lundi 29 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201519 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BORDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 4 juillet 2022 et le 24 août 2022, M. A C, représenté par Me Bordes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans en date du 21 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il est, en raison de son arrivée en France depuis plus de 10 ans, protégé par les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; de plus, en tant que citoyen européen, il n'a pas à demander de titre de séjour, en application des dispositions de l'article L. 231-1 du même code ;
- la période de détention ne saurait suffire à écarter l'application de l'alinéa 4 de l'article L. 611-3 du CESEDA.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du CESEDA, dès lors qu'il fait partie des personnes protégées, en application de l'article 37 de la directive 2004 / 38 / CE du parlement Européen et du Conseil en date du 29 avril 2004 et de la circulaire n° NOR IMIM1000116C ;
- si la préfète se prévaut de l'article L. 200-6 du CESEDA, la menace actuelle à l'ordre public et à la sécurité publique n'est pas établie, dès lors que les faits qui lui sont reprochés datent d'au moins huit ans ; ainsi, la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en application de l'article L. 251-2 du CESEDA, le citoyen de l'union européenne qui bénéficie du droit au séjour permanent ne peut faire l'objet d'une telle décision ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à ses droits à la vie privée et familiale par rapport au but poursuivi.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête, qui, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, ne contient l'exposé d'aucun moyen, est irrecevable ;
- il est justifié de la compétence de l'auteur de la décision contestée ;
- la décision est suffisamment motivée ;
- dès lors que l'intéressé n'a pas respecté l'obligation d'enregistrement auprès du maire de la commune de résidence à laquelle est soumis tout citoyen européen désirant séjourner sur le territoire français au-delà de trois mois, il ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article L. 233-1 du CESEDA ;
- le comportement de l'intéressé constitue une menace réelle, actuelle et grave à l'ordre public ;
- M. C ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle ;
- la mesure d'éloignement urgente est justifiée par la nature des faits commis ;
- aucune circonstance humanitaire n'empêche la mesure d'éloignement et d'interdiction de circulation prononcée ; par suite, ces mesures ne contreviennent pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Dans son mémoire en défense en date du 19 août 2022, la préfète des Landes a informé le tribunal, en application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. C est susceptible d'être libéré le 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa
proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du
code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Bordes, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant portugais né le 6 mai 1984 à Lisbonne au Portugal, est entré en France en 2006. Par un arrêt du 10 juin 2016, la cour d'assises de Charente l'a condamné à une peine de douze ans d'emprisonnement, pour des faits d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour faciliter un crime ou un délit suivi d'une libération avant 7 jours, de viol avec torture ou acte de barbarie, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à 8 jours. Il avait déjà été condamné, le 6 mai 2013, à 450 euros d'amende pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 3 juin 2013 à 300 euros d'amende pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et le 4 juillet 2013 pour des faits d'usage illicite de stupéfiants. Par un arrêté en date du 21 juin 2022, la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la préfète des Landes :
2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
3. Aux termes du II de l'article R. 776-2 du même code : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ".
4. Aux termes du II de l'article R. 776-5 de ce code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. / Lorsque le délai est de quarante-huit heures ou de quinze jours, le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / Le requérant qui, dans le délai de quarante-huit heures ou de quinze jours selon les cas, a demandé l'annulation de l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément peut, jusqu'à la clôture de l'instruction, former des conclusions dirigées contre toute autre de ces décisions. ".
5. Par un arrêté en date du 21 juin 2022, la préfète des Landes a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, sur le fondement des articles L. 251-1, L. 251-4, L. 200-6 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. Ainsi que le fait valoir la préfète en défense, la requête déposée le 30 juin 2022 au greffe du centre pénitentiaire par M. C, dans le délai de recours de quarante-huit heures, ne contient l'exposé d'aucun moyen, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français. Toutefois, en vertu des dispositions précitées du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative, M. C était recevable à régulariser sa requête après l'expiration du délai de recours, comme il l'a fait par un mémoire enregistré le 24 août 2022, contenant l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé de nouvelles conclusions. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la préfète des Landes, tirée de la méconnaissance des prescriptions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun soulevé à l'encontre de toutes les décisions :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 2 mars 2022, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Landes, la préfète de ce département a donné délégation à M. Daniel Fermon, secrétaire général de la préfecture des Landes et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
7. En second lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
8. En l'espèce, M. C, qui se borne à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes communicables en dépit de son incarcération tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle alors, au demeurant, qu'il a disposé de la possibilité de présenter ses observations lors de son audition par les services de police au cours de la mesure de retenue administrative pour vérification de son droit au séjour dont il a fait l'objet le 7 juillet 2022 et au cours de laquelle il a été invité à présenter ses observations sur la possible exécution par les autorités françaises de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; ().". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ".
10. Aux termes de l'article L. 200-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. / Les citoyens de l'Union européenne exercent le droit de circuler et de séjourner librement en France qui leur est reconnu par les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dans les conditions et limites définies par ce traité et les dispositions prises pour son application. ". Aux termes de l'article L. 231-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour. Toutefois, s'ils en font la demande, il leur en est délivré un. ". En outre, aux termes de l'article L. 231-2 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne qui souhaitent établir en France leur résidence habituelle se font enregistrer auprès du maire de leur commune de résidence dans les trois mois suivant leur arrivée. Ceux qui n'ont pas respecté cette obligation d'enregistrement sont réputés résider en France depuis moins de trois mois. ". Par ailleurs, l'article L. 233-1 du code précité prévoit que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". Enfin, l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. ".
11. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été écroué le 7 mars 2014 par mandat de dépôt avec comparution immédiate le 7 mars 2014 et condamné par un arrêt de la cour d'assises de Charente le 10 juin 2016 a une peine d'emprisonnement de 12 ans pour des faits d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour faciliter un crime ou un délit suivi de libération avant 7 jours, viol avec torture ou acte de barbarie, violence aggravée par trois circonstances suivies d'incapacité supérieure à huit jours. Si l'intéressé soutient qu'il remplissait les conditions de résidence prévues à l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et bénéficiait ainsi d'un droit au séjour permanent en raison de sa présence en France depuis 2006, il est constant qu'au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la période durant laquelle il a été et sera incarcéré ne saurait être prise en compte dans le calcul de la durée de sa résidence légale et ininterrompue en France. Par suite, M. C qui n'établit pas, par la seule preuve d'une carte d'identité faite au consulat du Portugal à Bordeaux le 15 janvier 2009, de son inscription au répertoire Sirene le 16 juin 2010, d'éléments permettant d'établir qu'il a travaillé, du 30 octobre 2013 au 5 mars 2014, et d'une attestation difficilement lisible soutenant que M. C a été embauché en contrat indéterminé de 2008 à 2014, sans qu'aucun élément ne vienne l'établir, qu'il résidait, à la date de la décision contestée, habituellement et de manière ininterrompue en France depuis au moins cinq années. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir d'un droit au séjour permanent en application des dispositions précitées de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 233-1 et L. 234-1 du même code pourra, par suite, être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile inséré au titre V " Décisions d'éloignement " du livre II " Dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille " : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société/ L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ; ". Aux termes de l'article L. 200-6 du même code : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. "
14. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
15. M. C soutient que son comportement ne représente plus une menace pour l'ordre public dès lors que les faits reprochés sont anciens. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a été condamné, ainsi qu'il l'a été dit au point 12, à une peine d'emprisonnement par la cour d'assises de Charente. L'intéressé était par ailleurs préalablement connu des services de police dès lors qu'il avait été condamné, le 6 mai 2013, à une amende pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, mais également le 3 juin 2013 pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et le 4 juillet 2013 pour usage illicite de stupéfiants. Ainsi, s'il ressort des pièces du dossier que M. C suit effectivement des soins psychiatriques ainsi que des soins pour lutter contre son addictologie, participe à des ateliers carcéraux, a obtenu un certificat de formation générale et a travaillé au cours du mois de juillet 2022 et qu'il s'est bien comporté en détention, ce qui lui vaut, ainsi qu'il le fait valoir, une libération anticipée, il ne produit aucun élément quant à son projet de réinsertion, notamment une promesse d'embauche, ni quant au suivi de ses soins psychologiques. De plus, il ressort de l'examen des pièces du dossier qu'il s'est désinscrit de nombreux ateliers. Ainsi, compte tenu du comportement de l'intéressé, du motif de son incarcération et de la réitération des faits délictueux, antérieurs à son emprisonnement, la préfète a pu légalement, sans erreur d'appréciation estimer que le comportement personnel du requérant, en dépit de son amélioration éventuelle, constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre de la sécurité publique, au sens des dispositions précitées, et prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. C, en application de l'article L. 251-1 du code précité, sans commettre d'erreur de droit.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
17. M. C soutient que ses intérêts privés et familiaux sont en France. Toutefois, il ne justifie ni de la présence de sa mère en France, ni d'une perspective professionnelle sur le territoire. De plus, et alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans au Portugal, il n'établit pas qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
20. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 15, que les faits pour lesquels M. C a été interpellé sont réitérés et d'une gravité certaine. Dans ces conditions, en refusant, eu égard à ces faits, de lui octroyer un délai de départ volontaire, le préfet a fait une exacte application des dispositions précitées et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
21. Enfin, ainsi qu'il l'a été dit au point 17 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
23. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 17 et 21, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français ". Enfin, aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 de ce même code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Eu égard à l'ensemble des faits reprochés au requérant ayant donné lieu à sa condamnation par la cour d'assises de Charente caractérisant la menace à l'ordre public que représente M. C et à l'absence d'établissement dans la présente instance des circonstances relatives aux liens familiaux dont disposerait l'intéressé sur le territoire français et à son insertion dans la société française, la préfète des Landes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois années la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français qu'il a édictée.
26. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 17, 21 et 23, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
27. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2022.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète des Landes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 25 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Neumaier, conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 202La présidente-rapporteure,
Signé
M. B
L'assesseure,
Signé
Z. CORTHIERLa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Signé
M. D
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026