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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201654

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201654

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSELARL ARCANTHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a été saisi par Mme C E d’un recours pour excès de pouvoir contre les décisions du directeur de La Poste des 19 mai et 30 juin 2022. Ces décisions fixaient la consolidation de son accident de service au 19 avril 2022, refusaient un mi-temps thérapeutique et écartaient la poursuite des arrêts de travail imputables à cet accident. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que l’état de santé de Mme E était consolidé à cette date, sur la base de l’expertise médicale et des dispositions des articles L. 822-18 et L. 822-21 du code général de la fonction publique. La demande de La Poste au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, Mme C E conteste les décisions des 19 mai 2022 et 30 juin 2022 par lesquelles le directeur de la direction services, courrier, colis (DSCC) des Pays de l'Adour de La Poste, après la réunion du comité médical, a émis un avis favorable à la consolidation de son accident de service le 19 avril 2022, a refusé sa reprise du travail en mi-temps thérapeutique, et a émis un avis défavorable à la poursuite de ses arrêts de travail au titre de l'accident de service du 12 janvier 2022.

Elle soutient que les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé n'est pas consolidé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, la société La Poste, représentée par Me Moretto, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 800 euros soit mise à la charge de Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que les décisions attaquées ne sont pas produites, qu'elle ne comporte aucune conclusion et aucun moyen de légalité à l'encontre des décisions contestées ;

- La Poste n'ayant pas suivi les termes des deux décisions fixant la consolidation au 24 juin 2022 et refusant la reprise sur un mi-temps thérapeutique, elle ne les a pas exécutées de sorte qu'elles sont matériellement inexistantes ;

- les décisions contestées ne sont entachées d'aucune illégalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Foulon ;

- et les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a occupé les fonctions d'agent courrier sur le site d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques) de la Poste jusqu'au 1er janvier 2024, date de sa mise à la retraite à sa demande. Le 12 janvier 2022, elle a été victime d'un accident de service et a été placée en arrêt de travail qui a été reconnu imputable au service à compter du 14 janvier 2022. A la suite de la tenue de la commission de réforme le 19 mai 2022, le directeur de la DSCC des Pays de l'Adour de La Poste a émis un avis favorable à la consolidation de l'accident de service de Mme E à la date du 19 avril 2022, par une décision du 19 mai 2022, et a émis un avis défavorable à la prise en compte des arrêts de travail postérieurs à cette date au titre de l'accident de service du 12 janvier 2022, par une décision du 30 juin 2022. Mme E doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

2. Aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ". Aux termes de l'article L. 822-21 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; () ".

3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a été placée en arrêt de travail, reconnu imputable au service à compter du 14 janvier 2022 suite à l'accident du 12 janvier 2022, pour un traumatisme lors d'une chute avec contusions multiples. Elle a été examinée le 19 avril 2022 par le Dr D dans le cadre d'une demande d'expertise médicale de son employeur. Ce médecin expert agréé conclut que la consolidation de l'accident du 12 janvier 2022 doit être fixée au 19 avril 2022 et que Mme E peut reprendre sur son poste de travail à temps plein. Il précise que " les séquelles de douleur sont diffuses et non révélatrices sur les examens d'imagerie ; Cependant, un taux de 5% sera retenu pour déclenchement de douleur cervico-lombalgies. Il n'y a pas lieu d'accorder d'autres arrêts de travail à ce titre, ni de prise en charge de soins ; il s'agit de soins d'entretien et non de soins post-consolidation ". La commission de réforme a émis le 19 avril 2022 un avis favorable à la consolidation. Puis, par une décision du 19 mai 2022, l'administration, qui s'est prononcée au regard de l'ensemble du dossier, a fixé la date de consolidation au 19 avril 2022, tout en retenant un taux de 5% pour le déclenchement de douleurs cervicales. Mme E a néanmoins été informée par un courrier du 23 mai 2022 que la dernière prolongation d'arrêt de travail reçue par le service, du 18 mai 2022 au 24 juin 2022, serait une dernière fois reconnue imputable au service.

5. Mme E, qui soutient que son état n'était pas consolidé à la date du 19 avril 2022, transmet un courrier du 18 mai 2022 du Dr F, médecin généraliste, qui, pour conclure que l'accident de travail du 12 janvier 2022 " n'est donc pas consolidé " se borne à mentionner que l'intéressée présente toujours des douleurs, ainsi que l'a relevé le médecin expert désigné par l'administration, et ne comporte ainsi aucune constatation médicale nouvelle. Le certificat du Dr B, médecin spécialiste en rhumatologie consulté le 23 juin 2022, a prescrit à Mme E un arrêt de travail du 23 juin 2022 au 1er août 2022 et ce dernier a certifié le 27 juin 2022 que l'état de santé de Mme E ne lui permettait pas de reprendre son travail, y compris à mi-temps thérapeutique. Toutefois l'imputabilité au service des arrêts de travail ne peut être regardée comme établie sur la base de ces avis médicaux non circonstanciés au regard des conditions de travail de l'agent alors que l'avis du conseil médical, réuni le 30 juin 2022, a émis un avis défavorable à la poursuite des arrêts au titre de l'accident de service du 12 janvier 2022, confirmant l'avis de la commission de réforme du 19 avril 2022. Enfin, ni le courrier du Dr B du 23 juin 2022 qui souligne que la kinésithérapie n'a pas soulagé Mme E, ni le courrier de Mme A Van, masseur-kinésithérapeute, établi la veille, qui indique que les séances de kinésithérapie que Mme E suit assidument apportent un soulagement quotidien, ne sont de nature à établir qu'il a été refusé à tort la poursuite de l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme E. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que les décisions du 19 mai 2022 et 30 juin 2022 sont entachées d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société La Poste présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société La Poste présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et à la société La Poste.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

Mme Foulon, conseillère,

M. Buisson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

Céline Foulon

La présidente,

Florence Madelaigue

La greffière,

Perrine Santerre

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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