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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201513

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201513

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDUMAZ-ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 juillet et le 13 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Dumaz-Zamora, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et dans l'intervalle, de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions posées par les articles L. 423-7 et L. 423-23 du même code ;

- est illégale en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation par le préfet dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille, de nationalité française ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue nullement une menace pour l'ordre public ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- a été prise en violation des droits de la défense et du droit à un procès équitable, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2023.

Des pièces complémentaires présentées pour M. C ont été enregistrées le 23 décembre 2022 et le 6 février 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Dumaz-Zamora, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 1er janvier 1980 à Fes (Maroc), est entré régulièrement en France le 18 février 2015, sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 10 août 2015. Le 9 juin 2020, il a obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, en qualité de parent d'un enfant français. Le 17 mai 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Une décision implicite de rejet est née dans le silence gardé par le préfet des Pyrénées-Atlantiques sur sa demande. Par une ordonnance du 9 juin 2022, le juge des référés a prononcé un non-lieu à statuer sur la requête de M. C tendant à la suspension de l'exécution de cette décision implicite de rejet au motif que le préfet, le 3 juin 2022, a pris un arrêté par lequel il a explicitement refusé à M. C le renouvellement de son titre de séjour, décision assortie d'une obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de destination. Pour le même motif, le recours pour excès de pouvoir formé par M. C contre la décision implicite de rejet a été rejeté par ordonnance du 16 janvier 2023. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté pris par le préfet des Pyrénées-Atlantiques le 3 juin 2022 et d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige énonce de manière suffisamment détaillée les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser au requérant le titre de séjour sollicité. La seule circonstance que l'autorité préfectorale n'ait pas mentionné tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ". Il résulte de ces dispositions que pour obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, l'étranger qui se prévaut de cette qualité, doit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du même code dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient.

5. M. C soutient que la décision par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a opposé un refus à sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il remplit les conditions posées par les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'une part, il est constant que l'intéressé est père d'une enfant de nationalité française, née le 4 décembre 2019, qu'il a reconnue à sa naissance. Le 19 février 2020, la mère de l'enfant a déclaré auprès de la Caisse d'allocations familiales être séparée de M. C depuis le 16 février 2020. Par un jugement du 29 novembre 2021, le juge des affaires familiales du tribunal de grande instance de Pau a dit que l'autorité parentale était exercée conjointement par les deux parents, fixé la résidence habituelle de l'enfant chez sa mère, reconnu au requérant un droit de visite et d'hébergement une fin de semaine sur deux et la moitié des vacances scolaires, et fixé le montant mensuel de la pension alimentaire à 100 euros. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est acquitté de la somme exigée par virement bancaire le 30 mars 2021, le 20 avril 2021 et le 20 mai 2021. S'il soutient, pour les autres mensualités, les avoir versées en liquide à la mère de l'enfant, il ne produit à l'appui de ces allégations que le témoignage de celle-ci, rédigé pour les besoins de la cause, lequel énonce que M. C lui " faisait un versement de 100 euros tous les mois " mais ne permet pas d'établir qu'il a poursuivi ces versements au-delà du 20 mai 2021. En outre, les tickets de caisse qu'il produit, datés de juin 2020, juillet 2020, octobre 2020, novembre 2020, janvier 2021, août 2021 et septembre 2021, sont dépourvus de toute mention quant à l'identité de la personne ayant effectué les achats de vêtements et de produits infantiles. Les attestations produites par la mère de l'enfant, qui se contente de souligner qu'il " n'a posé aucun problème lors des visites " avec sa fille, et par deux collègues de travail, lesquels mentionnent simplement des " visites de courtoisie " de la mère et de l'enfant, à plusieurs reprises, sur le lieu de travail de l'intéressé, pas plus que quelques photos non datées où il pose avec sa fille, ne suffisent à établir qu'il aurait ainsi contribué à l'entretien et à l'éducation de sa fille, ni depuis sa naissance, ni depuis au moins deux ans à la date de la décision contestée.

7. D'autre part, si M. C se prévaut de ce qu'il a bénéficié d'un contrat de travail en qualité de mécanicien dans un garage automobile, à temps partiel, à compter du mois de novembre 2020, puis à temps complet du 1er mars 2021 au 25 avril 2022, ainsi que d'un autre contrat à durée déterminée à compter du 1er mai 2022, il est constant qu'il est arrivé en France en 2015, alors âgé de 35 ans, muni d'un visa de court séjour, et qu'il s'est maintenu en France après expiration de ce visa, le 10 août 2015, sans solliciter son admission au séjour jusqu'à la régularisation de sa situation, en juin 2020, en qualité de père d'un enfant français. Il ne justifie, jusqu'en novembre 2020, d'aucune activité professionnelle. S'il s'est marié, le 11 août 2018 avec une ressortissante française, les époux se sont séparés le 10 avril 2019 et ont entamé une procédure de divorce par consentement mutuel. S'il a noué également une relation avec une autre ressortissante française, relation dont est née une fille, le 4 décembre 2019, sa nouvelle compagne, ainsi qu'il a été dit au point précédent, a déclaré leur séparation dès le mois de février 2020. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 12 novembre 2020 devenu définitif, le tribunal correctionnel de Pau a condamné M. C à une peine d'emprisonnement délictuel de douze mois, totalement assortie du sursis probatoire de deux ans, pour des faits de violence ayant entraîné une incapacité temporaire totale (ITT) inférieure à 8 jours avec la circonstance qu'ils ont été commis par le conjoint et ce, à titre habituel, durant une période courant de janvier 2019 à juin 2020. Ils ont donc été commis notamment au cours de la grossesse de la compagne de M. C. Enfin, s'il se prévaut de la présence régulière en France de deux de ses frères, dont l'un a la nationalité française, et d'une de ses sœurs, il ne conteste pas avoir de la famille au Maroc, dont sa mère et son père. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu estimer que M. C ne remplissait les conditions ni de l'article L 423-7, ni de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'était pas tenu, préalablement à l'édiction de la décision de refus de séjour, de saisir la commission du titre de séjour du cas du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 423-13 du code précité ne peut être accueilli.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de l'arrêté du 3 juin 2022, que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé, avant de prendre la décision en litige, à un examen particulier des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 du présent jugement, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. La décision de refus de séjour opposée au requérant n'ayant ni pour objet ni pour effet de le séparer de sa fille mineure avec laquelle il ne vit pas et avec laquelle, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne justifie pas de l'intensité des liens entretenus, M. C ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de titre de séjour aurait méconnu l'intérêt supérieur de sa fille mineure. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Pau, par un jugement du 12 novembre 2020 devenu définitif, à une peine d'emprisonnement délictuel de douze mois, totalement assortie du sursis probatoire de deux ans, pour des faits de violence sur conjoint, et ce, à titre habituel. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a été écroué, le 29 décembre 2021, dans le cadre de l'instruction d'une procédure ouverte à son encontre pour des faits de viol et harcèlement sur conjoint, dégradation des conditions de vie du conjoint et violences habituelles sur conjoint avec récidive, commis de mars à octobre 2021. Si la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Pau a, le 15 avril 2022, ordonné sa mise en liberté sous contrôle judiciaire, l'instruction de cette affaire demeurait pendante à la date de la décision en litige. Au regard de la gravité et du caractère récent de ces faits à la date de la décision attaquée, et alors même que M. C n'avait, alors, pas fait l'objet d'une nouvelle condamnation, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que la menace à l'ordre public que l'intéressé représentait justifiait que ne soit pas renouvelé son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

15. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, le moyen tiré de l'erreur manifeste, commise par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

17. Ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, l'arrêté en litige, en ce qu'il refuse le renouvellement du titre de séjour à M. C, est suffisamment motivé. La décision par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

20. Ainsi qu'il a été dit au point 6, les éléments produits par M. C ne démontrent ni qu'il entretient un lien affectif ancien et stable avec son enfant, ni qu'il participe, de façon significative et régulière, à son éducation ou à son entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

22. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ".

23. M. C soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a été placé sous contrôle judiciaire et que, compte tenu de l'obligation qui lui est faite de ne pas se soustraire à l'autorité judiciaire, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français. Toutefois, la circonstance que M. C faisait, à la date de l'arrêté attaqué, l'objet de poursuites pénales et d'une mesure de contrôle judiciaire ordonnée par la cour d'appel de Pau lui imposant, en particulier, de ne pas sortir des limites du territoire de la France métropolitaine, ne fait pas obstacle à ce que le préfet prenne à son encontre une mesure administrative d'obligation de quitter le territoire français, étant toutefois précisé que l'exécution de cette mesure est subordonnée à la levée, par le juge judiciaire, de l'interdiction de sortie du territoire français dont il fait l'objet. En outre, si l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme impose à l'autorité devant laquelle une personne est accusée, de respecter les droits garantis par ces stipulations, et notamment le droit de l'accusé de se défendre lui-même, il ne saurait faire obstacle au prononcé par une autre autorité d'une mesure administrative étrangère au procès, dans les conditions prévues par la loi. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme, pour contester l'obligation de quitter le territoire français qui lui est imposée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

24. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Dumaz-Zamora.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A. D La présidente,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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