lundi 3 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BAZIRE-BOULOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 mai 2022 et le 11 janvier 2023, la Copropriété de navire La Cangue, représentée par Me Boulouard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2021 par laquelle le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle Aquitaine (CRPMEM NA) a rejeté sa demande d'attribution d'une licence céphalopodes aux arts traînants pour la campagne de pêche 2022 ;
2°) de mettre à la charge du CRPMEM NA la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la décision attaquée manque de base légale dans la mesure où les deux décisions dont elle porte application, à savoir la délibération du CRPMEM NA du 26 juin 2018 n° 2018-B27 rendue obligatoire par l'arrêté du préfet de région Nouvelle Aquitaine du 28 août 2018, sont illégales ;
- la délibération du CRPMEM n° 2018-B27 est illégale pour incompétence de l'auteur de l'acte, détournement de pouvoir et erreurs de droit ;
- concernant l'incompétence de l'auteur de l'acte, sauf à justifier d'une délégation spécifique et régulière, la délibération du CRPMEM NA du 26 juin 2018 n° 2018-B27 adoptée par le bureau du CRPMEM NA l'a nécessairement été par un organe incompétent, le pouvoir de délibération dans les domaines en litige appartenant en principe au conseil du CRPMEM NA en application de l'article R. 912-31 du code rural et de la pêche maritime ; le conseil du CRPMEM NA n'a pas délégué à son bureau la possibilité de prendre des mesures d'ordre et de précaution destinées à organiser la cohabitation entre métiers mais seulement la possibilité d'adopter des délibérations relatives à la gestion de la ressource, incluant l'attribution des licences ; or, la délibération n° 2018-B27 porte ce double objectif de gestion de la ressource et d'organisation de la cohabitation entre arts dormants et arts traînants ;
- concernant l'erreur de droit et le détournement de pouvoir, en mettant en œuvre de façon détournée le principe jugé illégal d'interdiction de la pratique de la senne danoise et écossaise dans les eaux du CRPMEM NA, et par transposition de la solution apportée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2019, la délibération du CRPMEM NA n° 2018-B27 est entachée d'illégalité pour erreur de droit et détournement de pouvoir, entraînant dès lors la nullité de la décision de refus de licence pour la campagne 2022 prise sur son fondement ; cette délibération exclut, tout comme la délibération n° 2013-19 jugée illégale, la senne danoise et écossaise de la définition des arts traînants autorisés et pris en compte pour les antériorités, alors même qu'aucune interdiction de ces modes de pêche n'est en vigueur pour la campagne de pêche 2022 en conséquence des jugements du tribunal administratif de Poitiers du 12 mai 2016 et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 27 octobre 2017 ; les délibérations relatives aux attributions de licence ne font que décliner le principe d'interdiction de l'usage de la senne danoise et écossaise dans les eaux du CRPMEM NA définie par la délibération n° 2018-B27 et c'est bien en ce sens qu'elles sont interdépendantes ; ainsi, les délibérations relatives à l'attribution de licences perdent leur légalité du fait de l'illégalité de la délibération " mère " n° 2018-B27 ; par arrêté de la préfète de région Nouvelle Aquitaine du 22 avril 2022 rendant obligatoire la délibération n° 2019-B29 du 11 octobre 2019 du CRPMEM NA et par arrêté n° 153 du même jour, ont été instaurés un principe d'interdiction de la pêche à la senne danoise dans les eaux territoriales de l'ex-région Aquitaine et un système de dérogation limitatif dans les eaux de l'ex-région Poitou-Charentes ;
- concernant l'erreur de droit, la délibération du CRPMEM NA n° 2018-B27 méconnaît les dispositions de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime en ne prenant pas en compte les trois critères cumulatifs posés par cet article dans l'établissement des règles d'attribution et de délivrance des autorisations de pêche aux céphalopodes ; un simple rappel en préambule d'une délibération de la nécessité de gérer durablement la ressource et d'organisation collégiale, équitable et durable ne permet pas d'estimer que les critères d'orientation du marché et des équilibres économiques ont été pris en considération ainsi que l'a jugé la cour administrative d'appel de Nantes dans ses deux arrêts du 10 janvier 2020 ;
- l'arrêté du préfet de région du 28 août 2018 est illégal pour vice d'incompétence ; l'arrêté est signé par subdélégation par le directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique alors que l'arrêté de délégation de signature du directeur interrégional de la mer Sud-Atlantique réserve expressément à sa signature l'approbation des délibérations ; le directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique n'était donc pas compétent pour signer l'arrêté du 28 août 2018 au nom du préfet de région ; il n'est, en outre, pas justifié de la publication au recueil des actes administratifs de la préfecture de région Nouvelle Aquitaine de l'arrêté de subdélégation ; l'illégalité de l'arrêté du préfet de région Nouvelle Aquitaine fait ainsi perdre toute force obligatoire à la délibération n° 2018-B27 et rend illégale la décision de refus de licence prise sur son fondement ;
- à titre subsidiaire, la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence et de procédure ; aux termes des dispositions de l'article L 912-4 II du code rural et de la pêche maritime, le conseil du CRPMEM NA est le seul organe ayant la capacité de prendre des décisions et c'est à lui qu'il appartenait de se prononcer sur sa demande ; en l'absence de délibération du bureau du CRPMEM NA décidant du refus d'octroi de licences à la Copropriété La Cangue, la procédure ne peut qu'être irrégulière ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'absence de justificatif d'antériorités de captures et sur une prétendue nouvelle demande en diversification ; sa demande de licence aux céphalopodes devait s'analyser en une demande de première installation et non de diversification dans la mesure où la Copropriété de navire La Cangue, constituée le 31 décembre 2019 et qui exploite le navire en son nom depuis janvier 2020, est bien la personne morale armateur du navire ; elle n'est en aucun cas dans une situation de diversifier son activité puisqu'il s'agit au contraire de commencer celle-ci ; en annulant les refus de licences opposés par l'année 2021 par le CRPMEM NA, le tribunal, saisi dans une autre instance, reconnaîtra nécessairement le droit de la Copropriété La Cangue à bénéficier de cette licence pour l'année 2021 au titre d'une première installation ; sa demande de licence pour l'année 2022 devra en conséquence s'analyser, non pas comme une nouvelle demande en diversification mais comme une demande en renouvellement à l'identique de la licence qui aurait dû être octroyée à la Copropriété de navire La Cangue pour la campagne 2021 ; s'agissant d'une copropriété nouvellement constituée, elle ne pouvait évidemment pas justifier d'antériorités de captures dans la zone de pêche concernée si bien que le fait de lui opposer une absence d'antériorité pour refuser l'octroi de la licence de pêche crée à son encontre une rupture d'égalité totalement injustifiée alors même qu'il est établi qu'au moins trois nouvelles licences ont été attribuées en 2020 à des navires sans aucune antériorité.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 22 décembre 2022 et le 9 février 2023, le CRPMEM NA, représenté par Me Labarthette, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il oppose deux fins de non-recevoir des conclusions en annulation de l'arrêté du 26 août 2018 rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27 tirées d'une part, de la tardiveté de ces conclusions présentées après l'expiration du délai de recours contre cet arrêté par la voie d'action et d'autre part, de l'absence de motifs fondés à remettre en cause par la voie de l'exception d'illégalité cet arrêté et de la forclusion en découlant.
Il fait valoir que :
- l'article R. 912-31 du code rural et de la pêche maritime lui permet de déléguer des compétences à son bureau ; en se fondant sur cet article, il a, le 28 avril 2017, par le biais d'une délibération n° 2017-01, délégué à son bureau les compétences d'adoption de délibérations relatives à la gestion de la ressource, y compris l'attribution des licences ; en application de la délibération n° 2017-01, son bureau était compétent pour adopter la délibération n° 2018-B27, laquelle concerne l'attribution des licences ; son bureau était également compétent sur le même fondement pour rejeter la demande de licence de la requérante ; il produit la délibération par laquelle son bureau a décidé du refus de la licence sollicitée par la Copropriété de navire La Cangue ;
- l'arrêté préfectoral du 28 août 2018 a été pris par une autorité compétente ;
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2019 ne justifie aucunement l'annulation de sa décision du 16 décembre 2020 ayant refusé à la Copropriété de navire La Cangue l'attribution de la licence demandée dans la mesure où dans cet arrêt, la cour a annulé une décision du CRPMEM du 10 décembre 2014 de refus d'octroi de la licence en question pour défaut de justificatif d'antériorité de capture avec des engins autorisés, c'est-à-dire hors sennes danoise et écossaise, alors qu'en l'espèce le refus d'octroi de la licence est également justifié par le défaut de demande en diversification de l'armateur personne morale, à savoir l'ACAV ;
- la demanderesse opère une mauvaise lecture de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2019, lequel relève ainsi l'interdépendance qui unissait deux délibérations dès lors qu'il était opéré un renvoi entre elles alors que les délibérations n° 2013-21 et n° 2018-B27 ne sont aucunement interdépendantes ;
- la délibération n° 2018-B27 ne conduit pas à l'exclusion totale de cet engin de pêche que sont les sennes danoises et écossaises dans la mesure où les navires armés à la senne danoise ou écossaise, dès lors qu'ils capturent moins de 500 kg de céphalopodes par marée, ne sont pas soumis à l'obligation de détention de ladite licence et peuvent donc accéder librement à la zone ; la délibération n° 2019-B29 dont la requérante fait état dans son mémoire en réponse, qui n'est pas en cause en l'espèce et qui n'est pas visée dans la décision de refus attaquée, rendue obligatoire par arrêté du 22 avril 2022, postérieur à la période en litige, ne conduit aucunement à une telle exclusion, ainsi que l'a jugé le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux le 5 juillet 2022, confirmée par le Conseil d'Etat le 23 décembre 2022 ; le moyen tiré de l'erreur de droit et celui du détournement de pouvoir doivent être écartés ;
- la délibération n° 2018-B27 tient compte des trois critères posés par les dispositions de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime ;
- l'armateur est défini comme le ou les propriétaires du navire par l'article R. 5411-1 du code des transports et comme l'exploitant du navire par ses délibérations ; c'est donc à raison qu'il a considéré l'ACAV comme armateur du navire au regard de ces dispositions ; l'ACAV étant déjà l'armateur d'autres navires, sa demande est bien une nouvelle demande de diversification et non une première demande ; la demande de licence ne pouvait pas être considérée comme une demande de première installation car l'acquisition date de début 2020 alors que conformément à l'article 8.1 de la délibération n° 2018-B27, l'acquisition d'un navire pour la première fois doit se faire sur l'année précédant immédiatement l'année de la demande de licence, soit 2021, pour une demande de licence en 2022 ;
- il était fondé à demander à la requérante de présenter des justificatifs d'antériorité ; l'absence de fourniture de ces justificatifs légitime le refus opposé par le CRPMEM NA ;
- il verse aux débats deux délibérations permettant de justifier de l'atteinte du contingent ;
- la Copropriété navire de La Cangue soutient que le refus d'attribution des licences entraînerait une rupture d'égalité, sans démontrer que sa situation était strictement identique à celle des autres demandeurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle oppose deux fins de non-recevoir des conclusions en annulation de l'arrêté du 26 août 2018 rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27 tirées d'une part, de la tardiveté de ces conclusions présentées après l'expiration du délai de recours contre cet arrêté par la voie d'action et d'autre part, de l'absence de motifs fondés à remettre en cause par la voie de l'exception d'illégalité cet arrêté et de la forclusion en découlant.
Elle fait valoir que :
- en tirant sa compétence de la délibération n° 2017-01 du CRPMEM NA, son bureau était compétent à adopter la délibération n° 2018-B27 ;
- la délibération n° 2018-B27 n'est aucunement interdépendante avec la délibération n° 2013-21 du 13 septembre 2013 du CRPMEM portant réglementation de l'usage de la senne danoise et de la senne écossaise dans les eaux de son ressort, dont l'arrêté du préfet Aquitaine du 18 septembre 2013 rendant cette délibération obligatoire a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux ; la requérante n'est pas fondée non plus à se prévaloir de cet arrêt pour demander l'annulation de la décision de rejet de sa demande de licence dans la mesure où la cour a annulé une décision du CRPMEM de refus d'octroi d'une licence 25 mètres " hors tout " et 400 kw fondé sur le défaut de justificatifs d'antériorité de captures avec des engins autorisés, c'est-à-dire hors sennes danoise et écossaise alors que le refus d'octroi de la licence en litige est justifié par le défaut de demande en diversification de l'armateur ;
- la délibération n° 2018-B27 ne conduit pas à une exclusion totale de la senne danoise ou écossaise dans la mesure où dès lors qu'un navire, armé ou pas à senne danoise ou écossaise, conserve à bord, transborde ou débarque moins de 500 kg de céphalopodes ou s'il est d'une longueur inférieure à douze mètres et armé en petite pêche, il n'est pas soumis à l'obligation de détention de la licence de céphalopodes aux arts traînants ; il en va de même de la délibération n° 2018-B28 puisque dès lors qu'un navire, armé ou pas à la senne danoise ou écossaise, a une longueur inférieure à vingt mètres " hors tout " ou a une puissance motrice inférieure à 40 kw, quelle que soit sa longueur, il n'est pas soumis à l'obligation de détention de licence dite 25 mètres hors tout et 400 kw ; le détournement de pouvoir invoqué par la requérante n'est pas fondé ;
- la requérante ne justifie pas de la soi-disant non-application de l'article L. 921-1 du code rural et de la pêche maritime autrement qu'en affirmant sa violation au regard des critères énoncés par cet article ; en l'absence d'éléments montrant la non-application de cet article, ce moyen sera écarté ;
- l'arrêté préfectoral du 28 août 2018 a été pris par une autorité compétente.
Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le CRPMEM NA a adopté, le 29 juin 2018, d'une part, la délibération n° 2018-B27 relative à la création et fixant les conditions d'attribution de la licence de pêche des céphalopodes aux arts traînants, et d'autre part, la délibération n° 2018-B28 relative à la fixation des modalités d'attribution de la licence encadrant la longueur et la puissance des navires pratiquant la pêche aux arts traînants dite " 25m hors-tout et 400 kW ". Ces deux délibérations ont été rendues obligatoires par deux arrêtés du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine du 28 août 2018. La Copropriété de navire La Cangue, constituée par l'Armement Coopératif Artisanal Vendéen (ACAV) et M. A B, exploitante du navire La Cangue, chalutier construit en 1989, a sollicité auprès du CRPMEM NA la délivrance de la licence de pêche des céphalopodes aux arts traînants pour la campagne de pêche 2022. Par décision du 20 décembre 2021, le CRPMEM NA a rejeté sa demande. Par courrier du 8 février 2022, l'ACAV a présenté un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par décision du 2 février 2021 du CRPMEM NA. Cette décision a été contestée par courrier du 11 février 2021 de l'ACAV, resté sans réponse. La Copropriété de navire La Cangue demande au tribunal d'annuler la décision du 20 décembre 2021 par laquelle le CRPMEM NA a rejeté sa demande de licence, ensemble le rejet de son recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Il ne ressort pas des conclusions de la Copropriété de navire La Cangue que la requérante demande l'annulation de l'arrêté préfectoral rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir les fins de non-recevoir opposées en défense tirées de la tardiveté des conclusions en annulation de l'arrêté du 26 août 2018 rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les exceptions d'illégalités soulevées :
3. Si, dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.
4. La Copropriété de navire La Cangue critique, par la voie de l'exception d'illégalité, la délibération n° 2018-B27 et l'arrêté préfectoral du 28 août 2018 l'ayant rendue obligatoire, sur le fondement desquels la décision de refus de licence a été opposée, en soulevant des moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'erreurs de droit et de détournement de pouvoir.
S'agissant de la délibération n° 2018-B27 :
Quant à la compétence de l'auteur de l'acte
5. Aux termes de l'article R. 912-27 du code rural et de la pêche maritime : " Le conseil du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins peut, par délibération adoptée à la majorité de ses membres, déléguer au bureau les pouvoirs qui relèvent de sa compétence, à l'exception des délibérations relatives au budget, à l'approbation des comptes annuels, aux cotisations professionnelles obligatoires, à la création des antennes locales et aux actes qui engagent le patrimoine immobilier du comité. ". Aux termes de l'article R. 912-33 du même code : " Les délibérations d'un comité régional des pêches maritimes et des élevages marins fixant le montant des cotisations professionnelles prévues à l'article L. 912-16 font l'objet d'un avis publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région dans laquelle le comité a son siège. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération n° 2017-01 du 28 avril 2017, le conseil du CRPMEM NA a délégué au bureau " l'adoption des délibérations relatives à la gestion de la ressource y compris l'attribution des licences ". Dès lors, la délibération n° 2018-B27, laquelle soumet l'exercice de la pêche maritime professionnelle à la détention d'une licence dans les conditions qu'elle définit, entre dans le champ de la délégation consentie au bureau du CRPMEM NA, elle-même conforme aux dispositions précitées de l'article R. 912-27 du code rural et de la pêche maritime. En outre, il ne ressort pas des dispositions du code rural et de la pêche maritime, ni de celles du code des relations entre le public et l'administration ou de tout autre texte, qu'une délibération d'un CRPMEM ayant pour objet une délégation de compétence doive être publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région dans laquelle le comité a son siège, contrairement aux délibérations mentionnées par l'article R. 912-33 du code rural et de la pêche maritime précité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la délibération n° 2018-B27, alors même qu'elle peut également poursuivre un objectif de cohabitation entre les différents types de pêche, doit être écarté.
Quant à l'exclusion des navires armés à la senne danoise ou écossaise
7. D'une part, si la copropriété de navire La Cangue soutient que la délibération contestée interdit illégalement la délivrance de licences aux navires armés à la senne danoise ou écossaise, ainsi qu'il ressort de son article 5 qui définit la liste des arts traînants autorisés, cette illégalité, à la supposer établie, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité du refus opposé à la demande de la requérante, qui n'est pas fondé sur la nature des arts traînants autorisés.
8. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération n° 2018- B27 ait été inspirée par la volonté du CRPMEM NA d'exclure de sa zone maritime les navires armés à la senne danoise ou écossaise. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
Quant à la méconnaissance de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime
9. Aux termes de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime : " Les autorisations mentionnées à l'article L. 921-1 sont délivrées par l'autorité administrative ou sous son contrôle, pour une durée déterminée, en tenant compte des trois critères suivants : l'antériorité des producteurs ; les orientations du marché ; les équilibres économiques. ()".
10. Aux termes de l'article 4 de la délibération n° 2018-B27 : " contingent de licence : 4.1 Le nombre maximal de licences " céphalopodes aux arts traînants " est égal au nombre de licences attribuées pour la campagne de pêche 2012 au 31 décembre 2012. 4.2 Une délibération relative au contingent fixe le nombre de licence chaque année. 4.3 Le contingent ne pourra pas être supérieur au nombre de licences attribuées lors de la campagne de pêche de l'année civile précédente. ". Aux termes de l'article 6 de la même délibération : " conditions d'éligibilité () 6.2 Pour les nouvelles demandes : avoir capturé 1000 kg de céphalopodes par navire, au cour de l'une de des quatre années 2007, 2008, 2009 ou 2010, dans au moins un des rectangles statistiques suivants : 15 E8, 16 E8, 17 E8, 18 E8 et 19 E8 aux arts traînants lités à l'article 5 () ".
11. Il ressort des termes de la délibération n° 2018-B27 qu'elle vise à " disposer de tous les outils adaptés à une gestion rationnelle, durable et responsable des stocks de céphalopodes () et pour permettre la cohabitation entre arts dormants et arts traînants dans les douze miles ". A cet effet, ses articles 4 et 6, cités au point précédent, définissent respectivement un contingentement de licences et parmi les conditions d'éligibilité, des conditions d'antériorité de captures. Ainsi, il ne ressort pas des termes de cette délibération qu'elle ne prendrait pas en compte les critères fixés par l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime précité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette délibération méconnaitrait cet article.
S'agissant de l'arrêté du préfet de région du 28 août 2018 :
12. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 12 décembre 2017 portant délégation de signature du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine au directeur interrégional de la mer Sud-Atlantique, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la région Nouvelle-Aquitaine du 13 décembre 2017, délégation de signature est donnée à M. C pour signer l'approbation des délibérations du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins, en vue de les rendre obligatoires par arrêté préfectoral. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 20 décembre 2017 portant subdélégation de signature de M. C aux chefs de service de la direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique : " Il est donné subdélégation de signature à M. A D, directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique pour l'ensemble de la direction, lorsque le directeur est empêché. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. D, directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique, signataire de l'arrêté du 28 août 2018, bénéficiait d'une délégation de signature régulière en vertu des dispositions de l'article précité de l'arrêté du 20 décembre 2017, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la région Nouvelle-Aquitaine. Dès lors qu'il est constant que M. C était en congés à la date de signature de l'arrêté le 28 août 2018, M. D, directeur interrégional adjoint était compétent pour signer l'arrêté contesté et le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de délivrer la licence de pêche sollicitée au titre de la campagne de pêche 2022 :
S'agissant de la compétence de l'auteur de l'acte :
14. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, le bureau du CRPMEM NA était compétent en matière d'attribution des licences, le moyen tiré de ce que la demande de licence en litige aurait été incompétemment examinée par le bureau du CRPMEM NA et non par son conseil, ne peut qu'être écarté.
S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation :
15. Il ressort des termes de la décision contestée du 20 décembre 2021 que la licence céphalopodes aux arts traînants a été refusée en l'absence de justificatif d'antériorité de capture en application de l'article 6 de la délibération n° 2018-B27, et au motif que la nouvelle demande était injustifiée en méconnaissance des articles 8 et 9 de la délibération n° 2018-B27.
Quant à la nature de la demande
16. Aux termes de l'article premier de la délibération n° 2018-B27 : " 1.1. Armateurs. Entendre : personne physique ou morale qui exploite le navire en son nom, qu'il soit ou non le propriétaire. ". Aux termes de l'article 3 de la même délibération : " Titulaire de la licence " Céphalopodes aux arts traînants ". La licence est attribuée à un armateur pour l'exploitation d'un navire donné. En cas de co-exploitation d'un navire donné, sous forme sociétale ou pas, le titulaire de la licence est celui qui détient le nombre de parts le plus important. / En cas de co-exploitation du navire à égalité de parts ou de société, les co-exploitants devront désigner le titulaire de la licence. ". Aux termes de l'article 8.1 de la même délibération : " Est considérée comme une première installation, la demande présentée par un nouvel armateur qui exploite pour la première fois un navire dont il a fait l'acquisition entre la date de validité de licence de la campagne précédente et celle de la campagne suivante. / Est considérée comme nouvelle demande, la demande de licence présentée par un armateur souhaitant diversifier son activité durant la campagne de pêche pour laquelle il fait une demande. Cette demande doit être dûment justifiée par des éléments chiffrés. ".
17. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la convention de copropriété du navire La Cangue, que les parts dans la copropriété sont partagées entre l'ACAV et M. B à hauteur de 50 % chacun. Il ressort également des pièces du dossier que le détenteur de la licence de pêche communautaire du 1er janvier 2020 est la " copropriété La Cangue (B A 50 % - ACAV 50 %) ". Cependant, la Copropriété du navire La Cangue ayant été constituée le 30 novembre 2019, la demande présentée par la requérante au titre de la campagne de pêche 2022 ne pouvait être regardée comme une première installation. En outre, l'ACAV, qui est armateur d'autres navires, n'est pas un nouvel armateur au sens des dispositions précitées de l'article 8.1 de la délibération n° 2018-B27. Par suite, la copropriété requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le CRPMEM NA a considéré sa demande comme une nouvelle demande au titre de la diversification d'un armateur existant, et non comme une demande de première installation.
18. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime que le CRPMEM NA pouvait, y compris pour toute nouvelle demande de licence, prendre en compte l'antériorité des captures dans les zones réglementées par la délibération n° 2018-B27. Dès lors, la Copropriété de navire La Cangue, dont la demande pouvait être considérée comme une nouvelle demande au titre de la diversification, ainsi qu'il a été dit au point précédent, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le CRPMEM NA a rejeté sa demande au motif qu'il n'était pas justifié de l'antériorité de captures.
19. En troisième lieu, dès lors que la Copropriété de navire La Cangue ne s'est vue délivrer aucune licence au titre des campagnes antérieures, le moyen tiré de ce que sa demande de licences au titre de la campagne de pêche 2022 devait être regardée comme une demande de renouvellement de licence ne peut qu'être écarté.
20. En quatrième lieu, le CRPMEM NA produit la délibération n° 2021- B34 qui fixe le contingent de licence de pêche des céphalopodes aux arts traînants de la campagne de pêche 2022 à quarante-sept ainsi que la délibération n° 2020-B39 qui dresse la liste des détenteurs de licence de pêche de céphalopodes aux arts traînants pour cette campagne. Par suite, la Copropriété de navire La Cangue n'est pas fondée à soutenir que la CRPMEM NA ne justifie pas de l'atteinte des quotas de licence ou que la procédure serait viciée.
21. En cinquième et dernier lieu, la copropriété requérante produit un message électronique du 4 mai 2020, émanant du COREPEM - Antenne de La Turballe, qui indique que trois nouvelles licences céphalopodes ont été accordées à trois navires Carla Eglantine, Cintharth et Marilude et précise " Sébastien Viaud et Ludovic demandent tous les ans depuis la création de la licence et jusqu'à aujourd'hui elles étaient refusées pour absence d'antériorité. ". Toutefois, la circonstance que des licences aient pu être irrégulièrement délivrées à d'autres navires est sans incidence sur la légalité du refus opposé à la copropriété requérante, dont la demande pouvait être rejetée, ainsi qu'il a été dit, au motif qu'elle ne justifiait pas de l'antériorité de captures sur les zones en cause.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la Copropriété de navire La Cangue tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2021, par laquelle le CRPMEM NA a rejeté sa demande d'attribution d'une licence de pêche de céphalopodes aux arts traînants pour la campagne de pêche 2022, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CRPMEM NA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la Copropriété de navire La Cangue demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la copropriété de navire La Cangue une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CRPMEM NA et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la Copropriété de navire La Cangue est rejetée.
Article 2 : La Copropriété de navire La Cangue versera au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Copropriété de navire La Cangue, au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine, et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée à la préfète de la région nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Neumaier, conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. CORTHIER La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026