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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201430

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201430

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantGIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, Mme E D, représentée par Me Giard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2022 notifiée le 9 mai 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa contestation d'un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 3 760 euros pour la période du 1er septembre 2020 au 28 février 2022 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de reprendre le versement de l'allocation de logement sociale au montant actualisé à la date de la décision à intervenir ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'arrêt fautif du versement de l'allocation de logement sociale ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais été en communauté d'intérêt avec M. A, dès lors que celui-ci résidait dans la commune d'Idron jusqu'en novembre 2020 et qu'il réside dans la commune de Lescar depuis le mois de janvier 2021 ;

- les virements que M. A lui effectue tous les mois correspondent à la vente d'un véhicule dont le prix a été convenu mensuellement ; en outre, le versement d'un montant de 550 euros qu'il a effectué à son ex-bailleur est une simple aide financière ;

- elle vit depuis le mois de mars sans aucune ressource et se trouve dans l'obligation de faire appel à son entourage ; elle subit un préjudice puisqu'elle ne perçoit plus l'ALS ; la commission doit être condamnée à lui verser la somme de 5.000 euros au titre du préjudice moral et matériel subi.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- un faisceau d'indices concordants permet d'établir une relation stable et continue et l'existence d'une interaction financière entre la requérante et M. B A ;

- l'indu d'ALS résulte de la prise en compte des ressources de M. B A pour le calcul du droit à l'aide au logement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme F a été entendu, puis les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, bénéficiaire de l'allocation de logement sociale, s'est vue notifier le 7 mars 2022 par la caisse d'allocations familiales (CAF) des Pyrénées-Atlantiques un trop-perçu d'allocation de logement sociale d'un montant de 3 760 euros pour la période du 1er septembre 2020 au 28 février 2022. Le 12 avril 2022, l'intéressée a saisi la commission de recours amiable d'une contestation de cet indu, qui a été rejetée par une décision du 9 mai suivant. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, d'allocation de logement sociale, d'allocation de logement familiale et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : () /2° Les allocations de logement : () b) L'allocation de logement sociale ". L'article L. 823-1 du même code dispose : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article R. 822-2 de ce code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci ".

4. Mme D conteste l'existence d'une communauté d'intérêts entre elle et M. A qui a justifié la régularisation de son dossier à compter du 15 août 2020 et généré un indu d'ALS de 3760 euros. Il résulte toutefois de l'instruction que M. A avait procédé le 11 août 2020 à une déclaration de changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales, dans laquelle il indiquait être hébergé à titre gratuit chez Mme D au 25 avenue Copernic à Pau, à compter du 15 août 2020. En réponse à une demande de confirmation de sa situation qui lui a été adressée par un courrier en date du 19 octobre 2020 de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques, M. A a confirmé ce changement d'adresse. Il résulte également de l'instruction que Mme D et M. A ont signé conjointement, au mois de novembre 2021, un bail d'habitation pour un logement situé au 206 boulevard du Cami Salie à Pau. Si la requérante fait valoir que M. A s'est seulement positionné en qualité de colocataire afin de lui permettre l'attribution du logement, ces affirmations ne sont établies ni par le bail d'habitation, ni par l'attestation de loyer en date du 3 décembre 2021, lesquels ne font pas état d'une colocation. Si la requérante fait également valoir que M. A est, depuis le mois de janvier 2021, hébergé à titre gratuit par M. C dans la commune de Lescar, l'attestation qu'elle produit à ce titre d'ailleurs non accompagnée de la pièce d'identité de son auteur, et un avis d'imposition de M. A, établi en 2022, sur laquelle figure l'adresse de M. C ne sauraient suffire à corroborer les allégations de la requérante dès lors que l'avis d'imposition a été établi le 9 mai 2022, soit postérieurement à la période de l'indu en litige. Ainsi, l'administration établit par un faisceau d'indices suffisant l'existence d'une vie commune, caractérisée par la résidence commune de Mme D et de M. A à la même adresse à compter du mois d'août 2020. C'est donc à bon droit que la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a confirmé le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sociale mis à la charge de Mme D.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. La présente décision, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. L'illégalité de la décision attaquée n'étant pas établie, les conclusions indemnitaires de la requête de Mme D ne peuvent être, et en tout état de cause, que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques, qui n'a pas dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme E D et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

F. FLa greffière,

Signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière

No 2201430

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