jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DUMAZ-ZAMORA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mai 2022 et le 17 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Astié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée complémentaire de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet qui s'est contenté d'évoquer son passé pénal sans prendre en compte sa situation personnelle et les éléments attestant de son intégration ;
- porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que sa mère et ses deux frères sont en France et qu'il n'a plus d'attaches au Maroc ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée complémentaire de deux ans :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation par le préfet ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a plus de famille au Maroc où il se retrouverait sans domicile fixe.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dépourvue de moyens et de conclusions ;
- aucun des moyens que pourrait soulever M. B n'est fondé.
Par ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Debril, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 27 novembre 1998 à Douar Dzalienne Ben Manso (Maroc), est entré en France le 19 janvier 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " regroupement familial OFII " valable du 14 janvier 2016 au 13 avril 2016. Il a obtenu la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur valable du 8 avril au 26 novembre 2017. Il a sollicité, le 16 janvier 2017, son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 1° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable, en faisant valoir que sa mère était titulaire d'une carte de résident valable du 21 mars 2016 au 20 mars 2026. Sa demande a été rejetée par le préfet de la Gironde par un arrêté du 4 juin 2018 lui faisant, par ailleurs, obligation de quitter le territoire français sans délai. Le recours formé contre ces décisions a été définitivement rejeté le 15 mai 2019. Il s'est maintenu en France et, par un arrêté du 30 juillet 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris une nouvelle décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Le tribunal de céans a rejeté, par décision du 4 août 2020, le recours formé contre cet arrêté. Condamné à plusieurs reprises à des peines d'emprisonnement, il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Mont-de-Marsan. Par la requête enregistrée le 23 mai 2022, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée complémentaire de deux ans.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète des Landes :
2. Aux termes de l'article R. 411-11 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ". Contrairement à ce que soutient la préfète des Landes, la requête présentée par M. B sollicite l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et doit être regardée comme soulevant le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant qui précise être sur le territoire français depuis six ans, que sa mère vit en France ainsi que ses deux petits frères, et qu'il n'a plus de famille au Maroc. Au surplus, son conseil a produit, en cours d'instance, un mémoire complémentaire reprenant les conclusions à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté pris par la préfète des Landes le 16 mai 2022, présentant des conclusions nouvelles à fin d'injonction et de condamnation à verser des frais d'instance, et soulevant de nouveaux moyens à l'encontre des décisions en litige. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la requête serait dépourvue de conclusions et de moyens doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;/ 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ". L'article L. 613-1 du même code dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
4. La décision attaquée vise les textes dont il est fait application, en particulier les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle vise également les précédentes décisions prises à l'encontre de M. B et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Elle mentionne en outre qu'il est écroué après avoir fait l'objet de plusieurs condamnations à des peines d'emprisonnement, qu'il a été condamné à plusieurs reprises à des amendes ainsi qu'à 35 heures de travaux d'intérêt général. Elle précise que dans le cadre de la procédure contradictoire, il a déclaré être domicilié chez sa mère à Bordeaux, être célibataire et sans enfant, être arrivé sur le territoire français le 19 janvier 2016 avec un visa de 2 ou 3 mois, avoir en France sa mère et ses deux demi-frères, n'avoir aucun problème de santé et ne pas vouloir retourner au Maroc. Aucun texte ou principe ne faisant obligation à l'administration d'énumérer explicitement dans ses décisions chacun des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, la décision contestée comporte une motivation suffisante en droit et en fait sur la situation administrative, familiale et personnelle du requérant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui révèlerait un défaut d'examen particulier de sa situation, doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B est célibataire et sans charge de famille en France. S'il soutient qu'il est venu en France dans le cadre d'un regroupement familial, en janvier 2016, pour y rejoindre sa mère, après avoir été placé en foyer au Maroc entre l'âge de 12 et de 17 ans, son père l'ayant abandonné après s'être remarié, et vouloir demeurer en France auprès de ses deux jeunes demi-frères, ces circonstances ne suffisent pas à établir qu'il n'a plus d'attaches au Maroc. Le témoignage de sa mère, énonçant qu'il n'a ni famille ni amis au Maroc, est ainsi partiellement démenti par les attestations de son père, rédigées en 2015 puis en 2018, lequel a déclaré être indigent, père de quatre fils, et vouloir que son fils vive en France avec sa mère, de telles attestations prouvant, au contraire, que des liens ont été maintenus avec le père demeuré au Maroc. Par ailleurs, le requérant a déclaré avoir " a minima " son père, sa grand-mère et une tante au Maroc. De plus, s'il produit un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de serveur, à compter du 28 juin 2017, ainsi qu'un contrat à durée déterminée d'agent de service à temps partiel, du 18 janvier au 16 février 2018, il ne produit que deux bulletins de salaire relatifs aux mois de juin et juillet 2017. Enfin, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire en dépit des précédentes mesures d'obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet les 4 juin 2018 et 30 juillet 2020, cette dernière étant assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, auxquelles il s'est soustrait.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux, le 25 octobre 2019, à une peine d'emprisonnement de trois mois. Le 15 mars 2021, le tribunal judiciaire de Bordeaux l'a condamné pour les mêmes faits commis en récidive. Enfin, le 23 juin 2021, le tribunal correctionnel l'a condamné à 9 mois d'emprisonnement dont 5 mois avec sursis probatoire pendant deux ans. Ces condamnations sont fondées sur des faits d'acquisition, de détention, de transport, et d'offre ou cession non autorisées de stupéfiants. Auparavant, l'intéressé avait été condamné, le 29 septembre 2017, à 35 heures de travaux d'intérêt général pour violence dans un établissement d'enseignement ou aux abords à l'occasion de l'entrée ou de la sortie des élèves, puis, à quatre reprises entre le 27 novembre 2017 et le 28 mai 2019, à des amendes de 100 à 300 euros et, le 26 juin 2019, à une injonction thérapeutique à titre principal pour usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation par le préfet doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".
9. La décision refusant au requérant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, qui vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été motivée par le fait que le comportement de M. B constitue un trouble grave à l'ordre public. Ainsi qu'il a été dit au point 7, l'intéressé a fait l'objet de trois condamnations pénales assorties de peines d'emprisonnement, et s'est vu infliger six autres condamnations, pour des faits de trafic de stupéfiants, au cours d'une brève période de deux ans. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet a estimé que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas ne pas avoir exécuté les deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, la seconde étant assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
11. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prolonger, à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. Pour prononcer la décision portant prolongation de deux ans de l'interdiction de retour précédemment édictée par l'arrêté du 30 juillet 2020, la préfète des Landes s'est notamment fondée sur ce que M. B, âgé de 22 ans, ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni d'aucune circonstance humanitaire particulière. Les termes mêmes de l'arrêté révèlent ainsi la prise en compte de l'entrée régulière de l'intéressé en France, à l'âge de 17 ans, de ce qu'il a abandonné ses études après un seul trimestre, de ce qu'il n'a jamais travaillé, et enfin de ce que son attitude démontre sa volonté de s'affranchir des lois de la République ainsi qu'un refus de s'intégrer dans la société française, traduisant ainsi l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la situation de l'intéressé au vu des éléments portés à sa connaissance par le requérant. Par ailleurs, l'arrêté en litige se fonde sur ce que M. B a fait l'objet de deux décisions, devenues définitives, portant obligation de quitter le territoire sans délai, la seconde, datée du 30 juillet 2020, accompagnée d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, et dont il n'est pas contesté qu'il ne les a pas exécutées. Enfin, il est mentionné que la présence en France de l'intéressé, qui depuis 2019, ainsi qu'il a été dit au point 7, a été condamné à trois reprises à des peines d'emprisonnement, représente une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français manque en fait et doit être écarté. Il ne ressort en outre ni de cette motivation ni des pièces du dossier que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.
13. En deuxième lieu, la décision en litige est une prolongation de deux années supplémentaires de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, sur le fondement de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, le requérant n'ayant pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être écarté.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 du présent jugement, cette décision n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le pays de destination :
15. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 concernant l'obligation de quitter le territoire français que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant doit, pour les motifs précédemment exposés, être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète des Landes et à Me Astié.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Neumaier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
La rapporteure,
Signé
A. D
La présidente,
Signé
M. A La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026