lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201684 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | FIDAL SOCIETE D'AVOCATS LE MANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, la société 2M nettoyage représentée par Me Collart, demande au tribunal :
1°) à titre principal de la décharger de l'obligation de payer la somme de 18 571,62 euros au titre des pénalités contractuelles ;
2°) à titre subsidiaire de réduire le montant de pénalités contractuelles ;
3°) en tout état de cause de mettre à la charge de la commune de Mont de Marsan la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les stipulations contractuelles sont méconnues et le calcul appliqué est erroné ;
- les sanctions appliquées présentent un caractère disproportionné eu égard d'une part à la nature même des manquements allégués et d'autre part au montant initial du marché conclu ; en outre le marché a été résilié ce qui constitue la sanction la plus grave en matière de marché public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, la commune de Mont de Marsan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société 2M nettoyage la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les stipulations contractuelles ne sont pas méconnues et la société 2M nettoyage n'a pas respecté les conditions relatives à l'insertion par l'activité économique ;
- le calcul des pénalités est conforme à l'article 5.3 du cahier des clauses administratives particulières ;
- la requérante n'a jamais manifesté malgré les courriers qui lui ont été adressés de difficulté relative à l'engagement de personne en insertion ;
- malgré ce que prétend la requérante, si l'intérêt général du contrat n'est pas atteint par le manquement à l'obligation d'insertion, le contrat est basé sur l'aide et l'insertion locale ; en outre cette préoccupation est également nationale, la loi du 22 août 2021 insère l'article L. 2112-2-1 du code de la commande publique ;
- la crise sanitaire n'a jamais été évoquée par la société sauf à compter du courrier du 17 janvier 2022 alors que de nombreux mails et courriers lui avaient été envoyés ;
- le caractère disproportionné de la sanction est la résultante de la carence de réponse de la société ;
- la sanction relative à la non-transmission des documents n'a finalement pas été appliquée car le calcul aurait pour conséquence un caractère disproportionné et que les documents ont été transmis en retard.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, Mont de Marsan agglomération, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société 2M nettoyage la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle s'en remet aux écritures de la commune de Mont de Marsan.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le centre intercommunal d'action sociale du Marsan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société 2M nettoyage la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il s'en remet aux écritures de la commune de Mont de Marsan.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le centre communal d'action sociale de Mont de Marsan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société 2M nettoyage la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il s'en remet aux écritures de la commune de Mont de Marsan.
Par courrier du 6 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de se fonder sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des pénalités, en ce qu'elles constituent une mesure d'exécution d'un contrat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- et les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La ville de Mont de Marsan, ses régies municipales, le centre communal d'action sociale de la ville de Mont de Marsan, la communauté d'agglomération du Marsan agglomération et le centre intercommunal d'action sociale du Marsan ont constitué en 2019 un groupement de commandes dont la ville de Mont de Marsan est coordonnateur. Par acte d'engagement du 20 juillet 2020, la société 2M nettoyage a été attributaire du lot n° 3 du marché de nettoyage des bâtiments de la régie et de l'assainissement du centre technique communautaire de Mont de Marsan agglomération. Par courrier du 1er décembre 2021, le maire de Mont de Marsan a mis en demeure la société 2M nettoyage de se conformer à ses obligations relatives à l'emploi de travailleurs en insertion et l'a informée qu'à défaut de se conformer à ses obligations contractuelles dans un délai de dix jours, le marché sera résilié et elle sera redevable de pénalités. Par courrier du 31 mars 2022, le groupement informe la société de la résiliation du contrat à compter du 30 avril 2022. Par décision du 24 mai 2022, le groupement a rejeté le recours gracieux par lequel la société conteste la résiliation et demande l'annulation des pénalités. Par la requête, la société conteste la décision de refus du recours gracieux et demande la décharge de l'application des pénalités.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à la décharge des pénalités contractuelles :
2. Le juge du contrat n'a pas le pouvoir de prononcer, à la demande de l'une des parties, l'annulation de mesures prises par l'autre partie et il lui appartient seulement de rechercher si ces mesures sont intervenues dans des conditions de nature à ouvrir un droit à indemnité. Or les pénalités prévues par les clauses d'un contrat de la commande publique ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer à l'acheteur le non-respect, par son cocontractant, de ses obligations contractuelles. Elles sont applicables au seul motif qu'une inexécution des obligations contractuelles est constatée et alors même que la personne publique n'aurait subi aucun préjudice.
3. Si une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles, ce juge, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution du contrat autre qu'une résiliation, peut seulement rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité.
4. Ainsi, la décision contestée par laquelle la commune de Mont de Marsan a infligé des pénalités à la société 2M nettoyage sont des mesures d'exécution du marché en litige auquel elles sont parties. Par suite, la société 2M nettoyage n'est pas recevable à en demander l'annulation. Les conclusions qu'elle a présentées à cette fin ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées ainsi que les conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à la modulation du montant des pénalités mises à sa charge.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Mont de Marsan, du centre communal d'action sociale de la ville de Mont de Marsan, de Mont de Marsan agglomération et du centre intercommunal d'action sociale du Marsan qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, le versement à la société 2M nettoyage de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de Mont de Marsan, le centre communal d'action sociale de la ville de Mont de Marsan, Mont de Marsan agglomération et le centre intercommunal d'action sociale du Marsan
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société 2M nettoyage est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mont de Marsan, le centre communal d'action sociale de la ville de Mont de Marsan, Mont de Marsan agglomération et le centre intercommunal d'action sociale du Marsan sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société 2M nettoyage, à la commune de Mont de Marsan, au centre communal d'action sociale de la ville de Mont de Marsan, à Mont de Marsan agglomération et au centre intercommunal d'action sociale du Marsan.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026