jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201186 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RIGNAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juin 2022 et le 23 juin 2022, Mme E D et M. A D, représentés par Me Baucou, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision tacite du 9 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Seignosse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société civile immobilière " la Maison de la plage " pour la création d'une annexe sur le lot n°4 - n°58, situé dans l'îlot " les hortensias ", sur la parcelle cadastrée section AT n°72, dans la commune de Seignosse, ensemble la décision du 4 mars 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Seignosse et de la SCI Maison de la plage le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en tant que copropriétaire du terrain sur lesquels les travaux sont effectués, ils disposent d'un intérêt à agir ; de plus, l'annexe litigieuse s'appuie sur leur propre bien, de sorte que la démolition, partie intégrante du projet, a déjà fragilisé le gros œuvre de leur annexe ; par ailleurs, ils sont voisins immédiats des pétitionnaires et la future construction disposera d'un impact direct sur leur propriété et leur droit de jouissance de leur jardin ;
- la circonstance que leur bien ne constitue pas une résidence principale est sans incidence ;
- la décision tacite de non-opposition aux travaux déclarés par la société civile immobilière a été affichée le 1er février 2022, soit un an après sa délivrance, de sorte que l'introduction de la requête au fond le 2 mai 2022 soit intervenue dans le délai de recours contentieux ;
- le recours gracieux a bien été notifiée à la société civile immobilière en recommandé avec accusé de réception, mais ne l'a pas retiré ;
- il n'y avait pas lieu de notifier à la commune la copie du recours gracieux dès lors que le recours lui-même lui était notifié.
En ce qui concerne l'urgence :
- l'urgence est présumée satisfaite en la matière, en vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ; en outre, les travaux ont déjà débuté et sont de nature à accroître la fragilisation de leur bien.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- les travaux déclarés le 8 mars 2022 par la société civile immobilière visent non pas à régulariser les travaux, mais à déclarer un nouveau projet ;
- la décision en date du 20 juin 2022 ne vise pas la décision tacite initiale, de sorte qu'elle ne constitue pas une décision modificative mais une décision nouvelle ;
- le dossier de déclaration préalable, qui ne respectait pas le minimum descriptif, a été irrégulièrement instruit ; de plus, le maire n'a pas sollicité la preuve de la validité de l'attestation indiquant que le pétitionnaire avait le droit de déposer une déclaration préalable ;
- le projet méconnait les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, et U. II 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Seignosse dès lors que le plan de masse, qui ne mentionne ni la longueur ni la largeur du projet, ne permet pas au service instructeur de s'assurer que la distance entre les bâtiments non contigus est respectée ; ainsi, le maire aurait dû faire usage de ses pouvoirs d'instructions conférés par l'article R. 423-38 du même code ;
- la société aurait dû déposer une demande de permis de construire dès lors que le projet excède un seuil d'emprise de 20 m2 et ne réponds ainsi pas au régime de la déclaration préalable tel que prévu à l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme ; par ailleurs, le projet en date du 8 janvier 2022 prévoit une pergola couverte, entrant dans le calcul de la surface d'emprise au sol ;
- le projet aurait dû, en application de l'article R. 421-28 dudit code, être précédé d'un permis de démolir ;
- le projet, situé dans le site inscrit Etangs landais Sud, aurait dû être précédé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ; à supposer même que celui-ci ait été saisi, son silence à l'issu d'un délai de deux mois vaut refus ;
- si la SCI déclare, au sein du document CERFA de la déclaration, avoir " qualité pour faire cette déclaration ", tel n'est pas le cas dès lors que le projet se situe dans une copropriété horizontale, ainsi, le maire aurait dû faire usage de ses pouvoirs d'instruction ;
- la SCI, qui a modifié la destination d'un terrain dont elle n'est pas propriétaire, a méconnu les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- dès lors que le projet supposait la délivrance exprès d'un permis de démolir, le maire a entaché sa décision de non-oppositions aux travaux d'erreur de droit ;
- le projet, conçu dans une optique d'hébergement touristique, méconnait les dispositions de l'article 3.2.2 du règlement graphique ; de plus, la société devrait poursuivre un objet social, et exercer son activité en ce sens ;
- le projet méconnait la règle de distance entre les bâtiments non contigus instituée par l'article U II 1.3 du plan local d'urbanisme ; de plus, le projet comprend un autre élément maçonné, le soubassement d'une banquette, qui est implanté à moins d'un mètre de la maison, de sorte que la décision prise ne soit pas sincère ; par ailleurs, si le nouveau projet prévoit un éloignement de 4,75m, cette distance demeure insuffisante ;
- le coefficient d'emprise au sol dépasse les 60% autorisés par l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme et 3.2.5 du règlement graphique applicable ; notamment suite à l'installation de la terrasse sur pilotis ;
-si le projet entendait changer la destination du bien en vue de l'habitation et l'hébergement touristique, le maire devait, en application de l'article U4 du règlement du PLU, prévoir une place de parking supplémentaire, ainsi que l'implantation, en application de l'article U3.3 du même document, d'un arbre de haute tige abritant les emplacements de stationnement desservant la résidence ;
- la décision en date du 20 juin 2022 est elle-même affectée d'illégalités nombreuses ;
- le dossier de déclaration de ladite décision ne permettait pas au maire de la commune de mesurer exactement la nature du projet ;
- le plan de masse du projet en date du 20 juin 2022 ne mentionne pas la hauteur de la maison principale ; de plus, il mentionne deux hauteurs différentes pour le projet, ne permettant pas de déterminer avec certitude sa hauteur ; enfin, si la seconde déclaration constitue une modification de la première, elle ne correspond pas à la réalité ;
- la société civile immobilière, dont le projet ne correspond pas à la réalité, se rend coupable de fraude ;
- le projet ne respecte pas le principe de salubrité ;
- le projet, comme le précédent, ne respecte pas le plan local d'urbanisme, qui interdit, au sein de la zone, les constructions à destination d'hébergement touristique ;
- la société, en indiquant donner son bien actuel sous toute forme de bail, affirme que la location constitue un élément de son activité ;
- les règles de distance entre bâtiments contigus ainsi que les règles relatives au stationnement et à la plantation demeurent méconnues ;
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés le 22 juin 2022, la société civile de la maison de la plage, représentée par Me Rignault, conclut au rejet de la requête, à titre principal, pour irrecevabilité, subsidiairement au fond, et à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir dès lors qu'ils ne résident pas sur place ;
- la requête en suspension est, au regard de la tardiveté du recours au fond dont la présente requête constitue l'accessoire, irrecevable ;
- la société civile immobilière a modifié son projet le 8 mars 2022, de sorte qu'une nouvelle décision de non-opposition à déclaration préalable modificative est née le 20 juin 2022 ;
- les éventuelles lacunes relatives à la cotation des plans ont été corrigées à l'aide des pièces complémentaires déposées le 8 mars 2022 ;
- dès lors que le projet ne prévoit pas, entre les deux bâtiments, ni toit, ni couverture, la surface de construction demeure bien inférieure à 20 m2, de sorte que le régime de simple déclaration préalable soit applicable ;
- si les requérants estiment que la démolition du cabanon existant aurait dû être précédée d'un permis de démolir, cette formalité ne s'imposait pas de manière évidente ; par ailleurs, la décision de non-opposition à déclaration préalable a implicitement autorisé celle-ci ; de plus, les travaux envisagés s'apparentent plus à un agrandissement de l'existant ; enfin, et en tout état de cause, la démolition est déjà intervenue et, par une décision du 17 juin 2022 prise suite à l'avis de l'architecte des bâtiments de France, le permis a été accordé ;
- dès lors que le projet ne se situe pas dans un site inscrit, l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'était pas nécessaire ; en tout état de cause, il résulte de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable modificatif du 20 juin 2022 que l'architecte des bâtiments de France a bien été saisi par la commune, et que son silence vaut avis favorable ;
- elle disposait, en sa qualité de détentrice d'un droit d'usage exclusif du jardinet, d'un titre ou d'une qualité valide pour présenter la déclaration préalable objet du litige ;
- les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir, devant le juge administratif, de violations de règles de droit privé relatives à la copropriété ;
- à supposer même que les travaux litigieux auraient nécessité l'accord de la copropriété, la déclaration préalable pouvait être déposée par la SCI, détentrice d'un droit d'usage exclusif de l'emplacement ;
- le projet n'était pas soumis à un permis de démolir et le silence de la commune à ce sujet vaut acceptation ; en outre, la démolition étant intervenue, ce moyen ne présente plus de portée concrète ;
- le projet, qui consiste à créer une annexe isolée de la maison principale, n'est destinée, contrairement à ce que soutiennent les requérants, qu'à accueillir dans de meilleures conditions la famille des membres de la SCI, de sorte qu'il ne porte pas atteinte à la vocation de la zone urbaine à vocation résidentielle exclusive ; par ailleurs, le règlement du PLUi ne saurait interdire la construction d'un bâtiment au seul motif qu'il pourrait à l'avenir, et de façon éventuelle, être utilisé pour une autre finalité que celle initialement prévue ;
- la distance entre les bâtiments contigus dépassant de 0,91 mètres la distance prévue par les dispositions de l'article U II 1.3 du plan local d'urbanisme, une modification a été soumise à la commune de Seignosse, de sorte qu'elle estt désormais de 4,76 mètres et respecte les dispositions précitées ;
- l'allégation selon laquelle des " fondations " seraient destinées à accueillir une simple banquette faisant partie du projet manque en fait ;
- le seuil d'emprise maximale au sol n'est pas dépassé ; par ailleurs, l'espace entre la maison et l'annexe ne doit pas être pris en compte et, dans le dernier état du dossier de déclaration préalable, aucune terrasse sur pilotis n'est prévue ;
- le projet, qui ne change pas la destination initiale du bien, respecte les dispositions de l'article U4 du PLU ;
- aucune obligation de prévoir une place de stationnement supplémentaire ne s'impose au projet.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrées le 22 juin 2022, la commune de Seignosse, représentée par Me Duyach conclut au rejet de la requête, à titre principal, pour irrecevabilité, subsidiairement au fond, et à ce que soit mis à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête en suspension est, au regard de la tardiveté du recours au fond dont la présente requête constitue l'accessoire, irrecevable ;
- les irrégularités régularisées par la déclaration modificative ne peuvent plus être utilement invoquées ;
- le dossier de déclaration préalable modificative déposée le 8 mars 2022 comporte les informations nécessaires à l'appréciation de la conformité du projet aux règles d'implantation des constructions sur une même unité foncière, posée par l'article UII.1.3 du règlement du PLU ;
- le projet initial entre dans le champ d'application de la déclaration préalable dès lors que l'emprise au sol ne saurait comptabiliser la surface de la pergola ; de plus, le dossier modificatif, qui retire cet aménagement du projet, réduit l'emprise au sol telle qu'interprétée par les requérants de sorte que le moyen manque en fait ;
- un permis de démolir a été accordé le 17 juin 2022, suite à l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 16 juin 2022 ;
- le silence gardé par l'architecte des bâtiments de France suite à sa saisine le 1er avril 2022 vaut acceptation ; par ailleurs, celui-ci a rendu un avis favorable dans le cadre de la déclaration préalable de régularisation précitée ;
- les autorisations d'utilisation des sols, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent, ne doivent pas être précédées d'une étude de validité de l'attestation établie par le demandeur ;
- aucune pièce du dossier de déclaration préalable n'a fait apparaître l'existence d'une copropriété horizontale, de sorte que l'administration ne disposait d'aucun élément lui permettant de remettre en question la régularité et la pertinence de l'attestation établie par le pétitionnaire ;
- il n'appartient pas à l'administration de contrôler ou vérifier l'attestation précitée ;
- l'architecte des bâtiments de France a été consulté suite à la demande de permis de démolir déposée le 6 juin 2022 par le pétitionnaire et a rendu, le 16 juin 2022, un avis favorable ;
- la société pétitionnaire n'a jamais mentionné sa volonté de créer un hébergement touristique ;
- dès lors que les bâtiments sont implantés à 4,76 mètres l'un de l'autre, l'article U. II. 1. 3 du plan local d'urbanisme est respecté ; de plus, l'aménagement de la banquette ne figure pas dans le dossier de régularisation ;
- le projet autorisé génère une emprise totale après travaux de 68,72 m2, soit inférieure aux 75,94 m2 permise en application des dispositions de l'article U. II. 1. 5 du règlement du PLUi ;
- le projet ne nécessite pas l'aménagement d'une place de stationnement supplémentaire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 2 mai 2022 sous le numéro 2200950 par laquelle les consorts D demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 23 juin 2022 à 16h00 en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Baucou, représentant M. et Mme D qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Duyach, représentant la commune de Seignosse, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Rignault, représentant de la société civile immobilière de la plage, pétitionnaire, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision implicite en date du 9 février 2021, le maire de la commune de Seignosse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n° DP 040 296 21 00004 déposée le 8 janvier 2021 par la société civile immobilière de la maison de la plage, pour la rénovation et l'extension d'une construction existante sis 58 impasse du Sporting, résidence " les Hortensias " à Seignosse, sur la parcelle cadastrée section AT n° 072. Par un courrier du 8 février 2022, reçu le lendemain par la commune, M. et Mme D, voisins du projet, ont sollicité l'annulation de cette décision. Cette demande a été rejetée le 4 mars 2021, notamment au motif que le délai de trois mois prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme pour procéder à son retrait était expiré. Par un second recours gracieux, en date du 28 mars 2022, reçu par la commune le lendemain et par la société civile immobilière le 2 avril 2022 les intéressés, notamment en vue de préciser leur position, ont adressé un nouveau courrier à la mairie. Toutefois, suite à l'élaboration par le pétitionnaire d'un nouveau projet, une nouvelle décision de non-opposition à déclaration préalable a été prise le 20 juin 2022, et, le 17 juin 2022, un permis de démolir leur a été délivré. Par la présente requête, M. et Mme D demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision du 9 février 2021 par laquelle le maire de Seignosse ne n'est pas opposé au projet déclaré, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposée en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.". L'article L. 600-1-3 de ce même code dispose que : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il rapporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. M. et Mme D sont propriétaires d'un terrain bâti au sein d'une copropriété située à l'arrière de la dune de la plage du Pénon, résidence " Les hortensias ", à Seignosse. Les travaux en litige sont effectués sur la parcelle voisine, et consistent en la surélévation d'un abri de jardin, et sa transformation en dépendance. Dans ces conditions, et à supposer même que la propriété des requérants constitue une résidence secondaire, M. et Mme D justifient, d'un intérêt leur donnant qualité à agir contre la décision litigieuse et la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut être accueillie.
5. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R*600-1 du même code : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables en cas de contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation dans les conditions prévues par l'article L. 600-5-2. ".
6. Le délai de recours à l'égard des tiers court à compter de l'affichage du permis sur le terrain, dès lors que cette formalité a été accomplie de manière complète et régulière. Toutefois, lorsque le tiers qui entend contester une telle autorisation utilise la faculté qui lui est ouverte de présenter un recours gracieux ou hiérarchique avant de saisir la juridiction compétente, l'exercice d'un tel recours montre qu'il a connaissance de cette décision et a pour conséquence de proroger à son égard le délai de recours contentieux, sous réserve du respect des formalités de notification de ce recours préalable prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et alors même que le permis litigieux n'aurait pas fait l'objet d'une publicité satisfaisant aux exigences du code de l'urbanisme.
7. Ainsi que le font valoir les requérants, qui ne sont pas contreditsen défense, la décision en litige a été affichée sur le terrain le 29 janvier 2022, puis complétée le 1er février de la même année. Par un courrier en date du 8 février 2022, reçu par la commune le 9 février suivant, et transmis le 14 février 2022 à la société civile pétitionnaire, les requérants ont exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Cette demande a été rejetée par la commune le 4 mars 2022. Les consorts D, après avoir envoyé un second recours gracieux précisant notamment leur position, ont alors introduit, le 2 mai 2022, une requête au fond à l'encontre de la décision en date du 9 février 2021, et l'ont assorti d'une requête en référé enregistrée le 6 juin suivant. Le recours gracieux ayant, eu égard aux dispositions précitées, prorogé le délai de recours contentieux dès lors qu'il a été régulièrement notifié à la société civile immobilière, pétitionnaire, les fins de non-recevoir tirés de l'absence d'accomplissement des formalités de notification du recours gracieux et de tardivité de la requête doivent être écartées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
8. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
9. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
10. Il résulte de l'instruction que les travaux en litige, qui présentent un caractère difficilement réversible, ont démarré, sans être toutefois achevés. Dans ces circonstances, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
11. Il résulte de l'instruction qu'un nouvel arrêté de non opposition à déclaration préalable en date du 20 juin 2022 a fait suite à une nouvelle demande, déposée par la société civile immobilière le 8 mars 2022, pour la transformation de l'abri objet de la précédente autorisation situé 58 impasse du Sporting. Toutefois cette dernière ne fait aucunement état d'une quelconque déclaration précédente. Par ailleurs, la décision de non-opposition à déclaration préalable en date du 9 février 2021 n'a, ainsi que le fait valoir le maire de la commune, pas été retirée. Par suite, et en l'absence de toute décision exprès en ce sens, l'arrêté initial continue de produire des effets.
12. Par suite, les moyens dirigés contre la décision de non-opposition à déclaration préalable en date du 9 février 2021 et dont les défendeurs soutiennent que les vices l'affectant ont été régularisés par une nouvelle décision de non-opposition née le 20 juin de la même année, ne sauraient être regardés comme dirigées vers la seconde.
13. Ainsi, il résulte de ce qui précède et, en l'état de l'instruction, que les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, n'a pas été précédé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, nécessitait l'obtention d'un permis de démolir, de la méconnaissance des dispositions des articles U. II. 1. 3 et U. II. 1. 5 du plan local d'urbanisme, font naître un doute sérieux quant à la légalité de la déclaration préalable, objet du présent contentieux.
14. En revanche, les moyens tirés de ce que l'arrêté méconnaitrait les droits d'assiette du projet, la vocation de la zone et de la méconnaissance des dispositions de l'article U. II. 4 du plan local d'urbanisme relatives au stationnement ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un tel doute.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de M. et Mme D, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par la commune de Seignosse et la société civile immobilière de la plage au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Seignosse et la société civile immobilière une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. et Mme D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E:
Article 1er : La décision du 9 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Seignosse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société civile immobilière " la Maison de la plage " pour la création d'une annexe sur le lot n°4 - n°58, situé dans l'îlot " les hortensias ", sur la parcelle cadastrée section AT n°72, dans la commune de Seignosse ensemble la décision du 4 mars 2022 rejetant le recours gracieux sont suspendues jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.
Article 2 : La commune de Seignosse et la société civile immobilière verseront à M. et Mme D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D à M. A D, à la société civile immobilière de la plage et à la commune de Seignosse.
Fait à Pau, le 7 juillet 202La juge des référés,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière :
Signé
M. C
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026