une somme de

1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération du Pays basque.

Copie en sera adressée à la commune d'Arcangues.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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