mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SELARL CM AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, d'un montant de 5 932,11 euros et de le décharger de sa dette ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la une remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le président du conseil départemental a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 262-41 du code de l'action sociale et des familles dès lors que les dons pécuniaires ne sont pas au nombre des éléments à prendre en compte pour évaluer forfaitairement ses ressources ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dès lors que l'argent qu'il a reçu n'a fait que transiter sur son compte bancaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions principales ne sont pas fondées ;
- les conclusions subsidiaires sont irrecevables dès lors que la remise gracieuse de l'indu ne peut être directement demandée au juge administratif.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 23 mai 2024 à 14 heures :
- le rapport de Mme B ;
- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentées, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis octobre 2021 en qualité de travailleur indépendant. A la suite d'un entretien ayant révélé qu'il n'avait pas déclaré l'ensemble de ses ressources, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques lui a notifié, par un courrier du 24 novembre 2021, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 932,11 euros. Par une décision du 11 mai 2022, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a rejeté son recours administratif préalable. Par la présente requête, M. C demande au tribunal, à titre principal, d'annuler cette décision et, à titre subsidiaire, de lui accorder la remise de sa dette.
Sur la contestation de l'indu de revenu de solidarité active :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes du second alinéa de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ".
4. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires citées ci-dessus que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code.
5. En premier lieu, contrairement à ce que prétend M. C, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des pièces versées au dossier que l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge n'a été déterminé par application des dispositions de l'article L. 262-41 du code l'action sociale et des familles qui visent le cas d'une évaluation forfaitaire des ressources de l'allocataire lorsque le contrôle révèle une discordance marquée entre le train de vie constaté et les ressources déclarées. Par conséquent, il ne peut utilement soutenir que ses ressources ont été forfaitairement évaluées et que les dons pécuniaires ne relevaient pas des éléments à prendre en compte pour fixer ce forfait.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que l'indu de revenu de solidarité active résulte de la réintégration dans le montant des ressources à prendre en compte pour le calcul de l'allocation des sommes versées sur le compte bancaire de M. C par son grand-père, ses parents et ses amis qui n'avaient pas été déclarées. Dans la mesure où ces revenus devaient être pris en compte dès lors que, comme il est dit au point 4, ils ne relèvent pas de la catégorie des " aides et secours financiers " qui sont écartées du montant des revenus à déclarer en vertu du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions énoncées au point 3 en réintégrant les sommes versées sur son compte bancaire au cours de la période contrôlée. A cet égard, la circonstance que l'essentiel du montant total des aides ainsi perçues ait été utilisé pour l'achat d'un véhicule nécessaire au développement de ses projets professionnels est sans incidence sur l'obligation à laquelle le requérant est tenu de déclarer la totalité de ses ressources quelles que soient leur nature. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2022, par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé, l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, d'un montant de 5 932,11 euros.
Sur la demande de remise gracieuse de l'indu :
7. M. C ne conteste pas, ainsi que cela est opposé en défense, qu'il n'a pas sollicité une remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active avant l'introduction de sa requête. Il s'ensuit que la demande présentée pour la première fois devant le juge administratif est irrecevable et doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par M. C, qui a dans la présente instance, la qualité de partie perdante, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au département des Pyrénées-Atlantiques et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026