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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201054

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201054

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022, M. B A, représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner au préfet des Pyrénées-Atlantiques de produire l'entière procédure administrative ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

4°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, sur le fondement de l'article

. 911-2 du code de justice administrative de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé pendant l'instruction de son dossier ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros au bénéfice de Me Sanchez-Rodriguez sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridique en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle n'a pas été précédée d'un examen propre de sa demande sur le fondement de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, distinctement de l'admission exceptionnelle au séjour au visa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou au titre de ses liens personnels en application de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné la situation de M. A sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que le préfet pouvait, au regard de sa situation, lui délivrer un certificat de résidence bien qu'il ne remplisse pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en fait.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, est entré irrégulièrement en France au mois de septembre 2021, d'après ses déclarations. Placé en rétention administrative à la suite de son interpellation le 26 avril 2022, M. A a transmis un courrier non signé et non daté dans lequel il a sollicité son admission au séjour par le travail. Par arrêté du 26 avril 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2020. Par suite, sa demande d'admission provisoire au bénéfice de cette aide est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, il ressort des termes du courrier non daté et non signé dont il est constant qu'il a été transmis aux services de la préfecture et considéré comme constituant la demande de titre de séjour de M. A, que cette demande n'est pas fondée sur l'article 7 de l'accord franco-algérien, mais sur le pouvoir de régularisation du préfet. Par suite, le défaut d'examen de la demande de titre de M. A sur le fondement de ces dispositions de l'accord franco-algérien ne révèle pas un défaut d'examen propre de la demande, ni une erreur de droit.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Les dispositions codifiées à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles elles renvoient, sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

6. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet des Pyrénées-Atlantiques ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter la demande d'admission au séjour présentée par M. A.

8. La décision attaquée, prise à tort sur le fondement des dispositions de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et motivée par la circonstance qu'aucune considération humanitaire, ni aucun motif exceptionnel ne justifiait la délivrance à M. A d'un titre de séjour, trouve un fondement légal dans l'exercice par le préfet du pouvoir de régularisation discrétionnaire dont il dispose. Ce fondement légal peut être substitué au fondement erroné retenu par le préfet des Pyrénées-Atlantiques dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. A des garanties de procédure qui lui sont offertes par la loi et que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu de procéder à la substitution de base légale sollicitée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques.

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré au mois de septembre 2021 sur le territoire français, selon ses déclarations, ne se prévaut pas d'attaches anciennes, stables et durables sur le territoire français. Il se borne à invoquer sa maîtrise du français, son inscription en cours de français langue étrangère depuis le 1er mars 2022 et la circonstance que son oncle a signé à son endroit une promesse d'embauche en qualité de boucher désosseur, métier connaissant des difficultés de recrutement, ce qui ne suffit toutefois pas à caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

11. La décision attaquée a été prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision portant refus de titre de séjour se fonde sur ce que l'intéressé ne démontre pas de liens personnels et familiaux d'une ancienneté et d'une stabilité suffisante sur le territoire français où il résidait depuis huit mois à la date de la décision attaquée, sur ce qu'il ne justifie d'aucune considération humanitaire ni aucun motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", dès lors que s'il se prévaut d'une promesse d'embauche dans la boucherie de son oncle, dans une activité figurant dans la liste des métiers et de zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement, il n'a pas fourni de pièces justificatives quant à ses qualifications, son expérience professionnelle et ses diplômes, sur ce qu'il n'établit pas remplir l'une des conditions requises par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié pour l'obtention de plein droit à un autre titre d'un certificat de résidence, et sur ce qu'il ne fournit pas d'élément lui permettant de bénéficier d'une protection contre une mesure d'éloignement en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 3, la demande de titre n'étant pas fondée sur l'article 7 de l'accord franco-algérien, le requérant ne peut en conséquence utilement soutenir que la décision attaquée ne motive pas le rejet de la demande de titre sur ce fondement. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

13. La décision attaquée se fonde sur ce que l'intéressé n'établit pas qu'il serait soumis à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans l'hypothèse d'un renvoi dans son pays d'origine. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.". Aux termes du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. ".

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

V. C

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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