mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 4 juillet 2022 et 13 juillet 2023, M. E B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a confirmé l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 283,33 euros mis à sa charge et de le décharger du paiement de cette somme ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département des Hautes-Pyrénées la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;
- la décision attaquée, qui a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration de sorte qu'il a été privé d'une garantie ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- l'administration a méconnu le droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dans la mesure où il n'a pas été informé de l'usage de ce droit avant que l'indu soit mis à sa charge ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code l'action sociale et de la famille qui prévoient la saisine préalable de la commission de recours amiable, et cette omission l'a privé d'une garantie ;
- la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées a effectué des retenues sur ses prestations dès la notification de l'indu, avant même la fin des délais et voies de recours, en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision attaquée méconnaît le principe des droits de la défense, garanti par l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation dès lors que les sommes prises en compte par la caisse d'allocation familiales ne représentent pas des capitaux de placement et ne sont donc pas à l'origine de revenus complémentaires non déclarés ;
- à titre subsidiaire, il sollicite, en application de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, le droit à l'erreur, dès lors notamment que l'indu mis à sa charge ne résulte pas de manœuvres frauduleuses.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le département des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 23 mai 2024 à 14 heures :
- le rapport de Mme D ;
- et les conclusions de Mme Réaut rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le 1er juin 2021. A la suite d'un contrôle effectué en avril 2022, ses droits ont été révisés et par une décision du 1er avril 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 283,33 euros pour la période de juin 2021 à mars 2022. Le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire par une décision en date du 9 juin 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité de la décision attaquée :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ".
4. La décision attaquée du 9 juin 2022 est signée par Mme A C, directrice des territoires et de l'insertion, qui disposait d'une délégation de signature du président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées à l'effet de signer, en toute matière relevant de la compétence de la direction des territoires et de l'insertion, les actes de toute nature à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision contestée, en vertu de l'arrêté préfectoral du 20 mai 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs des Hautes-Pyrénées le 24 mai 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.
5. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les visas et l'énoncé des dispositions des articles R. 262-6, L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles dont le président du conseil départemental a fait application ainsi que les considérations de fait retenues pour fonder l'indu. Il s'ensuit que l'autorité compétente a satisfait à l'obligation de motivation qui lui incombait en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve de l'application du 2° de l'article L. 311-5, une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. () "
7. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ne s'appliquent que lorsqu'un traitement algorithmique a fondé, en tout ou partie, une décision individuelle. Ainsi, à supposer même qu'un traitement algorithmique de données ait eu une incidence sur le déclenchement du contrôle de la situation de M. B, il résulte de l'instruction que le contrôle a été effectué par un agent assermenté, sur pièces et après échanges avec l'intéressé, de sorte que la décision notifiant l'indu ne résulte pas elle-même d'un traitement algorithmique de données. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311 3 1-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. ".
9. M. B soutient qu'il n'a pas été informé de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus par la caisse d'allocations familiales dans le cadre du droit de communication qu'elle a exercé auprès de tiers. Toutefois, il n'est pas établi et il ne résulte pas de l'instruction que cet organisme aurait fait usage de ce droit au cours du contrôle de la situation de Mme B. L'indu en litige résulte de la prise en considération d'un crédit bancaire dont l'existence a été constatée sur les relevés bancaires consultés contradictoirement lors du contrôle sur place. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est par suite inopérant et doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " I - Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 du même code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () / 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention ; () ". En vertu de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. "
11. Il résulte des termes mêmes de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département des Hautes-Pyrénées et la caisse d'allocation familiales des Hautes-Pyrénées, notamment de son article 6.3, que seuls les recours portant sur les décisions relatives aux rejets pour conditions d'activité non remplies pour les personnes de moins de 25 ans sont soumis à l'avis de la commission de recours amiables de la caisse d'allocations familiales, l'ensemble des autres recours relatifs au revenu de solidarité active est examiné directement par le département sans procédure consultative préalable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code l'action sociale et de la famille est inopérant et doit être écarté.
12. En sixième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu dans la mesure où la décision en litige n'émane pas d'un tribunal au sens et pour l'application de ces stipulations.
13. En dernier lieu, M. B a fait valoir ses observations dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire, de sorte qu'il ne peut soutenir que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
14. Aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () ". L'article R. 132-1 du même code prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants, prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".
15. Les dispositions précitées ne définissent pas la catégorie des capitaux non productifs de revenu. Les liquidités non placées qui représentent un capital économisé, ne concourant pas aux dépenses courantes du foyer doivent être regardées comme relevant de cette catégorie et sont dès lors, à ce titre, soumises à une évaluation forfaitaire dont il est tenu compte comme une composante des ressources trimestrielles sur la base desquelles sont calculés les droits au revenu de solidarité active.
16. En l'espèce, il n'est pas contesté par M. B que son compte bancaire comportait un solde créditeur de plus de 50 000 euros représentant " les économies de toute une vie ". Ce capital épargné doit être regardé comme une ressource dont le président du conseil départemental pouvait à bon droit tenir compte comme procurant un revenu annuel égal à 3 % de son montant, ensuite réparti mensuellement pour être intégré dans les ressources trimestrielles du requérant. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions énoncées au point 14 que le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a mis à la charge de M. B l'indu de revenu de solidarité active induit par la prise en compte de cette ressource.
En ce qui concerne les retenues sur prestations :
17. Si M. B soutient que la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées aurait procédé irrégulièrement à des retenues sur ses prestations en méconnaissance du principe du caractère suspensif des recours exercés contre une décision de récupération d'un indu posé à l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, il ne démontre aucunement que des retenues ont été pratiquées postérieurement au dépôt de son recours administratif préalable.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
18. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Il s'ensuit que les conclusions présentées au titre de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Hautes-Pyrénées, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E B, à la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées et au département des Hautes-Pyrénées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENER La greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
No 2201468
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026