mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2022 et le 11 juillet 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 20 avril 2022 par laquelle l'inspecteur d'académie, directeur académique des services de l'éducation nationale des Hautes-Pyrénées a prononcé son licenciement en cours de période d'essai.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle et d'erreur de fait, et se fonde sur des motifs inexistants, fallacieux et calomnieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles 1er et 3 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 est inopérant dès lors que ces dispositions ont été abrogées ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Madelaigue,
- et les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique.
Un courrier présenté par M. A a été enregistré le 27 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté en qualité d'accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH) contractuel par l'académie de Toulouse en vertu d'un contrat à durée déterminée conclu le 25 janvier 2022, pour une durée de trois ans à compter du 1er février 2022. Par un arrêté du 16 février 2022 remis en mains propres le jour même, l'inspecteur d'académie de la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Hautes-Pyrénées l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois et par une lettre du même jour, a informé l'intéressé de ce qu'il envisageait de rompre son contrat de travail de manière anticipée, pendant la période d'essai, en raison d'un comportement irresponsable et inapproprié. M. A demande l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle l'inspecteur d'académie, directeur des services départementaux des Hautes-Pyrénées, a mis fin à sa période d'essai à compter du 26 avril 2022 et a prononcé son licenciement.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation, dans sa version applicable à l'espèce : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap peuvent être recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. () / Les accompagnants des élèves en situation de handicap sont régis par les dispositions réglementaires générales applicables aux agents contractuels de l'Etat prises pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, sous réserve de dérogations prévues par le décret mentionné au dernier alinéa du présent article. () / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret, pris après avis du comité technique ministériel du ministère chargé de l'éducation nationale. ". L'article 43-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat dispose : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent non titulaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ". Aux termes de l'article 43-2 du même décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui reprend les dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
4. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision contestée comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles L. 917-1 et R. 421-9 du code de l'éducation, le décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État, le décret du 27 juin 2014 relatif aux conditions de recrutement et d'emploi des accompagnants des élèves en situation de handicap, ainsi que les rapports du chef d'établissement du lycée et collège de Peyramale Saint-Joseph de Lourdes datés du 15 février 2022. Elle énonce le motif justifiant la rupture du contrat de travail en cours de période d'essai, constitué par le caractère manifestement inadapté du comportement de M. A au regard des compétences attendues par le référentiel d'emploi des accompagnants d'élèves en situation de handicap. Elle précise que l'intéressé a eu des gestes déplacés et inappropriés à l'égard d'un élève en établissant un contact physique injustifié, lors d'un cours C, et que lors d'une activité escalade le 15 février 2022, il a adopté un comportement irresponsable qui aurait pu mettre en danger l'intégrité physique d'un élève. Elle comporte ainsi, sans ambiguïté, les éléments permettant à M. A de connaître les faits que l'autorité disciplinaire lui reproche. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs de celui-ci, doit être écarté.
5. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. En outre, en matière disciplinaire, la charge de la preuve incombe à l'autorité administrative en charge des poursuites.
6. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du rapport établi le 15 février 2022 par le chef d'établissement du lycée et collège Peyramale Saint-Joseph de Lourdes que deux élèves d'une classe de quatrième ont demandé à le rencontrer ce jour-là pour se plaindre de " comportements malsains ", selon leurs termes, de M. A. Le chef d'établissement les a reçus avec le directeur adjoint et la conseillère principale d'éducation. Selon ce rapport, l'un des élèves a rapporté que M. A lui avait caressé la cuisse, avec plusieurs allers-retours, jusqu'à son épaule, pendant un cours C, le vendredi 11 février, provoquant une grande gêne de l'élève, et alors que l'enseignant n'était témoin de rien. Cet élève a ajouté que M. A lui souriait tout le temps et le regardait souvent. L'autre élève a rapporté que le 15 février, en allant en cours d'éducation physique et sportive, M. A lui avait dit avoir un " pétard " dans la poche, en mimant avec ses doigts la forme d'un pistolet, provoquant de la peur chez cet élève, et que pendant le cours d'escalade, l'intéressé s'amusait avec la corde assurant la sécurité d'un camarade en cours d'ascension. Le rapport mentionne enfin que les deux élèves étaient particulièrement marqués et en pleurs pendant leur récit. M. A a été reçu en entretien, le jour même, par le chef d'établissement, le directeur adjoint et la conseillère principale d'éducation, et le lendemain, par la secrétaire générale de la direction académique des Hautes-Pyrénées et par la directrice des ressources humaines de proximité des Hautes-Pyrénées. Le compte-rendu établi à la suite de ce second entretien, au cours duquel a été remise à M. A la décision de suspension de fonctions à titre conservatoire, fait état de propos de l'intéressé ayant indiqué " se sentir victime ", être " traité de pédophile " et penser que l'enseignement catholique souhaitait se débarrasser de lui. Il ajoutait alors ne pas savoir " comment on fait " quand on est accompagnant d'élèves en situation de handicap, être " effaré " par ce qu'il analysait comme une " vengeance suite à son livre " et qu'il n'avait jamais été seul avec les élèves.
7. M. A conteste, dans ses écritures, avoir eu le comportement qui lui est reproché, en faisant valoir que des gestes déplacés n'auraient pas pu échapper à l'enseignante qui surveillait les élèves pendant qu'ils réalisaient une expérience. Il soutient qu'au cours de la semaine précédente, il avait dû, à plusieurs reprises, demander à l'élève en question, qu'il qualifie de " forte tête " et à qui il reproche mythomanie et perversion, de cesser d'interpeler et de distraire les élèves qu'il accompagnait. S'agissant des faits rapportés par le second élève plaignant, le requérant souligne l'ineptie consistant à croire qu'il aurait porté une arme, alors que son étui à lunettes était coincé dans la doublure de son imperméable, mais il reconnaît qu'à la question posée par cet élève, lui demandant s'il avait une arme dans la poche, il avait répondu, agacé, " oui c'est ça ". Il fait enfin valoir qu'il a tiré sur la corde d'un élève qui faisait le balancier sur le point le plus délicat de la voie d'escalade afin qu'il ne heurte pas la paroi.
8. Dans ces conditions, d'une part, en se bornant à affirmer que la professeure C aurait dû être témoin des gestes déplacés rapportés par le premier élève, M. A ne contredit pas utilement les affirmations de l'élève plaignant, cet élève étant décrit par le rapport du chef d'établissement comme particulièrement marqué et en pleurs, de sorte que les faits de contact physique injustifié avec un élève doivent être regardés comme suffisamment établis. D'autre part, M. A reconnaît les faits qui se sont déroulés durant le cours d'éducation physique et sportif, tout en leur donnant une interprétation différente, de sorte que leur matérialité doit également être regardée comme établie. Ces faits, qui concernent d'autres élèves que ceux que M. A avait pour mission d'accompagner, témoignent de sa difficulté à trouver le bon positionnement attendu d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap, comme il l'a d'ailleurs reconnu. Par ailleurs, alors même que les propos très maladroits tenus quant à la détention d'une arme ne sauraient caractériser une faute disciplinaire, ni le geste consistant à retenir une corde pour empêcher un élève de se mettre en danger sur une voie d'escalade, quand bien même il aurait été brusque et mal compris par les autres élèves, eu égard à la gravité des gestes reprochés à M. A durant le cours C, et alors qu'aucun élément porté à la connaissance du directeur académique des services de l'éducation nationale des Hautes-Pyrénées ne permettait à cette autorité de douter de la véracité des faits rapportés, ces faits sont constitutifs d'une faute de nature à justifier que soit prise à l'encontre de l'intéressé la décision de mettre fin à son contrat en cours de période d'essai.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente,
Mme Foulon, conseillère,
M. Buisson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.
La présidente-rapporteure,
F. MADELAIGUE
L'assesseure,
C. FOULON
La greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026