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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201242

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201242

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCPA COUDEVYLLE-LABAT-BERNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. B A et Mme C A, représentés par Me Garcia, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme du 14 avril 2022 délivré par le maire de Meillon indiquant que la parcelle cadastrée ZC 45 ne peut pas être utilisée pour la réalisation de leur projet consistant en la création de 4 lots à usage industriel, artisanal ou commercial ;

2°) d'enjoindre au maire de Meillon de leur délivrer un certificat d'urbanisme indiquant que la parcelle ZC 45 est utilisable pour ce projet, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Meillon une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'injonction de réexamen prononcée par la cour administrative de Bordeaux dans son arrêt 19BX02698 à la suite de l'annulation d'un premier certificat d'urbanisme négatif impliquait que le maire se prononce au regard du droit applicable à la date du certificat annulé ;

- le certificat attaqué ici est illégal en raison de l'illégalité du classement en zone agricole du terrain d'assiette par le plan local d'urbanisme intercommunal.

Par un mémoire, enregistré le 13 juillet 2023, la commune de Meillon, représentée par la SCPA Coudevylle-Labat-Bernal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire de M. et Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 16 mai 2024, présenté pour M. et Mme A, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garcia pour M. A et Mme A et de Me Bernal pour la commune de Meillon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme A ont fait déposer, le 12 janvier 2017, une demande de certificat d'urbanisme concernant la création de quatre lots à usage industriel artisanal ou commercial sur la parcelle ZC 45 située chemin de Peyrousse à Meillon (Pyrénées-Atlantiques). Le 8 mars 2017, le maire leur a délivré un certificat leur indiquant que cette parcelle n'était pas utilisable pour ce projet. Par un arrêt 19BX02698, rendu le 5 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce certificat d'urbanisme et a enjoint au maire de Meillon de réexaminer la demande des consorts A. Ces derniers demandent au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme du 14 avril 2022 par lequel le maire de Meillon a de nouveau indiqué que l'opération envisagée n'était pas réalisable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ".

3. Ces dispositions ne sont pas applicables aux certificats d'urbanisme, lesquels ne peuvent être regardés comme des " autorisations d'occuper ou d'utiliser le sol ". Par suite, le maire de Meillon a pu légalement, sur injonction prononcée par l'arrêt 19BX02698, réexaminer la demande de certificat d'urbanisme déposée pour les consorts A en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date de sa nouvelle décision, et non au regard du droit en vigueur à la date du certificat d'urbanisme annulé par la cour administrative d'appel de Bordeaux.

4. En deuxième lieu, le certificat d'urbanisme attaqué est fondé sur le classement, par le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées, de la parcelle ZC 45 en zone agricole, dans laquelle aucune nouvelle construction non destinée à un usage agricole n'est autorisée.

5. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

6. La parcelle cadastrée ZC 45 appartient à une vaste zone agricole qui s'étend du nord-ouest au sud-est, suivant l'axe de la route départementale 938, quand bien même son potentiel agronomique ne serait pas établi. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, elle est éloignée du centre-bourg, quand bien même elle est à proximité de parcelles bâties. Si les requérants soutiennent que le projet d'aménagement et de développement durables entend soutenir l'activité économique, ce document prévoit que le développement économique doit se faire en priorité dans le centre d'agglomération et dans les zones et friches existantes, auxquels n'appartient pas la commune de Meillon. En outre, le projet d'aménagement et de développement durables, vise également à préserver les espaces agricoles. La circonstance que la parcelle en litige serait desservie par les réseaux est sans incidence sur son classement en zone agricole. Dans ces conditions, le classement de la parcelle ZC 45 en zone agricole n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de ce que le certificat d'urbanisme attaqué est illégal en raison de l'erreur manifeste d'appréciation entachant ce classement et de l'incohérence de ce classement avec le projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.

7. En troisième lieu, à supposer que, ainsi que le soutiennent les requérants, le plan local d'urbanisme présenterait des incohérences et des insuffisances concernant le rapport entre les besoins en logements neufs et les objectifs de production de tels logements, cette circonstance serait sans incidence sur la légalité du certificat d'urbanisme en litige, demandé en vue de la division d'une parcelle en 4 lots à usage industriel, artisanal ou commercial. Il en est de même de la circonstance, à la supposer établie que des dents creuses enclavées dans le tissu urbain auraient été classées en zone agricole, dès lors que tel n'est pas le cas du terrain d'assiette du projet en litige.

8. En quatrième lieu, à supposer que le plan local d'urbanisme n'aurait pas, ainsi que le soutiennent les requérants, suffisamment pris en compte la volonté des auteurs du schéma de cohérence territoriale de prévoir des bandes d'inconstructibilité le long des cours d'eau, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du certificat d'urbanisme attaqué.

9. Il résulte de ce qui précède que les consorts A ne sont pas fondés à demander l'annulation du certificat d'urbanisme attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Meillon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent les consorts A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des consorts A une somme globale de 1 200 euros à verser à la commune de Meillon en application de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. A et Mme A verseront à la commune de Meillon une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et Mme C A et à la commune de Meillon.

Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

signé

F. MADELAIGUE La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

signé

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