mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | HENNEBUTTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, des pièces complémentaires, enregistrées le 21 juin 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 22 décembre 2022, M. et Mme D et C A demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le maire d'Ustaritz a accordé à Mme F le permis de construire qu'elle avait sollicité pour la modification des façades d'une construction existante, la construction d'un appentis et l'aménagement d'un garage, ainsi que le rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Ustaritz une somme à parfaire en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le permis n'a pas été affiché de sorte à être visible depuis la voie publique ;
- ils ont intérêt à agir en tant que voisins immédiats et dès lors que le projet en litige va créer des vues chez eux et va conduire à un déversement d'eaux pluviales sur leur terrain ;
- la pétitionnaire n'avait pas qualité pour déposer la demande de permis de construire, en méconnaissance des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme ;
- l'ouverture créée en façade nord n'est mentionnée ni sur le plan de masse, ni dans la notice, ni sur le document graphique ; on n'en connaît ni l'emplacement exact, ni les dimensions, ni les matériaux utilisés, ni la distance avec leur terrain ;
- le remplacement de la porte de garage par une fenêtre en façade ouest n'est mentionné ni sur le plan de masse, ni sur le document graphique ;
- les matériaux utilisés ne sont pas mentionnés dans une notice exigée par l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ; les modalités d'exécution de l'ouverture en façade nord n'y sont pas non plus mentionnées ;
- le dossier de demande ne représente pas l'environnement proche du projet, en particulier leur propriété ;
- le plan de masse ne représente pas le traitement des eaux pluviales ;
- la demande de permis est entachée de fraude compte tenu de l'incomplétude manifeste du dossier concernant l'ouverture créée en façade nord et le traitement des eaux pluviales ;
- le projet ne respecte pas la distance aux limites séparatives exigée par l'article 7 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme ;
- le projet n'est pas raccordé aux réseaux d'eaux usées et d'eaux pluviales, en méconnaissance de l'article 4 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme.
Par deux mémoires, enregistrés les 24 octobre 2022 et 13 mars 2023, Mme F, représentée par Mme E, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A une somme de 2 000 euros.
Elle fait valoir que les requérants n'ont pas intérêt à agir contre l'arrêté attaqué dès lors que le projet ne crée aucune vue en direction de leur maison.
Par un mémoire, enregistré le 23 décembre 2022, la commune d'Ustaritz, représentée par l'AARPI Kalis avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir dès lors que le projet ne crée pas de vue et que les eaux pluviales ne seront pas évacuées sur leur propriété ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Un mémoire, enregistré le 30 juin 2023, présenté pour M. et Mme A, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Roussel Cera ;
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique ;
- et les observations de Me E représentant Mme F.
Une note en délibéré a été présentée par M. A et enregistrée le 4 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 septembre 2021, Mme F a déposé une demande de permis de construire pour la modification des façades d'une maison existante, la construction d'un appentis et la transformation d'un garage à Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques). M. et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le maire d'Ustaritz a accordé le permis de construire ainsi sollicité ainsi que du rejet de leur recours gracieux.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande.
3. A l'appui de sa demande de permis de construire, Mme F a produit l'attestation exigée par l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier et il n'est pas même allégué que cette attestation serait entachée de fraude. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la pétitionnaire n'aurait pas qualité pour déposer la demande de permis de construire ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Lorsque le projet porte () sur un immeuble situé () dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ".
5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. D'une part, ainsi que le soulignent eux-mêmes les requérants, la création d'une ouverture en façade nord de la maison existante apparaît sur les plans de cette même façade, ainsi que sur le plan d'aménagement de la chambre et de la salle de bains aux normes handicapées. Ces plans ont permis au service instructeur d'apprécier l'emplacement et les dimensions de cette nouvelle fenêtre. En outre, la notice indique que seront utilisées des menuiseries blanches en PVC ou en aluminium, répondant ainsi aux exigences de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme, quand bien même cette notice ne détaille pas les " modalités d'exécution des travaux " de création de cette nouvelle fenêtre. Celle-ci étant prévue sur la façade nord existante, sa distance à la limite séparative est, en tout état de cause, aisément déterminable. La circonstance que cette nouvelle ouverture en façade nord ne soit pas expressément mentionnée dans la notice et sur le document graphique n'a donc pas été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Il en va de même concernant le remplacement de la porte du garage existant par une fenêtre avec volets, qui apparaît sur le plan de la façade ouest.
7. D'autre part, l'environnement proche du projet en litige, qui porte sur des modifications d'une maison existante, apparaît sur le plan de situation, le plan de masse et les photographies, notamment aériennes, jointes au dossier de demande. Ces pièces permettent d'identifier les constructions proches, y compris la maison des requérants.
8. Enfin, s'il est vrai que, même après que le service instructeur a demandé à la pétitionnaire de compléter sa demande sur ce point, le dossier persiste à prévoir un rejet des eaux pluviales dans le milieu naturel et ne mentionne pas le raccordement de la construction au réseau d'eaux pluviales, cette omission n'a en l'espèce pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. A la lumière de l'avis de la communauté d'agglomération, le maire a assorti la délivrance du permis en litige de deux prescriptions sur ce point, figurant aux articles 2 et 3 de l'arrêté attaqué. Il en est de même concernant le raccordement du projet au réseau des eaux usées.
9. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 5 à 8 que le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire était incomplet doit être écarté dans toutes ses branches.
10. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit sur la composition du dossier de demande, en particulier concernant la création d'une nouvelle ouverture en façade nord et le traitement des eaux pluviales, que la pétitionnaire n'a pas procédé à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme : " Les aménagements réalisés sur le terrain doivent garantir l'écoulement des eaux pluviales dans le réseau collecteur () ".
12. Ainsi qu'il a été dit au point 8, à la lumière de l'avis de la communauté d'agglomération, le maire a assorti la délivrance du permis en litige de deux prescriptions figurant aux articles 2 et 3 de l'arrêté attaqué, imposant le raccordement du projet en litige au réseau public d'eaux pluviales. La circonstance que la maison existante, sur laquelle sont autorisés les travaux en litige, ne serait pas raccordée à ce réseau est sans incidence sur la légalité du permis de construire attaqué dès lors que celui-ci tend à rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions règlementaires applicables. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Tout point des constructions est éloigné du point le plus proche de la limite séparative d'une distance horizontale au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points diminuée de 3 mètres () ".
14. Le projet prévoit la création d'une fenêtre sur la façade nord de l'immeuble existant. Ces travaux sont étrangers aux dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette nouvelle fenêtre serait à une distance inférieure à 3 mètres de la limite séparative ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Ustaritz, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. et Mme A, lesquels au demeurant ne justifient pas avoir exposé de frais. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme A, en application des mêmes dispositions, une somme de 750 euros à verser à la commune d'Ustaritz et une somme de 750 euros à verser à Mme F.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : M. et Mme A verseront une somme de 750 euros à la commune d'Ustaritz et une somme de 750 euros à Mme F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme D et C A, à la commune d'Ustaritz et à Mme B F.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente,
M. Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
R. ROUSSEL CERA
La présidente,
F. MADELAIGUE La greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026