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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201166

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201166

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantLE CORNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2022, trois mémoires complémentaires, enregistrés les 20 décembre 2023, 17 janvier 2024, et 1er mars 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 août 2022, M. et Mme B et C E, représentés par Me Mandile, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le maire d'Orin a accordé à la commune le permis de construire qu'elle avait sollicité pour la transformation d'une ancienne grange en salle multi-activités, ainsi que le rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le maire d'Orin a accordé à la commune un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Orin une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en l'absence de preuve de l'affichage régulier des deux permis, la requête n'est pas tardive ;

- le maire n'a pas été spécifiquement habilité par délibération du conseil municipal à déposer la demande de permis de construire initial et la demande de permis de construire modificatif ;

- le nombre de places de stationnement est insuffisant, en méconnaissance de l'article 6 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- la voie de desserte et la voie interne du projet sont dangereuses, en méconnaissance des articles 7 du règlement des zones UA et UB du plan local d'urbanisme intercommunal et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; et la réalisation d'une future voie de desserte par l'arrière n'est pas certaine à la date du permis.

Par quatre mémoires, enregistrés les 1er mars 2023, 17 janvier 2024, 19 janvier 2024, et 1er mars 2024, et une pièce complémentaire, enregistrée le 28 mai 2024, la commune d'Orin, représentée par la SPPL Juripublica, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive, tant contre le permis initial que contre le permis modificatif ;

- une nouvelle demande de permis modificatif a été déposée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 13 mai 2024, présenté pour la commune d'Orin, n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

Par un courrier du 28 mai 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer en vue de la régularisation des vices tirés de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le maire au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en délivrant les permis attaqués en tant qu'ils prévoient un accès piéton par la rue Saint Martin ainsi que deux places de stationnement donnant sur cette même voie.

Des observations, enregistrées le 7 juin 2024, ont été produites pour la commune d'Orin.

Un mémoire, enregistré le 12 juin 2024, présenté pour M. et Mme D A, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mandile représentant M. et Mme D A, et F, représentant la commune d'Orin.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Orin (Pyrénées-Atlantiques) a déposé, le 19 juillet 2021, une demande de permis de construire pour la transformation d'un bâtiment existant à usage de stockage de matériel communal en une salle multi-activités ouverte au public. Par arrêté du 16 décembre 2021, le maire a accordé ce permis. Puis, par arrêtés du 18 mars 2022 et du 5 février 2024, le maire a accordé à la commune deux permis de construire modificatifs. M. et Mme E demandent l'annulation de ces trois arrêtés.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".

3. La commune d'Orin, qui se borne à se prévaloir de la date d'édiction des arrêtés attaqués, n'établit ni même n'allègue que les permis en litige ont fait l'objet d'un affichage régulier et continu de nature à faire courir le délai de recours à l'encontre des requérants. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

Sur la légalité des arrêtés attaqués :

4. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 27° De procéder, dans les limites fixées par le conseil municipal, au dépôt des demandes d'autorisations d'urbanisme relatives à la démolition, à la transformation ou à l'édification des biens municipaux () ".

6. Par délibération du 25 mai 2020, le conseil municipal d'Orin a, en application des dispositions citées au point précédent, délégué au maire, pour la durée du mandat, la compétence de procéder au dépôt des demandes d'autorisations d'urbanisme relatives à la démolition, à la transformation ou à l'édification des biens municipaux. Aucune disposition ni aucun principe n'impose que le conseil municipal délibère à nouveau pour chaque projet nécessitant le dépôt d'une demande d'autorisation d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le maire n'était pas habilité pour déposer les demandes de permis de construire en litige doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal du Josbaig : " Le stationnement des véhicules des occupants et usagers des nouvelles constructions doit être assuré en dehors des voies publiques, sur le terrain propre de l'opération et correspondre aux besoins nouveaux de la construction ". Aux termes de l'article 3 des dispositions générales du même plan : " Travaux sur bâti existant : lorsqu'un immeuble bâti existant n'est pas conforme aux règles édictées par le règlement applicable à la zone, le permis de construire ne peut être accordé que pour des travaux qui ont pour objet d'améliorer la conformité de cet immeuble avec lesdites règles ou qui sont sans effets à leur égard ".

8. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. / Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation est contesté dans les conditions prévues à l'article L. 600-5-2, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux à son encontre passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense le concernant () ".

9. D'une part, dans leur requête initiale, les requérants ont soulevé le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal. Cet article n'étant applicable qu'aux constructions nouvelles et non, comme en l'espèce, aux travaux sur construction existante, ce moyen ne peut être utilement soulevé contre les permis attaqués, relatifs à des travaux sur construction existante.

10. D'autre part, si dans leur mémoire, enregistré le 20 décembre 2023, les requérants ont invoqués la méconnaissance des dispositions de l'article 3 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal, rendant ainsi opérant en l'espèce le moyen tiré de l'article 6 du règlement de la zone UA, ce mémoire a été enregistré plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense de la commune, enregistré le 1er mars 2023, communiqué le 14. Dans ces conditions, et ainsi qu'en ont été informées les parties, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal est irrecevable.

11. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 du règlement de la zone UA et de l'article 3 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal ne peuvent qu'être rejetés.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal du Josbaig : " Desserte par les voies publiques ou privées : Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des constructions ou aménagements envisagés ".

13. Le terrain d'assiette du projet en litige, situé dans le bourg, est desservi par la rue Saint Martin, route départementale 836. Cette voie, suffisamment large, a fait l'objet d'un arrêté municipal limitant la vitesse des véhicules à 30 km/h. Enfin, en obtenant à sa demande les permis de construire modificatifs du 18 mars 2022 et 5 février 2024, la commune d'Orin a renoncé à son projet initial de réaliser un parc de stationnement à l'arrière du bâtiment existant. Il ressort du plan de masse modifié que le projet ne comporte plus désormais qu'une place de stationnement à l'avant du bâtiment, donnant sur la rue Saint Martin, destinée aux personnes à mobilité réduite. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal, relatives à la desserte du projet, doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

15. L'accès au terrain d'assiette du projet est situé au droit de la rue Saint Martin, route départementale 836. Il ressort du constat d'huissier produit par les requérants que celle-ci n'est pas dotée de trottoirs aux abords immédiats du terrain d'assiette du projet, à l'exception d'un petit pont, alors que, d'une part, les élèves de l'école communale sont appelés à s'y rendre à pied et que, d'autre part, le projet ne prévoyant pas de parc de stationnement, les usagers de la salle projetée devront également s'y rendre et en partir à pied, y compris en soirée ou de nuit. Il ressort de ce même constat d'huissier que cette route est passante, en dépit de l'existence au nord du bourg de la route départementale 936, que les automobilistes ne ralentissent pas nécessairement à la vue de piétons. Ces constatations ne sont pas contredites par la commune en défense. En outre, le projet prévoit à l'avant du bâtiment existant une place de stationnement pour les personnes à mobilité réduite. Or, ainsi que l'a souligné le département dans l'avis qu'il a rendu sur le projet en qualité de gestionnaire de la voie de desserte, la visibilité au sortir du terrain d'assiette est réduite compte tenu du bâti environnant, implanté à l'alignement de la voie publique.

16. La commune fait valoir que, dans le cadre de la mise en œuvre de l'orientation d'aménagement et de programmation du secteur de la route de La Grave, prévue par le plan local d'urbanisme intercommunal du Josbaig, elle entend créer, à l'arrière du bâtiment existant, un parc de stationnement, une voie de desserte reliant la route de la Grave à la salle projetée, et un cheminement piétonnier permettant de rejoindre cette nouvelle voie depuis la mairie et l'école. Si elle se prévaut d'un accord de principe des propriétaires indivis de la parcelle cadastrée A 672 concernant l'acquisition de celle-ci, nécessaire à la réalisation de la voie nouvelle et du parc de stationnement, il ressort de la pièce datée du 23 février 2024, signée par ces propriétaires indivis, que ceux-ci évoquent une durée de 6 mois nécessaire au règlement de la succession dont dépend la vente de la parcelle A 672. En outre, ainsi que le font valoir les requérants, sans être contestés sur ce point, la réalisation du cheminement piétonnier nécessite la maîtrise foncière de la parcelle cadastrée A 463 par la commune qui ne produit aucune pièce à cet égard. Dès lors, l'échéance de réalisation de ces aménagements n'est pas certaine.

17. Dans ces conditions, en délivrant les permis de construire attaqués, en tant qu'ils prévoient un accès piéton par la rue Saint Martin ainsi qu'une place de stationnement donnant sur cette même voie, le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

18. En revanche, d'une part, la voie de desserte interne, en indivision avec les requérants, permettant d'accéder à l'entrée principale de la salle projetée à l'arrière du bâtiment existant, est droite et offre une bonne visibilité, tant pour les usagers piétons de la salle que pour les requérants à bord de leur véhicule. D'autre part, les engins de secours et de lutte contre l'incendie peuvent accéder à la salle projetée depuis l'avant du bâtiment existant. Dans ces conditions, et dans cette mesure, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des mêmes dispositions.

19. En dernier lieu, si M. et Mme E demandent également, par un mémoire produit le jour de l'audience, l'annulation du permis de construire modificatif accordé le 5 février 2024, ils ne formulent aucun moyen propre à son encontre.

Sur la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

20. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations () ".

21. Compte tenu de ce qui a été dit au point 16, le vice relevé au point 17, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, peut être régularisé. Il y a lieu, dès lors, de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et de fixer à la commune d'Orin un délai de 8 mois à compter de la notification du présent jugement, aux fins de notifier au tribunal la mesure de régularisation nécessaire.

D É C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme D A jusqu'à l'expiration d'un délai de 8 mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la commune d'Orin pour notifier au tribunal un permis de construire régularisant l'illégalité tirée de l'erreur manifeste d'appréciation commise au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme B et C E et à la commune d'Orin.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

F. MADELAIGUE La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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