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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201250

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201250

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSELARL SOULIE MAUVEZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, régularisée le 26 octobre 2022, et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 17 octobre 2022 et 2 juin 2023, Mme A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mai 2022 par lequel le maire de Trébons a sursis à statuer sur la demande de permis de construire déposée par Mme C et M. D pour la réalisation d'une maison d'habitation.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir en sa qualité de vendeuse du terrain d'assiette du projet en litige ;

- un certificat d'urbanisme et une décision de non-opposition à déclaration préalable pour division ont été délivrés concernant le même terrain ;

- le maire a pris cette décision en raison de son opposition à ce que sa parcelle soit utilisée pour un projet d'aménagement.

Par un mémoire, enregistré le 27 avril 2023, la commune de Trébons, représentée par la SELARL Soulié Mauvezin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme E une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est présentée par Mme B qui n'a pas qualité pour agir au nom de sa mère Mme E ;

- seuls les pétitionnaires avaient intérêt à demander l'annulation du sursis à statuer attaqué ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- l'arrêté attaqué peut également être fondé sur le classement du terrain d'assiette du projet en litige en zone agricole.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera ;

- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. D ont déposé, le 15 mars 2022, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison sur un terrain situé à Trébons (Hautes-Pyrénées). Mme E demande l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2022 par lequel le maire a opposé un sursis à statuer à cette demande.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, si la requête a été initialement introduite par Mme B pour le compte de sa mère Mme E, celle-ci a, sur invitation du tribunal, signé la requête, régularisant ainsi l'irrecevabilité initiale.

3. D'autre part, Mme E soutient sans être contredite sur ce point qu'elle est la propriétaire du terrain d'assiette du projet en litige, dont la vente aux pétitionnaires a été conclue sous réserve de l'obtention d'un permis de construire. Si cette vente a été ensuite cassée, cette circonstance est sans incidence sur la recevabilité de la requête qui s'apprécie à la date de son introduction. Dans ces conditions, Mme E justifie d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué en qualité de propriétaire du terrain d'assiette du projet en litige.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

4. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles () L. 153-11 () du présent code () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique () ".

6. Si tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme a pour effet de garantir à son titulaire un droit à voir toute demande d'autorisation ou de déclaration préalable déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat, figure cependant parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 153-11 du même code.

7. Par arrêté du 26 novembre 2020 le maire de Trébons a délivré un certificat d'urbanisme indiquant qu'était réalisable le projet de construction de trois habitations sur la parcelle cadastrée D n° 339, dont est issu le terrain d'assiette du projet en litige dans la présente instance. Mme C et M. D ont déposé, le 15 mars 2022, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison, soit dans le délai de 18 mois à compter de la délivrance du permis de construire.

8. Il est constant que le plan local d'urbanisme de la commune de Trébons a fait l'objet d'une procédure de révision, reprise en dernier lieu par la communauté de communes de Haute-Bigorre dont le conseil a débattu sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables le 17 mai 2021. Dès lors, à la date du certificat d'urbanisme dont se prévaut Mme E, la procédure de révision du document d'urbanisme n'était pas suffisamment avancée pour que le maire de Trébons puisse légalement opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire déposée par Mme C et M. D, quand bien même ce certificat indiquait qu'un sursis à statuer pouvait être opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme. Et l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) dont se prévaut la commune n'existait pas à la date du certificat.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date () ".

10. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente ne peut légalement surseoir à statuer, sur le fondement de l'article L. 424-1 du même code, sur une demande de permis de construire présentée dans les cinq ans suivant une décision de non-opposition à la déclaration préalable de lotissement au motif que la réalisation du projet de construction serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme.

11. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 4 août 2021 le maire de Trébons ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme E pour la division de la parcelle cadastrée D n°339 en vue de construire. Mme C et M. D ont déposé, le 15 mars 2022, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison sur l'un des lots issus de cette division. Dans ces conditions, en opposant à cette demande un sursis à statuer, le maire de Trébons a méconnu les dispositions de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme.

12. Si la commune demande qu'il soit substitué au motif qui fonde l'arrêté attaqué celui tiré du classement de la parcelle en litige en zone agricole, il ressort des pièces du dossier que ce classement est issu du plan local d'urbanisme arrêté le 18 janvier 2023. Pour les mêmes motifs que précédemment, le maire ne pouvait pas davantage se fonder sur ce classement futur pour opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire déposée par Mme C et M. D.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme E, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la commune de Trébons au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Trébons du 28 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Trébons tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A E et à la commune de Trébons.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

F. MADELAIGUE La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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