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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201215

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201215

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL NOURY-LABEDE LABEYRIE SAVARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022 sous le numéro 2201215, et un mémoire enregistré le 29 novembre 2022, M. F G, représenté par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel la préfète des Landes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de certificat de résidence :

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants eu égard à l'état de santé de sa fille A ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F G ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.

M. F G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022 sous le numéro 2201216, et un mémoire enregistré le 29 novembre 2022, Mme C E épouse G, représentée par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel la préfète des Landes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme E épouse G soutient que :

La décision de refus de certificat de résidence :

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 5) de l'article 6 de l'Accord franco-algérien ;

- porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants eu égard à l'état de santé de sa fille A ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme E épouse G ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.

Mme E épouse G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les n° 2201215 et n° 2201216, présentées par M. G et Mme E épouse G à l'encontre des décisions respectivement prises et relatives à leur situation au regard de leur droit au séjour sur le territoire, concernent la situation d'un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. G et Mme E, ressortissants algériens nés respectivement le 8 novembre 1983 et le 20 septembre 1985 à Beni Saf (Algérie), sont entrés en France avec leurs deux enfants le 22 janvier 2016, munis de visas. Ils déclarent avoir dû fuir leur pays où ils étaient victimes de la mafia. Le rejet de leur demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 31 août 2016, a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 janvier 2017. Ils ont respectivement fait l'objet d'arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français successivement édictés à leur encontre le 3 novembre 2017 et le 16 novembre 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Pau et la Cour administrative d'appel de Bordeaux. Par un courrier du 26 septembre 2019, reçu le 30 par les services de la préfecture des Landes, M. et Mme G ont réitéré leur demande de titre de séjour, complétée le 24 octobre 2019. Par un jugement du 26 janvier 2022, le tribunal a annulé les décisions implicites par lesquelles la préfète des Landes a implicitement rejeté leur demande et a enjoint à cette autorité de prendre de nouvelles décisions après instruction de leur demande. Par les présentes requêtes, ils demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 24 mai 2022 par lesquels la préfète des Landes leur a respectivement refusé la délivrance d'un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. G et Mme E, entrés en France en 2016 avec leurs deux filles nées en 2010 et en 2013 et parents d'un garçon né en France en 2019, invoquent, pour contester la décision par laquelle la préfète des Landes a rejeté leurs demandes de certificat de résidence, l'intensité des liens personnels et familiaux qu'ils ont noués en France. Ils font ainsi valoir que deux sœurs de Mme E vivent en France, qu'ils n'ont plus de liens en Algérie, qu'ils ont l'un et l'autre travaillé, trouvé un logement, suivi des cours de français et qu'ils s'impliquent dans la vie associative. Toutefois, si les deux sœurs de Mme E résident régulièrement dans la métropole bordelaise, les époux ne sont pas dépourvus d'attaches familiales en Algérie, où résident leurs parents. Par ailleurs, si M. G a effectivement exercé des activités salariées en tant qu'ouvrier, il s'agit de recrutements ponctuels sur des emplois non qualifiés, durant quelques semaines ou quelques mois, qui ne suffisent pas à caractériser une intégration particulière sur le territoire français, tandis que l'activité dont se prévaut Mme E n'est établie par aucune pièce. Enfin, si les requérants mettent en avant leur implication dans la vie associative, les attestations qu'ils produisent datent des années 2017 et 2018 et ne traduisent qu'une participation ponctuelle de M. G, entre avril et août 2017, à l'activité de l'association. Ainsi, ils ne justifient pas avoir tissé des liens sociaux et professionnels stables et durables sur le territoire français. Dans ces conditions, leur situation ne fait pas obstacle à ce que leur cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 32 ans et de 30 ans et où ils n'établissent pas, en tout état de cause, être exposés à des menaces. Eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour, les décisions contestées ne méconnaissent pas les dispositions du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et ne sont pas entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. G et de Mme E. En outre et en tout état de cause, la situation des ressortissants algériens étant régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les requérants ne peuvent utilement invoquer le moyen tiré de ce que les décisions en litige méconnaîtraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Si les trois enfants du couple sont scolarisés en France et si les appréciations portées sur leur intégration sont élogieuses, rien ne s'oppose, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, à la reconstitution de la cellule familiale en Algérie où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, si les requérants soutiennent qu'un retour en Algérie aurait pour conséquence de réveiller les traumatismes psychologiques de leur fille, liés aux événements subis dans sa petite enfance, d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a ni pour but ni pour objet de fixer le pays de destination des époux G, d'autre part et en tout état de cause, alors que les demandes de titre de séjour précédemment présentées par les requérants en qualité d'accompagnants d'enfant malade ont été rejetées par des décisions devenues définitives, ils n'apportent aucune pièce nouvelle de nature à fonder les craintes qu'ils allèguent au sujet de leur fille. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte portée aux intérêts supérieurs des enfants ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant refus de titre de séjour ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient dépourvues de base légale doit être écarté.

8. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment concernant les refus de titre de séjour que les moyens tirés de l'atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants et de l'atteinte à l'intérêt supérieur des enfants doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination seraient dépourvues de base légale doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. G et de Mme E à fin d'annulation des arrêtés du 24 mai 2022 par lesquels la préfète des Landes leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination, doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. G et de Mme E épouse G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G, à Mme C E épouse G, à la préfète des Landes et à Me Savary-Goumi.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La rapporteure,

Signé

A. D

La présidente,

Signé

M. B La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

2,2201216

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