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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201187

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201187

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBONHOMME CARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2022 et le 30 juin 2022, la commune de Cette-Eygun, représentée par Me Cousi-Lété, avocat, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A B et à tous occupants de libérer le local meublé dénommé " cabane Irène " qu'elle occupe sur l'estive de Peyranère dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, au besoin avec le concours de la force publique, et ce, sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de Mme B une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le litige relève de la compétence de la juridiction administrative compte tenu que le bail qui l'unit à Mme B comporte une clause exorbitante de droit commun ;

- l'urgence est caractérisée par la circonstance qu'un berger, qui doit transhumer sur l'estive de Peyranère, doit s'installer dans ce local au cours de la période du 10 juin au 15 octobre 2022 ;

- la mesure sollicitée présente un caractère utile compte tenu que le local en cause est une grange d'estive qui est équipée pour l'exercice des activités pastorales et dont la vocation première est d'être mise à la disposition des bergers transhumants, que le berger, qui justifie de son statut d'exploitant agricole, ne dispose pas d'autres terres pour faire paître son troupeau de chèvres et n'a pas d'autre possibilité de se loger sur place et d'exercer son activité de fromager, et que le pastoralisme participe à l'agriculture de montagne qui est reconnu d'intérêt général ;

- cette mesure n'est pas susceptible de contestation sérieuse dès lors que le contrat de bail exclut la possibilité d'élire le local en cause comme résidence principale, et que le maire n'a pas à justifier d'un mandat pour agir en justice devant le juge des référés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juin 2022 et le 8 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Bonhomme-Cardon, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Cette-Eygun une somme de 1500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le litige relève d'une juridiction incompétente pour en connaître compte tenu que le contrat de bail qui l'unit à la commune de Cette-Eygun n'est pas un contrat administratif ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie compte tenu que le berger qui doit transhumer sur l'estive de Peyranère est actuellement hébergé dans une autre cabane implantée sur la même estive ;

- la mesure sollicitée ne présente pas un caractère utile dès lors que ce berger ne démontre pas être exploitant agricole et être dans l'impossibilité de se loger sur place pour exercer son activité de fromager, que la cabane Irène n'est pas équipée pour assurer la production de fromages, et qu'elle n'a pas la possibilité de se reloger ;

- cette mesure est entachée de détournement de pouvoir ;

- la commune ne justifie pas de l'habilitation donnée à son maire de résilier le bail en cause ;

- les clauses de ce bail démontrent une occupation du local en cause en qualité de résidence principale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. de Saint-Exupéry de Castillon pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Cette-Eygun (Pyrénées-Atlantiques) a conclu le 1er octobre 2019 avec Mme B un contrat de bail relatif à un logement meublé dénommé " cabane Irène " à titre de résidence secondaire dans le secteur de Peyrenère dans la commune d'Urdos. Par lettre du 15 avril 2022, le maire de Cette-Eygun a informé Mme B que cette commune avait décidé de louer une partie de l'estive de Peyrenère à un berger, lequel avait besoin d'un logement, et a ainsi demandé à l'intéressée de libérer les lieux au plus tard le 31 mai 2022. Par lettre du 20 mai 2022, le conseil de Mme B a informé le maire de Cette-Eygun que ce logement constituait sa résidence principale et a rejeté cette demande. Par lettre du 30 mai 2022, le conseil de cette commune a réitéré sa demande en reportant la date de libération des lieux au 1er juin 2022 au plus tard. La commune de Cette-Eygun demande qu'il soit ordonné à Mme B et à tous occupants de libérer le logement en cause, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

En ce qui concerne l'exception d'incompétence :

3. Les mesures sollicitées en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne doivent pas être manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.

4. S'il n'est pas contesté que la cabane Irène est la propriété de la commune de Cette-Eygun et qu'il est constant qu'elle constitue une dépendance du domaine privé de cette dernière, il résulte de l'instruction que le contrat de location rappelé au point 1 stipule en son article 11 que " le preneur s'engage à libérer le logement sur demande de la commune, et sans préavis de cette dernière, dans le cas où un éleveur souhaiterait transhumer sur l'estive de Peyranère entre mai et octobre ". Il suit donc de cette clause exorbitante de droit commun que ce contrat de location en vertu duquel a été consentie cette occupation n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifié de contrat administratif. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les présentes conclusions de la requête de la commune de Cette-Eygun ont été présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

En ce qui concerne le fond du litige :

5. Saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine privé d'une commune, le juge des référés fait droit à celles-ci dès lors que la demande présentée est utile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des locaux occupés présente un caractère d'urgence.

6. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que, par lettre du 20 mars 2022, un berger, propriétaire d'un troupeau composé d'une quarantaine de chèvres et ne disposant pas de foncier, a demandé au maire de Cette-Eygun l'autorisation de faire transhumer son troupeau dans le secteur de Peyrenère, ainsi que la mise à disposition d'un logement doté d'un local destiné à la fabrication de fromages. Si ce berger est actuellement installé dans la cabane qui est contiguë à la cabane Irène, avec l'autorisation de son occupant, celui-ci, par une attestation du 27 juin 2022, a précisé que cette autorisation était provisoire et qu'elle ne pourrait perdurer pendant toute la période de transhumance, compte tenu de l'exiguïté de ce local. Par suite, la commune de Cette-Eygun justifie de la condition d'urgence.

7. Ensuite, si Mme B soutient que la cabane Irène ne dispose pas de local dédié à la fabrication de fromages, il résulte de l'instruction, notamment de la lettre du 20 mars 2022 rappelée au point 6, que la cabane qui est contiguë à cette dernière est dotée d'un tel local et son occupant a autorisé le pétitionnaire à l'utiliser pendant toute la période de transhumance. Si elle soutient également qu'une autre cabane, dénommée " vieille ", est implantée à proximité de la cabane Irène, elle ne produit aucun commencement de preuve tendant à démontrer son habitabilité. Enfin, en réponse aux interrogations de l'intéressée, la commune de Cette-Eygun justifie du statut d'exploitant agricole du berger pétitionnaire. Par suite, la mesure sollicitée par cette collectivité revêt un caractère utile, la seule circonstance que son maire est la fille d'un occupant d'une des cabanes de l'estive de Peyrenère n'étant pas de nature à le remettre en cause.

8. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 1, il résulte de l'instruction que le contrat de location du 1er octobre 2019 est relatif à un logement meublé en résidence secondaire et qu'il stipule expressément que ce dernier ne constitue pas la résidence principale du preneur, mais uniquement une résidence de loisirs. Mme B ne peut donc utilement soutenir que le contrat de bail ne revêt pas un caractère saisonnier compte tenu de sa durée, de l'absence de stipulation sur la notion de saison, et de ce que la cabane Irène est devenue sa résidence principale du fait de sa situation financière et de ce qu'elle s'acquitte de factures d'électricité et d'assurance habitation. Si l'intéressée justifie que la commune de Cette-Eygun percevait directement l'allocation logement dont elle bénéficiait et qu'elle ne parvient pas à trouver un nouveau logement, la collectivité requérante produit de nombreux courriers rappelant systématiquement à Mme B que le logement qu'elle occupe ne peut constituer sa résidence principale. Par ailleurs, eu égard à la clause du contrat de location rappelée au point 4 sur le fondement de laquelle la commune de Cette-Eygun présente son action, Mme B ne peut non plus utilement soutenir que le maire de cette collectivité ne justifie pas d'un mandat l'autorisant à résilier ce contrat. Par suite, la demande de cette commune ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à Mme B et aux éventuels autres occupants de la cabane Irène d'évacuer ces lieux dans un délai de 48 heures à compter de la date de notification de la présente ordonnance, et qu'en cas d'inexécution, la commune de Cette-Eygun pourra faire procéder à l'expulsion de ces occupants en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge des référés ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 200 € au titre des frais exposés par la commune de Cette-Eygun et non compris dans les dépens

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme B et aux éventuels autres occupants de la cabane Irène située dans la commune d'Urdos d'évacuer ces lieux dans un délai de 48 heures à compter de la date de notification de la présente ordonnance, faute de quoi, la commune de Cette-Eygun pourra faire procéder d'office à cette évacuation avec le concours de la force publique.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Cette-Eygun la somme de 200 (deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de la commune de Cette-Eygun sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Les conclusions de Mme B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Cette-Eygun et à Mme A B.

Fait à Pau, le 13 juillet 2022.

Le juge des référés,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière,

P. SANTERRE

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