mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201499 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | CABINET DONAZAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, M. A B, représenté par
Me Donazar, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mars 2022 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à la formation d'agent privé de sécurité ;
2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de procédure dès lors que le Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé sur des données du traitement des antécédents judiciaires, dont le ministère public a procédé à l'effacement à sa demande ;
- la décision attaquée est entachée d'une absence d'examen de sa situation ;
- son comportement, qui est exemplaire, n'est pas contraire à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou n'est pas de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'état ;
- la décision attaquée a des conséquences considérables sur sa situation, notamment un risque de licenciement ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard de l'impact qu'aurait la perte de son emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,
- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 10 mars 2022, la commission locale d'agrément et de contrôle du sud-ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté la demande de M. B tendant à la délivrance d'une autorisation d'accès à la formation d'agent privé de sécurité, en application de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure. La requête de M. B doit être regardée comme tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté son recours administratif formé le 14 mars 2022 contre la délibération du 10 mars 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au présent litige : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; (). ". Aux termes de l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20. ".
3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est défavorablement fait connaître des services de police à plusieurs reprises en 2004 et 2005, puis de nouveau de 2008 à 2011. Il a en outre fait l'objet de condamnations par le tribunal de grande instance d'Auch à des peines de 50 heures, 90 heures et 120 heures de travaux d'intérêt général, pour des faits respectifs d'infraction au régime des armes et munitions commis le 19 décembre 2008, de cambriolage et de recel commis le 18 décembre 2008 et d'escroquerie commis le 9 août 2010. La circonstance que le procureur de la République a fait droit, par courrier du 12 mars 2021, à la demande de l'intéressé tendant à l'effacement de la mention de ces faits dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires ne faisait pas obstacle à ce que l'autorité administrative les prenne en compte s'ils apparaissaient comme établis dans le cadre de l'enquête administrative. Toutefois, M. B, qui occupe une activité professionnelle régulière sous contrat à durée indéterminée comme chauffeur livreur depuis le mois de février 2014 et comme agent de sécurité incendie depuis le mois de février 2017, n'a plus été mis en cause ni condamné depuis le mois d'août 2011. Dans ces circonstances, en dépit de la gravité des faits commis, qui ont été répétés sur une période donnée, le comportement de M. B, eu égard à l'ancienneté de ces faits, ne présentait pas, à la date de la décision attaquée, de caractère contraire à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs, ni n'était de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et n'était donc pas incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Par suite, en prenant tacitement la décision attaquée, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a fait une inexacte application des articles L. 612-20 et L. 612-22 du code de la sécurité intérieure.
5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de M. B, la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
7. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au CNAPS de délivrer l'autorisation sollicitée par M. B dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sous réserve de l'évolution des circonstances de fait depuis la décision attaquée. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté le recours administratif formé par M. B contre la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle du sud-ouest du 10 mars 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à
M. B l'autorisation d'accès à la formation d'agent de sécurité dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sous réserve de l'évolution des circonstances de fait.
Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
V. DUMEZ-FAUCHILLE
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026