mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | SCP CASADEBAIG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 5 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Casadebaig, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 22 avril 2021 portant refus d'une subvention au titre du dispositif " MaPrimeRénov' " pour l'installation d'une pompe à chaleur ;
2°) d'enjoindre à la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat de réexaminer sa demande de subvention ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse méconnaît les dispositions du décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014 dès lors que les travaux d'installation d'une pompe à chaleur réalisés dans son logement sont éligibles à la prime de transition énergétique ;
- elle méconnaît également les dispositions du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 en ce que la société Thermoconseil, chargée de réaliser ces travaux, est titulaire d'un signe de qualité dispensé par un organisme agréé, au sens des dispositions de l'article 2 de ce décret, dès lors qu'elle est certifiée " reconnu garant de l'environnement " (RGE) pour l'installation des pompes à chaleur, qu'elle est titulaire de la qualification " QualiPAC " pour les modules de chauffage et d'eau chaude sanitaire et qu'elle est également certifiée par l'organisme Qualibat ; cette société est d'ailleurs référencée sur le site internet du gouvernement dédié à la prime de transition énergétique ainsi que sur le site de l'ANAH ; elle était déjà certifiée RGE pour l'installation des pompes à chaleur lorsque le devis a été établi et, a fortiori, lorsque les travaux ont commencé le 10 mars 2021.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2023, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- il est demandé que soit substitué aux motifs contestés le motif tiré de ce que la société chargée de la réalisation des travaux n'était pas titulaire d'un certificat RGE à la date de dépôt de la demande de prime de rénovation énergétique ni à la date de réalisation des travaux ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014 ;
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;
- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau,
- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a déposé une demande d'attribution de la prime de transition énergétique, au titre du dispositif " MaPrimeRénov' " auprès de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), pour la réalisation de travaux d'installation d'une pompe à chaleur air/eau et d'un chauffe-eau thermodynamique, pour le logement situé 18 avenue des Cèdres, à Aureilhan (Hautes-Pyrénées). Par une décision du 22 avril 2021, l'ANAH a rejeté cette demande. Par un recours administratif préalable obligatoire, reçu le 6 mai 2021, Mme A a contesté cette décision. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision de rejet de ce recours prise le 7 juin 2022 par l'ANAH.
2. Il ressort des pièces du dossier que le refus opposé à la demande de versement d'une prime de transition énergétique est fondé sur ce que les travaux envisagés ne sont pas éligibles à cette prime, et la catégorie des travaux à réaliser n'est " pas cohérente avec le domaine RGE " (reconnu garant de l'environnement) de l'entreprise et/ou son SIREN/SIRET.
3. Aux termes de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020, dans sa rédaction applicable au litige : " () / VI. - Les travaux qui font l'objet d'une demande de prime et mentionnés au I de l'article 1er du décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014 pris pour l'application du second alinéa du 2 de l'article 200 quater du code général des impôts et du dernier alinéa du 2 du I de l'article 244 quater U du code général des impôts ouvrent droit à la prime lorsqu'ils sont réalisés par des entreprises titulaires d'un signe de qualité conformément à l'article 2 de ce même décret. / Lorsqu'une entreprise réalise plusieurs travaux mentionnés au I de l'article 1er du décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014 mentionné ci-dessus, seuls les travaux relevant de catégories pour lesquelles elle est titulaire d'un signe de qualité conformément à l'article 2 du même décret ouvrent droit à la prime. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 janvier 2020, dans sa rédaction applicable au litige : " Les travaux et prestations mentionnés à l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 sont ceux figurant sur le devis et sur la facture de l'entreprise ou de l'auditeur mentionnés au même article. () ".
4. Aux termes, en outre, de l'article 1er du décret du 16 juillet 2014 pris pour l'application du second alinéa du 2 de l'article 200 quater du code général des impôts et du dernier alinéa du 2 du I de l'article 244 quater U du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Pour l'application du second alinéa du 2 de l'article 200 quater du code général des impôts et du dernier alinéa du 2 du I de l'article 244 quater U du même code, les catégories de travaux pour lesquelles l'entreprise réalisant les travaux est soumise au respect de critères de qualification sont celles portant sur l'installation ou la pose : () / 5° De pompes à chaleur pour la production de chauffage ; / 6° De pompes à chaleur dédiées à la production d'eau chaude sanitaire ; () / II. - Pour justifier du respect des critères de qualification mentionnés au second alinéa du 2 de l'article 200 quater du code général des impôts et au dernier alinéa du 2 du I de l'article 244 quater U du même code, l'entreprise qui installe ou pose des équipements, matériaux et appareils mentionnés au I du présent article doit être titulaire d'un signe de qualité conformément à l'article 2 du présent décret ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " I. - Le signe de qualité mentionné au II de l'article 1er répond à un référentiel d'exigences de moyens et de compétences et est délivré par un organisme ayant passé une convention avec l'Etat dans les conditions mentionnées au III du présent article et accrédité par le Comité français d'accréditation ou tout autre organisme d'accréditation signataire de l'accord multilatéral pris dans le cadre de la coordination européenne des organismes d'accréditation. () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le devis établi le 4 février 2021 par la société Ecobat Energie, joint à la demande de versement de la prime de transition énergétique déposée le 15 février 2021 par Mme A, porte sur l'installation d'une pompe à chaleur air/eau dédiée à la production de chauffage et d'un chauffe-eau thermodynamique, c'est-à-dire d'une pompe à chaleur destinée à la production d'eau chaude sanitaire. En application des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020, de l'article 1er de l'arrêté du 14 janvier 2020 et de l'article 1er du décret du 16 juillet 2014, les travaux d'installation de ces équipements, contrairement à ce qu'a retenu l'ANAH, ouvrent ainsi droit au versement de la prime de transition énergétique.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la société Thermoconseil, retenue par la requérante pour effectuer les travaux, est enregistrée sous le n° 531 132 330 au registre du commerce et des sociétés des Pyrénées-Orientales, comporte deux établissements exploités sous le nom commercial d'Ecobat Energie et exerce, à titre principal, une activité d'installation, achat, vente, commercialisation de chauffage, climatisation, panneaux photovoltaïques, et tous systèmes de production énergétique et isolation. Cette société est titulaire de la qualification RGE " QualiPAC module chauffage et eau chaude sanitaire " couvrant la période du 30 mars 2021 au 30 mars 2022, pour l'installation des pompes à chaleur aérothermiques et géothermiques ainsi que des chauffe-eau thermodynamiques. Cette qualification constitue un signe de qualité, au sens et pour l'application de l'article 2 du décret du 16 juillet 2014 précité dès lors qu'elle a été délivrée par l'association Qualité Energies Renouvelables accréditée par le Comité français d'accréditation. Il s'ensuit, que le devis du 4 février 2021 portait bien sur la réalisation de travaux relevant des catégories pour lesquelles la société Thermoconseil est titulaire de la qualification RGE " QualiPAC ".
7. Il résulte ainsi de ce qui précède qu'en refusant d'attribuer la prime de transition énergétique à Mme A, au motif que les travaux d'installation figurant sur le devis joint à sa demande n'y ouvraient pas droit et qu'ils ne relevaient pas de la même catégorie que ceux ayant donné lieu à la délivrance d'un certificat RGE à l'entreprise ou que ses activités déclarés dans le registre du commerce et des sociétés des Pyrénées-Orientales, la décision attaquée a méconnu les dispositions précitées du VI de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020.
8. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Dans son mémoire en défense l'ANAH sollicite une substitution de motif en soutenant désormais que la société chargée de la réalisation des travaux n'était pas titulaire d'un certificat RGE à la date de dépôt de la demande de prime de rénovation énergétique, ni à la date de réalisation des travaux.
10. Il ressort des pièces du dossier que la demande de prime de rénovation énergétique effectuée par Mme A a été enregistrée le 15 février 2021 par l'ANAH, et il est constant que les travaux d'installation des deux pompes à chaleur destinées à produire du chauffage et de l'eau chaude sanitaire ont commencé le 10 mars 2021. Il ressort de ces mêmes pièces que la qualification RGE " QualiPAC module chauffage et eau chaude sanitaire " délivrée le 7 avril 2021 à la société Thermoconseil par l'association Qualité Energies Renouvelables porte sur la période comprise entre le 30 mars 2021 et le 30 mars 2022, soit après la date de dépôt de la demande de prime et, en tout état de cause, après celle de la réalisation des travaux. Si, la requérante fait valoir que la société Thermoconseil était déjà titulaire de cette même qualification au titre de la période s'étendant du 30 mars 2020 au 30 mars 2021, elle ne produit aucune pièce permettant de l'établir et, du reste, elle n'allègue pas que les travaux n'auraient pas été achevés avant le 30 mars 2021.
11. Dans ces conditions, en l'état des débats, les travaux qui ont fait l'objet de la demande de prime de rénovation énergétique de Mme A doivent être regardés comme ayant été réalisés par une entreprise ne bénéficiant pas d'un signe de qualité, au sens et pour l'application de l'article 2 du décret du 16 juillet 2014 précité. Par suite, et dès lors que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif qui est de nature à la justifier légalement et que cette substitution ne prive l'intéressée d'aucune garantie, il y a lieu de faire droit à la substitution de motif sollicitée, soumise au contradictoire dans la présente instance.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.
13. La présente décision qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
14. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ANAH, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. ROUSSEAU
La présidente,
signé
S. PERDU
La greffière,
signé
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026