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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201547

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201547

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSCP TUCOO-CHALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, Mme F A B, représentée par Me Tucoo-Chala, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant de 2 787,27 euros, ainsi que la décision du 11 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a rejeté son recours administratif préalable ;

2°) d'ordonner au département des Pyrénées-Atlantiques qu'il applique une exonération aux libéralités perçues pour le le calcul de ses prestations.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision attaquée est incompétente ;

- la décision a été prise au terme d'une procédure viciée à raison de l'irrégularité de la composition de la commission de recours insertion ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- une erreur de droit a été commise dans l'application de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au motif qu'elle est en droit de bénéficier de l'exonération prévue à l'article R. 262-14 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut à l'irrecevabilité de la requête et, subsidiairement, à son rejet.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que Mme A B n'invoque aucune disposition légale ou règlementaire ;

- les moyens invoqués par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 23 mai 2024 à 14 heures :

- le rapport de Mme E ;

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentées, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis à la charge de Mme A B un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant total de 2 787, 27 euros au titre de la période des mois de septembre 2019 à juin 2021 à la suite d'un contrôle qui a révélé une discordance entre les ressources déclarées et les revenus perçus. Le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, saisi d'un recours administratif préalable, a confirmé la créance par une décision du 11 mai 2022. Par la présente requête, Mme A B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 1er septembre 2021 :

2. En matière de revenu de solidarité active et de prime d'activité, la contestation du bien-fondé d'un indu est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif obligatoire, ce dont il résulte que la décision prise en réponse à ce recours, qui se substitue à la décision initiale, est seule susceptible d'être contestée.

3. Mme A B conclut à l'annulation de la décision initiale du 1er septembre 2021 mettant un indu à sa charge ainsi qu'à l'annulation de la décision du 11 mai 2022 rejetant le recours préalable obligatoire formé à son encontre. En vertu de ce qui est énoncé au point 2, les conclusions dirigées contre la décision du 1er septembre 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 11 mai 2022 :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 21 décembre 2021, Mme C D a reçu délégation de la part du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques à l'effet de signer en son nom tous les arrêtés relevant des services de la " direction de l'insertion " dont elle est la directrice par intérim à l'exception d'une série d'actes dont ne relève la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 11 mai 2022 manque en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou règlementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. La décision du 11 mai 2022 vise et cite l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles qui fonde l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme A B et indique les considérations de fait retenues, tirées de ce que les libéralités reçues devaient être réintégrées dans l'assiette des ressources du foyer pour calculer ses droits. Le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a donc satisfait à l'obligation de motiver la décision qu'il a prise. Le vice de forme manque en fait.

8. En troisième lieu, le vice de procédure allégué, tiré de l'irrégularité de la composition de la " commission insertion " qui n'est étayé ni en droit ni en fait, n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

9. En quatrième lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ".

10. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires citées ci-dessus que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code.

11. Tout d'abord, si la décision initiale du 1er septembre 2021 évoque un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité faisant suite à un contrôle révélant plusieurs ressources non déclarées, il résulte des termes de la décision qui s'y substitue du 11 mai 2022, que la créance du département des Pyrénées-Atlantiques est uniquement constituée d'un indu de revenu de solidarité active fondé sur la réintégration des seules libéralités que Mme A B a perçues par virements bancaires et dons d'espèces pour un montant total de 2 540 euros et qui n'avaient pas été déclarées.

12. Ensuite, contrairement à ce qui est soutenu, le président du conseil départemental n'a pas commis d'erreur de droit en fondant l'indu mis à la charge de Mme A B non seulement sur l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles mais aussi sur l'article R. 262-14 du même code qui permet, dans certaines conditions, de ne pas tenir compte des libéralités pour le calcul des droits au revenu de solidarité active.

13. Par ailleurs, Mme A B ne conteste pas sérieusement la cause de l'indu mis à sa charge en se bornant à soutenir que les sommes perçues correspondent à des remboursements d'une dette de la part de l'auteur des virements bancaires et dons manuels. A cet égard, la reconnaissance de dettes établie par cette personne, d'ailleurs postérieurement à la décision en litige et pour un montant correspondant au montant exact de l'indu, ne présente pas un caractère probatoire suffisant permettant de considérer que ces ressources n'avaient pas à être réintégrées pour le calcul du revenu de solidarité active.

14. Enfin, Mme A B ne démontre pas, en se bornant à alléguer qu'elle est socialement insérée, que le président du conseil départemental aurait fait une erreur manifeste dans l'application de l'article R. 262-14 du code de l'action sociale et des familles en ne lui accordant pas, à titre individuel, l'exonération de la prise en compte des libéralités perçues.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme A B n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A B, au département des Pyrénées-Atlantiques et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques et au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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