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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201549

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201549

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a examiné les recours de M. A B contre deux arrêtés du préfet des Pyrénées-Atlantiques l’assignant à résidence. Le tribunal a rejeté les demandes d’annulation, considérant que les moyens soulevés, notamment l’insuffisance de motivation, la méconnaissance du droit d’être entendu, l’erreur de droit sur le fondement juridique (articles L. 731-1 et L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile), et l’erreur manifeste d’appréciation, n’étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet des requêtes, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et trois mémoires enregistrés sous le n° 2201549, respectivement les 12 juillet 2022, 21 octobre 2022, 14 février 2023 et 4 octobre 2023, M. C A B, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence, pour une durée de six mois à compter de la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de son droit à être entendu sur le fondement de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a commis une erreur de droit en fondant l'arrêté sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement est possible; le préfet concède lui-même que l'éloignement est possible, puisqu'il est dans l'attente de l'obtention d'un laissez-passer consulaire et d'une réservation de vol ; il aurait dû fonder l'arrêté sur l'article L. 731-1 de ce code ;

- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir ;

- l'arrêté méconnait les dispositions des articles R.733-1 et L.733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne précise pas le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler et en ce que l'obligation qui lui est faite de ne pas quitter son domicile est incompatible avec l'obligation de pointage ;

- cette mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut à titre principal au non-lieu à statuer, et subsidiairement au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'arrêté en litige ayant été modifié par un arrêté postérieur en date du 10 août 2022, les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté initial ont perdu leur objet ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 30 août 2022, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 2202373, les 24 octobre 2022, 14 février 2023 et 4 octobre 2023, M. C A B, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence, pour une durée de six mois à compter de la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que c'est dans le cadre de l'instance relative à la demande de suspension de l'arrêté du 8 juillet 2022 que le préfet a transmis, le 20 octobre 2022, par le biais de Télérecours, un arrêté d'assignation à résidence en date du 10 août 2022 modificatif de l'arrêté portant assignation à résidence du 8 juillet 2022 mais qu'il ne lui a jamais été notifié et qu'il n'en a pris connaissance que le 20 octobre 2022 dans le cadre de l'instance relative à la demande de suspension de l'arrêté du 8 juillet 2022 ; la connaissance acquise d'une décision administrative au cours d'une procédure contentieuse ne saurait faire courir un délai de 48 heures ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière ayant méconnu son droit à être entendu ;

- le préfet a commis une erreur de droit en fondant l'arrêté sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement est possible; le préfet concède lui-même que l'éloignement est possible, puisqu'il est dans l'attente de l'obtention d'un laissez-passer consulaire et d'une réservation de vol ; il aurait dû fonder l'arrêté sur l'article L. 731-1 de ce code ; en réalité, il ressort des écritures du préfet que la décision attaquée se fonde sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'arrêté attaqué a donc également modifié le fondement juridique de l'assignation à résidence, le premier arrêté étant édicté sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en l'assignant à résidence pour une période restante de près de cinq mois, sur le fondement de l'article L. 731-1 de ce code, le préfet a violé les dispositions précitées ;

- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir ;

- cette mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 12 janvier et le 31 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut à titre principal au rejet de la requête comme irrecevable et subsidiairement à son rejet au fond.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et que si, par extraordinaire, le tribunal considérait que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit au motif qu'elle vise l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à deux reprises, dont une fois par renvoi à la mesure initiale du 8 juillet 2022 qu'elle modifie en précisant que celle-ci se fonde sur l'article L.731-1, il sera demandé de substituer à la base légale erronée de l'article L.731-1, l'article L.731-3 de ce code, dès lors qu'une telle substitution n'a pour effet de priver M. A B d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.

Par une décision du 27 octobre 2022, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

III. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 2300059, les 4 janvier et 4 octobre 2023, M. C A B, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté notifié le 3 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence, pour une durée de six mois à compter de la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ; le préfet motive son assignation de manière contradictoire en lui reprochant de ne pas coopérer avec ses autorités consulaires, alors que dans le même temps il fait référence au fait que le juge lui a fait injonction de cesser toute présentation de l'intéressé auprès de son consulat ;

- il est entaché d'incompétence ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière ayant méconnu son droit à être entendu ;

- le préfet a commis une erreur de droit en fondant l'arrêté sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement est possible; le seul recours devant la CNDA est un motif insuffisant pour caractériser l'impossibilité de quitter le territoire français ; il aurait dû fonder l'arrêté sur l'article L. 731-1 de ce code ;

- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête au fond.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Madelaigue.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er mai 1986 à El Fasher (Soudan) est entré en France en 2015. Il a obtenu le 30 mars 2016 le bénéfice de la protection subsidiaire, et a été, en conséquence, admis au séjour en cette qualité sous couvert de titres régulièrement renouvelés. Toutefois, par une décision du 18 mars 2021, le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été retiré par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) au motif que sa présence sur le territoire constituait une menace grave pour l'ordre et la sécurité publics. Par un arrêté du 7 mars 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé au retrait de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a interdit son retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Le recours formé par M. A B à l'encontre de cet arrêté a été rejeté en raison de sa tardiveté. Placé en rétention, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par l'OFPRA le 17 mai 2022. Par un jugement du 31 mai 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Pau a suspendu l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile statue sur le recours formé par M. A B à l'encontre de cette décision de rejet. Après que le juge des libertés et de la détention a rejeté la dernière demande prolongation de la rétention de l'intéressé, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a, par un arrêté du 8 juillet 2022, assigné à résidence pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions de l'article L.731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite du changement de domicile de l'intéressé le préfet a modifié cette mesure en fixant le périmètre de son assignation à l'ensemble du département par arrêté du 10 août 2022. Enfin, par arrêté du 2 janvier 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a renouvelé l'assignation à résidence de M. A B en fixant le périmètre de son assignation à l'ensemble du département. Par trois requêtes enregistrées sous les n° 2201549, 2202373 et 2300059, M. A B demande l'annulation des trois décisions portant assignation à résidence. Ces requêtes, qui concernent la situation d'un même étranger et présentent à juger les mêmes questions, ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Par deux décisions des 30 août et 27 octobre 2022, M. A B a été définitivement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée dans la requête enregistrée sous le n° 2202373 :

4. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques soutient que la demande d'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2022 présentée par M. A B a perdu son objet en raison de l'édiction le 10 août 2022 d'un arrêté modificatif. Toutefois, cet arrêté, qui ne retire, ni n'abroge l'arrêté du 8 juillet 2022, se borne à le modifier pour tenir compte de ce que l'intéressé est, depuis le 9 août 2022, dépourvu de domicile fixe. Il s'ensuit qu'à la date du présent jugement, l'arrêté du 8 juillet 2022, n'a pas cessé de produire des effets, de sorte que la demande d'annulation n'a pas perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. En premier lieu, par un arrêté du 17 mai 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 64-2022-113 le 19 mai 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a donné délégation à M. Martin Lesage, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions en toutes matières relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas la décision du 2 janvier 2023 contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

7. Il ressort des termes de la décision du 8 juillet 2022 qu'elle vise notamment les articles L. 731-3, L. 732-4, L. 733-1 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne notamment que le préfet a retiré le titre de séjour du requérant et l'a obligé le 7 mars 2022 à quitter le territoire sans délai. Elle mentionne que l'intéressé était jusqu'alors retenu au centre de rétention d'Hendaye où il a pu formuler une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA pour irrecevabilité et contre laquelle il a formé un recours auprès de la CNDA. Elle rappelle que le juge des libertés et de la détention a ordonné après plusieurs prolongations, la fin de sa rétention, par une ordonnance du 8 juillet 2022 et que, dans l'attente de l'obtention d'un laissez-passer consulaire, il a été assigné à résidence. L'arrêté du 10 août 2022 vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions légales dont il a été fait application, à savoir notamment celles des articles L.731-1, L.732-4 et L.733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne l'ensemble des éléments de fait sur lesquels il se fonde et notamment décrit le parcours du requérant depuis le retrait de son titre de séjour en 2022. Il précise qu'il est désormais sans domicile connu dans le département des Pyrénées-Atlantiques. L'arrêté du 2 janvier 2023 vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions légales dont il a été fait application, à savoir notamment celles des articles L.731-3, L.732-3 et L.733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle que le requérant fait l'objet d'une décision de retrait de titre, d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans et fixant pays de renvoi notifiée le 17 mars 2022, qu'il a fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence en date du 8 juillet 2022, qu'il ne coopère pas quant à son identification, qu'il a menti sur sa nationalité lors d'un rendez-vous au consulat et qu'il est dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dès lors, ces trois décisions comportent les considérations de fait et de droit qui permettent d'en comprendre la motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces des dossiers que M. A B a été mis à même de faire valoir ses observations à deux reprises au cours de la procédure d'éloignement, dans le cadre de son audition du 7 février 2022 puis par un courrier du 3 mars 2022 l'invitant à faire valoir ses observations sur le retrait de sa carte de séjour, dont il ne pouvait ignorer qu'elle serait assortie d'une mesure d'éloignement. Il n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux pour exposer sa situation, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soient prises les décisions contestées. Il ne fait pas état non plus, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Dès lors, contrairement à ce qu'il soutient, l'intéressé n'a pas été privé du droit d'être entendu, garanti par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 dudit code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. " et aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. () ".

11. Il résulte des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'assignation à résidence d'une durée maximale de six mois, renouvelable une fois, qu'elles prévoient, ne peut être prononcée que lorsque la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre d'un étranger ne peut être exécutée immédiatement et qu'il n'existe pas, à la date à laquelle elle est ordonnée, de perspective raisonnable d'exécution immédiate. Par ailleurs, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier si l'administration pouvait légalement, eu égard aux conditions prévues à l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger et de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités de cette mesure d'assignation.

12. En l'espèce, d'une part, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué du 8 juillet 2022 que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a assigné à résidence M. A B sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il cite expressément ainsi que l'article L. 732-4, pour une durée de six mois. Ainsi qu'il a été dit au point 7 il mentionne que l'intéressé était jusqu'alors retenu au centre de rétention d'Hendaye où il a pu formuler une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA pour irrecevabilité et contre laquelle il a formé un recours auprès de la CNDA, que le juge des libertés et de la détention a ordonné après plusieurs prolongations, la fin de sa rétention, le 8 juillet 2022 et qu'il est dans l'attente de l'obtention d'un laissez-passer consulaire. Il ajoute que l'intéressé se trouve dans l'immédiat dans l'impossibilité de quitter te territoire français compte tenu du défaut de document d'identité et de voyage en cours de validité, qu'il a fait obstruction à l'exécution de sa mesure d'éloignement en refusant de se rendre à son rendez-vous consulaire le 1er juin 2022 et en refusant de coopérer lors de son audition consulaire du 22 juin 2022 compromettant ainsi la délivrance d'un laisser passer consulaire et qu'il ne dispose pas d'une réservation sur un vol à départ imminent de France. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement considérer qu'il n'existait pas de perspective raisonnable d'exécution immédiate des mesures d'éloignement le concernant et décider de l'assigner à résidence, sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour une durée de six mois.

13. D'autre part, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué du 10 août 2022 qui a seulement eu pour objet de modifier le périmètre de son assignation à résidence précédente en raison de la fin de prise en charge de l'intéressé au dispositif de logement par intermédiation locative, que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a entendu assigner à résidence M. A B sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celui de l'article L. 731-1 du même code. Le préfet demande que l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit substitué à la base légale erronée mentionnée dans l'arrêté attaqué. Cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et l'administration dispose dans les deux cas du même pouvoir d'appréciation. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande de substitution de base légale et de considérer que l'arrêté en litige est fondé sur l'article L. 731-3, et non l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs que précédemment, le préfet a pu légalement considérer qu'il n'existait pas de perspective raisonnable d'exécution immédiate de la mesure d'éloignement le concernant et décider de l'assigner à résidence, sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Enfin, il ressort de la décision du 2 janvier 2023 que pour renouveler, pour une durée de six mois, l'assignation à résidence de M. A B, sur le fondement du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a relevé de nouveau, ainsi qu'il est dit précédemment, que le requérant ne coopère pas quant à son identification, qu'il a menti sur sa nationalité lors d'un rendez-vous au consulat et qu'il est dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant a fait valoir à plusieurs reprises, notamment au cours de son audition administrative du 7 février 2022 et au cours de ses différentes demandes d'asile depuis son admission au bénéfice de la protection subsidiaire le 30 août 2016, qu'il serait exposé à des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Et, ainsi qu'il a été dit, aucune perspective raisonnable d'éloignement n'existait à la date de son édiction, en raison du comportement non-coopératif systématique du requérant puisque deux rendez-vous auprès du consulat du Soudan les 6 avril et 22 juin 2022 n'avaient pu aboutir.

15. Dans ces conditions, alors que l'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance particulière et qu'il n'établit pas que les obligations mises à sa charge par les décisions contestées seraient disproportionnées, en prononçant une première assignation à résidence de six mois puis le renouvellement, pour une durée de six mois, de l'assignation initialement prononcée sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet a utilisé la possibilité de renouveler l'assignation à résidence qu'il tient des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme une " mesure de confort " permettant d'assigner à résidence des étrangers pour des durées illimitées, au vu de ce qui précède le détournement de pouvoir allégué ne peut qu'être écarté.

17. En troisième lieu, si le requérant soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne se prévaut toutefois d'aucune situation personnelle particulière. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions en cause ne peut qu'être écarté.

18. Enfin, l'arrêté du 8 juillet 2022 et celui du 10 août 2022 qui a eu pour objet de modifier le périmètre de l'assignation à résidence précédente en raison de la fin de prise en charge de l'intéressé au dispositif de logement par intermédiation locative, prévoit à l'article 2 que le requérant est tenu de se présenter au service de la police aux frontières de Pau tous les mardis et vendredis à 14 heures et à l'article 3 qu'il lui est interdit de quitter le département des Pyrénées-Atlantiques sans autorisation. Contrairement à ce qui est soutenu, ces arrêtés n'interdisent pas au requérant de sortir de son domicile. Le requérant ne peut utilement soutenir que ces arrêtés méconnaitraient les dispositions des articles R.733-1 et L.733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fixent les modalités de contrôle de l'assignation à résidence aux motifs qu'ils ne précisent pas le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler et que l'obligation qui lui serait faite de ne pas quitter son domicile serait incompatible avec l'obligation de pointage fixée à l'article 2.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes présentées par M. A B doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par M. A B.

Article 2 : Les requêtes de M. A B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente-rapporteure,

Mme Foulon, conseillère,

M. Buisson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

F. MADELAIGUE

L'assesseure,

C. FOULONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

2, 2202373, 2300059

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