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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201262

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201262

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSCP ASSIE AGUER IDIART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 14 et 15 juin 2022 et 13 mai 2024, M. B C, représenté par Me Aguer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge par les décisions du 8 décembre 2021 et du 12 janvier 2022 de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques ;

2°) d'annuler la décision du 30 mars 2022 lui infligeant une sanction financière ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques de procéder à un nouveau calcul de l'indu et de lui restituer le montant des pénalités ;

4°) d'occulter ses nom et prénoms ainsi que toute autre information permettant de l'identifier, ainsi que le nom de la société Patelinconseil pour laquelle il a travaillé, en application des dispositions de l'article R. 741-14 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision est signée par un auteur incompétent ;

- la décision n'est pas datée ;

- les calculs ne sont pas justifiés ;

- la caisse d'allocations familiales a retenu à tort des sommes versées par ses proches et constituant des cadeaux, alors même que ces sommes avaient été déclarées ;

- il n'a jamais fondé de société basée à Singapour ;

- il ne s'est rendu coupable d'aucune fraude, de sorte que la répétition de l'indu devait se limiter à une période biennale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 23 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est bénéficiaire du revenu de solidarité active en qualité de personne isolée et d'autoentrepreneur. A la suite d'un contrôle sur place, qui a notamment révélé une absence de déclaration de ressources, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis à sa charge un premier indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 226,02 euros au titre des mois de décembre 2019 à octobre 2021 par une décision du 8 décembre 2021. Par une seconde décision du 12 janvier 2022, la même autorité a mis à sa charge un second indu de 2 091,24 euros au titre des mois de mars à novembre 2019. Le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé ces indus en réponse au recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé, par une décision du 14 avril 2022 qui s'est substituée aux décisions initiales. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

En ce qui concerne la période de reprise des droits :

2. Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. C n'avait pas déclaré, pour chacune des années 2018 à 2020, la rémunération versée par un cabinet juridique étranger ainsi que certains dons provenant des membres de sa famille. Compte tenu du caractère répété des fausses déclarations de l'allocataire, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques était fondée, en dépit de la bonne foi manifestée par le requérant durant le contrôle sur place, à exclure l'application de la prescription biennale et, par suite, à remettre en cause les droits antérieurs au revenu de solidarité active, au titre des mois de mars à novembre 2019. Il s'ensuit que la reprise des droits a pu légalement couvrir la période totale courant de mars 2019 à octobre 2021.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, () /4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière. () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par les biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ".

6. En premier lieu, dans son mémoire en réplique enregistré le 13 mai 2024, M. C reconnait, d'une part, que Mme A D bénéficiait d'une délégation de signature régulière l'habilitant à signer la décision attaquée au nom du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques et, d'autre part, que cette décision était bien datée. Dans ces conditions, le requérant doit être regardée comme ayant abandonné la contestation de la régularité de la décision en litige du 14 avril 2022.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation de revenu de solidarité active en litige a pour origine la réintégration dans les ressources à prendre en compte pour le calcul des droits de M. C au revenu de solidarité active des sommes non déclarées au cours de la période courant de mars 2019 à octobre 2021. Les sommes réintégrées sont constituées, d'une part, des rémunérations versées par un cabinet juridique étranger les 24 décembre 2018 (1 100 euros), 16 décembre 2019 (1 200 euros), 27 avril 2020 (1 600 euros) et 6 mai 2021 (1 200 euros), ainsi que des indemnités de remboursement de frais de déplacements pour un montant total de 1 517, 57 euros, et d'autre part, de sommes versées par des membres de sa famille, pour un montant total de 1060 euros.

8. Il résulte des dispositions énoncées au point 5 que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code, sur le fondement duquel aucune décision n'a été prise.

9. M. C conteste seulement la réintégration des sommes d'argent reçues de sa famille en faisant valoir que les versements de 300 euros reçus les 7 janvier 2020 et 6 mai 2021, ainsi que le versement de 130 euros reçu le 5 décembre 2018 correspondent à des cadeaux de noël, tandis que les autres sommes reçues de sa grand-mère sont des aides exceptionnelles. Toutefois, les pièces produites par le requérant ne suffisent à établir ni la perception des sommes d'argent en guise de cadeaux de noël, ni que les autres versements ponctuels pourraient être considérés comme des aides à soustraire des déclarations de ressources. C'est donc à bon droit que le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a réintégré l'ensemble de ces sommes dans la base des ressources à prendre en compte pour établir les droits de M. C au revenu de solidarité active.

10. En dernier lieu, alors que la caisse d'allocations familiales a procédé aux calculs qui ont fondé l'indu litigieux, dont les résultats détaillés ont été communiqués à M. C, en dernier lieu par le président du conseil départemental dans la décision attaquée, le requérant, qui n'apporte aucun élément de nature à les remettre en cause, n'établit pas que ces calculs seraient entachés d'inexactitude matérielle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé les indus de revenus de solidarité active mis à sa charge par la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Sur l'amende administrative :

12. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. () ". Aux termes du sixième, devenu septième alinéa du I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, auquel il est ainsi renvoyé : " () Le directeur de l'organisme concerné notifie le montant envisagé de la pénalité et les faits reprochés à la personne en cause, afin qu'elle puisse présenter ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois. A l'issue de ce délai, le directeur de l'organisme prononce, le cas échéant, la pénalité et la notifie à l'intéressé () ".

13. Par une décision du 30 mars 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a infligé à M. C une amende administrative de 530 euros au motif, notamment, l'omission délibérée de déclarer les rémunérations perçues d'un cabinet juridique argentin ainsi que les aides familiales au cours de la période contrôlée. En se bornant à faire valoir qu'il a été de bonne foi durant le contrôle sur place, le requérant ne conteste pas sérieusement le motif fondant la sanction administrative, tiré des omissions déclaratives répétées et délibérées ayant entrainé un versement indu du revenu de solidarité active. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 mars 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Il s'ensuit que les conclusions présentées au titre de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 741-14 du code de justice administrative :

15. Aux termes de l'article L. 10 du code de justice administrative : " Les jugements sont publics. Ils mentionnent le nom des juges qui les ont rendus. / Sous réserve des dispositions particulières qui régissent l'accès aux décisions de justice et leur publicité, les jugements sont mis à la disposition du public à titre gratuit sous forme électronique. / Par dérogation au premier alinéa, les nom et prénoms des personnes physiques mentionnées dans le jugement, lorsqu'elles sont parties ou tiers, sont occultés préalablement à la mise à la disposition du public. Lorsque sa divulgation est de nature à porter atteinte à la sécurité ou au respect de la vie privée de ces personnes ou de leur entourage, est également occulté tout élément permettant d'identifier les parties, les tiers, les magistrats et les membres du greffe. / () / Un décret en Conseil d'Etat fixe, pour les jugements de premier ressort, d'appel ou de cassation, les conditions d'application du présent article. ". Aux termes de l'article R. 741-14 du même code : " Si la mise à disposition de la décision, malgré l'occultation des nom et prénoms prévue par le troisième alinéa de l'article L. 10, est de nature à porter atteinte à la sécurité ou au respect de la vie privée des personnes physiques mentionnées au jugement ou de leur entourage, la décision d'occulter tout autre élément d'identification est prise par le président de la formation de jugement ou le juge ayant rendu la décision en cause lorsque l'occultation concerne une partie ou un tiers./ Lorsque l'occultation concerne un membre du Conseil d'Etat, un magistrat ou un agent de greffe, la décision est prise, selon le cas, par le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, le président de la cour administrative d'appel ou le président du tribunal administratif./ Le membre du Conseil d'Etat ou le magistrat mentionné au premier alinéa peut décider l'occultation de tout élément de la décision dont la divulgation est susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. "

16. M. C n'apporte aucun élément justifiant que d'autres mentions du présent jugement que celles visées par les dispositions énoncées au point précédent soient occultées lors de sa mise à disposition. Ainsi et en tout état de cause, les conclusions du requérant tendant à l'application de l'article R. 741-14 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques, qui n'est la partie perdante pas dans la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B C, à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques et au département des Pyrénées-Atlantiques.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

No 2201262

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