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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201442

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201442

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 2 septembre 2022, M. E C, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation dès lors qu'il ne fait pas mention de son suivi médical ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 9° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 15 septembre 2022 à 14 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant congolais, né le 14 mai 1985 à Kinshasa (République du Zaïre), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 31 août 2019. Il a déposé une demande d'asile enregistrée auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 14 août 2020, rejetée par une décision du 27 janvier 2022, notifiée le 4 mars 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 20 juin 2022. Par un arrêté du 22 juin 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 17 mai 2022, publié le 19 mai 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. Martin Lesage, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans ce département, à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision contestée, dont M. A est le signataire. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français aurait été signé par une autorité incompétente, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et celles de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et la Cour nationale du droit d'asile et les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit, quand bien même elle ne mentionne pas d'éléments sur l'état de santé du requérant, qu'elle comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit sera également écarté.

4. En troisième lieu, aux termes aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

5. Il n'est pas contesté par M. C qu'il n'a pas sollicité son admission au séjour en se prévalant de son état de santé, antérieurement à la décision attaquée. Il s'ensuit qu'il ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 425-9 à l'encontre de la mesure d'éloignement en litige.

6. En revanche, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Et aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

7. Il résulte de ces dispositions que, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour pour soins, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

8. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait disposé en l'espèce d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés justifiant la saisine du collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration préalablement à l'édiction de la décision attaquée. D'autre part, et en tout état de cause, les pièces médicales produites par M. C dans le cadre de la présente instance, au demeurant postérieures à la décision en litige, ne sont pas suffisantes pour établir qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical adapté dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est fondé à soutenir ni que cette décision méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet des Pyrénées-Atlantiques est tenu de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 425-9 du même code. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle. Il ressort par ailleurs des dernières écritures en défense que M. C a présenté le 2 août 2022 une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade laquelle est en cours d'instruction.

9. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne fixe pas par elle-même le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif pris des risques encourus en cas de retour, et non de l'impossibilité d'être suivi médicalement dans son pays d'origine est inopérant et doit être écarté. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 11, que le requérant n'établit ni être exposé à des conséquences graves en cas d'absence de traitement médical, ni ne pouvoir bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour rejeter définitivement la demande d'asile de M. C, la cour nationale du droit d'asile a relevé que M. C avait décrit en termes imprécis, incohérents et dénués de toute crédibilité les faits pour lesquels il avait été contraint de quitter son pays. Or, il se borne dans le cadre de la présente instance à revenir sur les éléments déjà avancés au soutien de sa demande d'asile sans apporter aucun élément nouveau permettant de tenir pour établies la réalité et l'actualité des risques allégués. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnait les dispositions du de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit en tout état de cause être écarté. De même, pour les mêmes motifs, que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction de cette même requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. C demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E C, et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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