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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201426

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201426

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOURA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, M. B A, représenté par Me Moura, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2022, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé le retrait de sa carte de résident établie le 26 janvier 2015 en tant que ressortissant marocain et la délivrance en lieu et place d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Moura sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, ayant demandé l'aide juridictionnelle dans le délai de recours contentieux ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur le fondement de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car la sanction infligée est totalement disproportionnée au regard de l'ancienneté des infractions pénales commises ainsi que de l'intensité et de l'ancienneté de son intégration personnelle et professionnelle en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2022.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 26 janvier 1969 au Maroc, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français en 1974, alors âgé de cinq ans, accompagnant ses parents. Il est titulaire d'une carte de résident depuis le 26 janvier 1985, renouvelée tous les dix ans. Par courrier du 16 décembre 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a informé qu'il envisageait de lui retirer sa carte de résident. M. A a présenté ses observations par courrier du 23 décembre 2021. Par courrier du 18 février 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a informé de sa décision de retrait de sa carte de résident établie le 26 janvier 2015 en tant que ressortissant marocain et de la délivrance en lieu et place d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut de motivation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée mentionne les articles L. 432-12 et R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se fonde sur ce qu'à la date du 12 octobre 2021, le casier judiciaire de M. A faisait état de six condamnations depuis 2002, dont en 2021 pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. En conséquence, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne l'application des dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

4. Aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal./ Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. ". Aux termes de l'article 433-5 du code pénal dans sa version applicable au litige : " Constituent un outrage puni de 7 500 euros d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie. / Lorsqu'il est adressé à une personne dépositaire de l'autorité publique, l'outrage est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. () ".

5. La mesure de retrait de la carte de résident prévue par les dispositions précitées de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile revêt le caractère d'une sanction dont la contestation conduit le juge à vérifier la proportionnalité à la gravité des faits reprochés.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par ordonnance du 16 août 2021, le vice-président du tribunal judiciaire de Pau a ordonné l'homologation de la proposition de peine formée par le procureur de la République de quatre mois d'emprisonnement délictuel assorti d'un sursis probatoire total pendant dix-huit mois pour outrage par paroles, gestes ou menaces de nature à porter atteinte à la dignité ou au respect dû à la fonction d'une personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions, ces faits étant prévus et réprimés par l'alinéa 2 de l'article 433-5 du code pénal précité. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a relevé, à bon droit, que les faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique entrent dans les prescriptions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, lequel renvoie à l'article 433-5 du code pénal. En conséquence, le préfet était fondé, au regard de cette seule condamnation, à prononcer le retrait de la carte de résident de M. A, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que l'arrêté attaqué mentionne également d'autres faits ayant donné lieu à des condamnations pénales de l'intéressé.

7. D'autre part, M. A soutient que la mesure attaquée a un caractère disproportionné car il vit en France depuis l'âge de cinq ans, est marié et père de quatre enfants, et travaille depuis 1985. Cependant ces circonstances ne sont pas suffisantes pour établir que l'arrêté attaqué aurait un caractère disproportionné dès lors que la mesure de retrait de la carte de résident de M. A n'est pas assortie d'une décision l'obligeant à quitter le territoire mais s'accompagne au contraire de la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en application des dispositions précitées de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui permettant de demeurer en France et d'y travailler. En outre, il n'établit nullement la réalité d'une communauté de vie avec sa seconde épouse, ressortissante marocaine titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, ni de sa participation à l'éducation et l'entretien de ses enfants. Il ne justifie pas non plus d'une insertion professionnelle stable, alternant périodes d'intérim et périodes de chômage. En outre, il est constant que M. A avait déjà fait l'objet de cinq autres condamnations pénales, certes plus anciennes, mais qui, en raison de leur gravité et de leur caractère répétitif, ne permettent pas de considérer que, dans ces circonstances, la décision de retrait de sa carte de résident et de délivrance en lieu et place d'une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale a un caractère disproportionné. Ainsi, il a été condamné en 1998 à deux mois d'emprisonnement pour abandon de famille, non-paiement d'une pension ou d'une prestation alimentaire, en 2002 à quatre mois d'emprisonnement pour violence par conjoint ou concubin suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, en novembre 2002 à cinq mois d'emprisonnement pour violence par conjoint ou concubin sans incapacité, en 2011 à deux mois d'emprisonnement pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, et enfin, en 2014 à trois mois d'emprisonnement pour récidive de conduite en état d'ivresse manifeste et refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique. Par suite, compte tenu de la gravité et du caractère récent de ces faits, et bien que le requérant indique regretter son comportement lié à un contexte d'accident du travail dont il a été victime le 20 juin 2018, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis d'erreur d'appréciation en procédant au retrait de la carte de résident du requérant et M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait un caractère disproportionné au regard de l'ancienneté des infractions pénales commises ainsi que de l'intensité et de l'ancienneté de son intégration personnelle et professionnelle en France.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de la décision du 18 février 2022, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé le retrait de sa carte de résident établie le 26 janvier 2015 en tant que ressortissant marocain et la délivrance en lieu et place d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de cette même requête.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Moura, et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. D

La présidente,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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