vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | JAFFRAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Jaffrain, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a interdit d'exercer les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 du code du sport, ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnées à l'article L. 322-1 du même code, pendant une période de trois mois ;
2°) de sursoir à statuer sur les préjudices à indemniser par une procédure de liaison du contentieux à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; d'une part, les témoignages ne sont pas anonymisés et, d'autre part, il a été privé des droits de se défendre, du contradictoire et l'enquête administrative a été réalisée à charge contre lui et de manière partiale (p. 4 du dossier) ;
- l'avis du conseil départemental de la jeunesse des sports et de la vie associative a été pris à l'issue d'une réunion au cours de laquelle l'enquêtrice, Mme B ne s'est pas retirée des débats et méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;
- le rapport de l'enquêtrice ne repose pas sur des éléments objectifs ;
- l'irrégularité de la procédure porte atteinte aux droits de la défense et méconnait l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation des faits et les motifs ne sont pas justifiés ; par ailleurs, aucune poursuite pénale n'a été engagée à la suite des signalements ;
- l'interdiction d'exercice de trois mois est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- la technique de l'anonymisation n'est pas obligatoire et l'identification des témoins ne vient pas à l'encontre des garanties de M. A ;
- l'enquête administrative est basée sur les témoignages des licenciés et n'est donc pas une enquête à charge contrairement à ce que soutient M. A ;
- la présence de Mme B, enquêtrice, à la séance du conseil n'est pas de nature à vicier la procédure dès lors qu'elle n'a pas pris part au vote et sa présence était nécessaire pour apporter les précisions utiles ;
- les faits reprochés sont indiqués dans l'avis et dans la décision litigieuse de sorte que la décision est suffisamment motivée ;
- les faits relatés par les témoignages sont suffisamment précis et nombreux pour considérer que le comportement de M. A est inapproprié envers les archers et plus particulièrement les jeunes qui sont vulnérables et plus sensibles que les adultes, en outre la proximité relationnelle des témoins ne permet pas de justifier que les témoignages ne sont pas probants ;
- l'absence de poursuite correctionnelle n'a pas d'incidence sur la mesure adoptée ;
- au vu de la répétition de la violence et du comportement inapproprié de M. A envers les licenciés, la mesure est justifiée ;
- il ne s'agit pas d'une sanction mais une sanction de police de sorte que la proportionnalité de sanction est inopérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique ;
- et les observations de M. E, représentant du préfet des Pyrénées-Atlantiques qui précise, que la procédure n'est pas viciée dès lors que Mme B n'a pas pris part au vote et n'a fait que donner son avis éclairé en tant qu'enquêtrice et que le comportement de M. A n'était pas conforme et revêt un caractère dangereux envers les licenciés.
Considérant ce qui suit :
1. En 2020, M. D A, titulaire d'une carte professionnelle pour encadrer le tir à l'arc, a exercé les fonctions d'éducateur fédéral au sein du comité départemental des Pyrénées-Atlantiques de tir à l'arc et d'éducateur sportif au sein du club Les Compagnons de l'Arc à Lescar. A la suite de signalements de parents d'archers et d'archers, il a fait l'objet en juin 2021 d'une enquête administrative par le service départemental à la jeunesse, à l'engagement et aux sports. Par un arrêté en date du 6 mai 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a interdit à M. A d'exercer les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 et L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activité physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1 du code du sport. Par la présente, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la légalité externe :
En ce qui concerne l'irrégularité de la procédure disciplinaire :
S'agissant de la conduite de l'enquête à charge et de manière partiale :
2. Aucun élément du dossier ne permet de laisser supposer que l'enquête aurait été conduite à charge ou de manière partiale. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière en ce que l'enquête aurait été conduite à charge ou de manière partiale, doit être écarté.
S'agissant du vice de forme de l'enquête administrative et de la non-anonymisation des témoignages :
3. Il ressort des pièces du dossier que les témoignages recueillis lors de l'enquête administrative ne sont pas anonymes. Si la technique d'anonymisation des témoignages utilisée dans le cadre d'une enquête administrative a pour but d'éviter que la communication de l'identité des auteurs des témoignages à la personne mise en cause ne leur porte préjudice, l'absence d'utilisation d'une telle technique ne peut être utilement invoquée par M. A dès lors que l'absence d'anonymisation ne lui fait pas grief.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense, du droit d'être entendu et de la procédure contradictoire :
4. Aux termes des stipulations de l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que douze témoignages ont fait état de faits concordants et répétés concernant le comportement de M. A sur les pratiquants lorsqu'il était entraineur de tir à l'arc. En l'espèce, la communication à M. A des douze comptes rendus d'audition recueillis au cours de l'enquête administrative était susceptible de porter préjudice aux déclarants et aux témoins entendus. En permettant à M. A de faire valoir le 15 octobre 2021 ses observations lors de son audition à l'occasion de l'enquête administrative ainsi que lors de la séance du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative qui s'est déroulée le 14 avril 2022, le préfet a informé l'intéressé des motifs de sa décision et mis celui-ci à même de les discuter. Dans ces conditions, les droits de la défense et le principe du contradictoire n'ont pas été méconnus.
6. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'ait pas bénéficié de toutes les garanties liées à un procès équitable. Il suit de là que le moyen tenant à la méconnaissance du droit de M. A à un procès équitable doit être écarté.
En ce qui concerne l'irrégularité de la composition du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative :
7. Il ressort du procès-verbal de la séance de la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la voie associative des Pyrénées-Atlantiques que la rapporteure de l'affaire, chargée de mener l'enquête administrative et de formuler une proposition de mesure, qui n'est pas membre de la formation spécialisée, n'a pas quitté la salle lors de la délibération. Toutefois, comme le fait valoir la défense sans être contredite, cette fonctionnaire de la DASEN, qui n'a pas pris part au vote, ni n'a participé aux débats, s'est bornée à répondre lors du délibéré à une question destinée à éclairer les membres du conseil sur le motif qui l'a conduite, à l'issue de son rapport, à proposer une interdiction d'exercice à l'encontre de M. A d'une durée de six mois, soit plus longue que celle suggérée par les services du ministère chargé de la jeunesse qui était de trois mois. Il ressort de ce même procès-verbal que la formation spécialisée du conseil départemental s'est prononcée, à la majorité, en faveur d'une interdiction d'exercer les fonctions et missions exposées au point 1 pour une durée de trois mois. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de la rapporteure de l'affaire lors de la délibération aurait, d'une quelconque façon, exercé une influence sur le sens de l'avis rendu ni, a fortiori, sur celui de la décision prise. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la présence de la rapporteure de l'affaire n'a pas été de nature à entacher d'irrégularité l'avis adopté. Le moyen tiré du vice de procédure soulevé par M. A doit, dès lors, être écarté.
Sur la légalité interne :
8. Aux termes de l'article L. 212-13 du code du sport dans sa version en vigueur : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. / L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et des articles L. 212-2 et L. 322-7 de cesser son activité dans un délai déterminé. / Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. () Dans le cas où l'intéressé fait l'objet de poursuites pénales, la mesure d'interdiction temporaire d'exercer auprès de mineurs s'applique jusqu'à l'intervention d'une décision définitive rendue par la juridiction compétente. ".
9. Il résulte de ces dispositions que pour assurer la protection des pratiquants d'une activité physique ou sportive, l'autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer une activité d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une telle activité, une mission arbitrale, une activité de surveillance de baignade ou piscine ouverte au public, ou d'exploiter un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives, lorsque son maintien en activité " constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ". Le législateur a ainsi défini les conditions d'application de cette mesure de police, que l'autorité compétente est tenue, même en l'absence de disposition explicite en ce sens, d'abroger à la demande de l'intéressé si les circonstances qui ont pu motiver légalement son intervention ont disparu et qu'il est établi qu'il n'existe plus aucun risque pour les pratiquants.
10. Lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit.
11. M. A soutient qu'en prenant l'interdiction contestée le préfet a commis une erreur d'appréciation au motif qu'il ne serait pas démontré qu'il représentait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le service de la jeunesse, à l'engagement et au sport a ouvert une enquête administrative en juin 2021 à la suite de signalements de parents d'archers et d'archers. Les douze témoignages et auditions d'adhérents reprochent à M. A un comportement trop poussé vers la compétition au point d'humilier les enfants et de les laisser sans surveillance. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des faits dénoncés par les témoignages et alors que M. A est susceptible d'intervenir auprès de publics, notamment jeunes, dans une situation d'autorité, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis d'erreur d'appréciation et a pu légalement estimer que le maintien en activité de M. A constituait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants et prononcer à son encontre, sur le fondement de l'article L. 212-13 du code du sport, une interdiction d'exercer pour une période de trois mois.
12. Enfin, M. A ne peut utilement soutenir que la mesure d'interdiction prise à son encontre serait une sanction disproportionnée au regard de la nature et de la gravité des faits dénoncés par les témoignages, dès lors que, contrairement à ce qu'il soutient, l'arrêté attaqué n'édicte pas une sanction mais une mesure de police administrative spéciale fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 212-13 du code du sport. Néanmoins, ainsi qu'il a été dit, au regard de la gravité et de la répétition des faits portés à la connaissance du préfet des Pyrénées-Atlantiques, ce dernier a pris une mesure adaptée et proportionnée au sens de ces dispositions.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 6 mai 2022 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A et au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.
Une copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUSLa présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026