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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201064

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201064

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCP CABINET PERSONNAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 17 mai 2022, le 29 février 2024, le 8 avril 2024 et le 15 avril 2024, M. B C et Mme D F épouse C, représentés par Me Neraud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 28 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Josse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée le 31 mars 2021 par M. E pour le remplacement d'un portail et la création d'un mur ;

2°) de mettre à la charge de M. E et de la commune de Josse chacun, une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que le dossier de déclaration préalable ne comporte pas de plans de coupe ni de plans de masse permettant d'apprécier les distances entre les travaux projetés et les limites du terrain et que les éléments graphiques présents au dossier sont insuffisants pour apprécier l'environnement dans lequel s'insère le projet ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme dès lors que les travaux projetés empiètent sur une partie commune du lotissement et qu'aucune attestation d'accord des autres colotis, ou titre de propriété sur cette partie, n'est présent au dossier ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, relatif à l'aspect des clôtures dès lors que le projet utilise des matériaux composites avec des coloris disparates, sans rapport avec la construction initiale et ne respecte pas le style traditionnel propre au lotissement et à la région ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, relatif aux plantations et à l'aménagement des espaces libres dès lors qu'un arrachage de plantations est prévu sans plantation d'espèces équivalentes.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 26 mars 2024, la commune de Josse, représentée par Me Jambon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive et que les requérants n'ont aucun intérêt à agir ;

- la requête présentée plus de six mois après l'achèvement des travaux, est également irrecevable à ce titre ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, M. E, représenté par Me Lonné, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les requérants n'ont aucun intérêt à agir et que la requête est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Foulon ;

- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Marbot, représentant la commune de Josse.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler la décision implicite du 28 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Josse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n°DP04012921D0013 déposée le 31 mars 2021 par M. E, en vue de la création d'un mur et le remplacement d'un portail au 67 rue des Cerisiers à Josse (Landes) sur une parcelle cadastrée B828.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable :

2. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, (). / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () ". La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions précitées du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, ne serait susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation d'urbanisme que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. E a joint au formulaire de déclaration un plan de situation, une photographie du portail existant inséré dans son environnement, un extrait du plan cadastral avec la mention de la localisation des travaux projetés en précisant la longueur de la parcelle, une photographie présentant le mur projeté et le nouveau portail coulissant dans son environnement, en mentionnant la hauteur du mur et la largeur de ces éléments, ainsi que les matériaux utilisés, et enfin, un plan schématique, rappelant les dimensions du mur et du portail et leur positionnement par rapport à la limite de propriété côté est et à la maison d'habitation existante, permettant ainsi de situer les travaux projetés dans l'espace environnant. S'agissant de simples travaux de remplacement d'un portail, qui ne modifient pas le profil du terrain et ne consistent pas à créer une nouvelle construction, aucun plan de coupe ou plan de masse n'était nécessaire. Le service instructeur était ainsi, suffisamment informé de la consistance et de l'insertion du projet présenté, pour être en mesure d'apprécier sa conformité à la réglementation applicable. Si les requérants soutiennent que le projet emporte l'arrachage d'une haie, il ne ressort pas des photographies présentes au dossier, ni d'aucune autre pièce du dossier, que l'arrachage d'une haie ait été rendue nécessaire par le projet ainsi déclaré. Le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme :

4. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ".

5. Les autorisations relatives à l'utilisation du sol ayant pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux autorisés avec la réglementation d'urbanisme et étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 précité du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter la demande. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande pour ce motif.

6. En l'espèce, la demande de déclaration préalable a bien été établie par une personne étant autorisée à effectuer les travaux et de plus, il n'y a pas d'expropriation pour cause d'utilité publique. Les requérants ne peuvent en outre utilement se prévaloir de ce que le projet empiéterait sur une partie commune du lotissement, cette circonstance étant en soi sans incidence sur l'autorisation d'urbanisme, dès lors que la décision de non-opposition à déclaration préalable est adoptée sous réserve du droit des tiers. En tout état de cause, l'empiètement sur une partie commune du lotissement n'est pas démontré. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud :

7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section B n°828 a été classée par le PLUI de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, applicable à la date de la décision attaquée, en zone U, en secteur de degré 3 - Habitat et bourgs traditionnels, en catégorie 1 pour ce qui concerne l'édification des clôtures.

8. Aux termes de l'article 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, relatif aux clôtures édifiées en zone urbaine dans le secteur classé 3 sur le territoire de la commune de Josse : " • Les clôtures sur rue doivent faire l'objet d'un traitement architectural coordonné avec celui du corps principal des bâtiments. Elles devront mettre en œuvre des matériaux et couleurs similaires à ceux employés sur la construction principale. / • Les portails et/ou portillons ne devront pas être d'une hauteur plus importante que la clôture. () / () Types de clôtures autorisées sur emprises publiques : / () 4. Un mur plein, sur une longueur maximale de 5 m (à répartir de part et d'autre du portail ou d'un seul côté). Ce mur devra être enduit soit de la même couleur que l'habitation, soit dans des teintes blanc à sable. () ". Il résulte également de ce même article que la hauteur maximale des clôtures sur emprise publique sur la commune de Josse est de 1,8 mètres.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier de déclaration préalable que les travaux en litige consistent en l'édification d'un mur plein d'une hauteur de 1,4 mètres, recouvert d'un enduit blanc et le remplacement d'un portail existant à deux battants par un portail coulissant en pin comportant une ossature en métal. Ce faisant, les travaux projetés, qui présentent un aspect similaire à la construction principale, ne méconnaissent pas les dispositions de l'article 2.5 précité relatif aux clôtures tant dans leurs dimensions que leur composition ou leur coloris, sans qu'y fasse obstacle la présence d'une clôture grillagée préexistante et non modifiée sur le côté opposé du mur plein ou les éléments traditionnels des autres constructions existantes au sein du lotissement. En outre, et alors qu'aucune prescription particulière n'est imposée s'agissant des portails, en dehors d'une insertion dans le paysage, et qu'il n'existe d'ailleurs aucune homogénéité dans le lotissement s'agissant des portails, les lames du portail envisagé sont en bois, et le mur servant à faire coulisser ce portail est blanc, tout comme les façades de la maison du pétitionnaire. Le moyen tiré de l'atteinte à l'environnement architectural existant doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud :

10. Aux termes de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, relatif aux plantations et aménagement des espaces libres : " Dans les espaces libres, les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations équivalentes. Les espaces libres doivent être aménagés ou plantés d'essences locales (dont la liste figure en annexe), afin de s'harmoniser avec le milieu environnant. / Pour tout arbre détruit pour des raisons sanitaires justifiées, une nouvelle plantation devra également être mise en place. ".

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies de l'état des lieux existant avant les travaux, qu'aucune haie ne se trouvait à l'emplacement projeté pour l'édification du mur plein. Si les requérants soutiennent que les nouveaux propriétaires ont reconnu l'arrachage de la haie dans un courrier du 15 décembre 2023, postérieur à la décision contestée, il ressort des termes mêmes de ce courrier que l'expéditeur mentionne une haie encore existante " à ce jour ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. et Mme C doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. E et de la commune de Josse, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, le versement de la somme que demandent M. et Mme C au titre des frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. E et la même somme au titre des frais exposés par la commune de Josse et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront la somme de 1 500 euros à M. E et la somme de 1 500 euros à la commune de Josse, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme D F épouse C, à M. A E et à la commune de Josse.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Foulon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

Céline Foulon

La présidente,

Florence MadelaigueLa greffière,

Adriana Strzalkowska

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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