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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201713

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201713

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantLOPES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juillet 2022, le 2 août 2022, le 24 janvier 2023 et le 22 mai 2023, M. L B, Mme K G, épouse B, M. J A et Mme F I, représentés par Me Lopes, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le maire d'Anglet a accordé à M. M E et Mme C E un permis de construire en vue de l'édification d'une maison à usage d'habitation, ensemble la décision du 24 juin 2022 par laquelle cette même autorité a rejeté leur recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la partie perdante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de permis est entaché d'insuffisance au regard de l'article R. 431- 10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 111-11, R. 111-2, R. 111-27, R. 421-27 et R. 431-21 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles DC 3, DC 4, DC 11.1, DC 11.5, DC 12.2, UB 7, UB 9, UB 11, UB 12 et UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2022 et le 26 avril 2023, la commune d'Anglet, représentée par Me Logeais, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge des consorts B et autres une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. A et Mme I ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par les consorts B et autres ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour les consorts B et autres a été enregistré le 10 juin 2024.

Les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois au regard des vices tirés de la méconnaissance par l'arrêté du 14 mars 2022 :

- des articles L. 421-3, L. 451-1, R. 421-27 et R. 431-21 du code de l'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire ne porte pas sur la démolition du cabanon existant sur le terrain d'assiette du projet ;

- des dispositions du dernier alinéa de l'article DC 11.5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet relatives à l'obligation de prévoir l'intégration d'un dispositif de stockage des déchets ;

- des dispositions du premier alinéa de l'article DC 12.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet relatives à l'obligation de prévoir une aire suffisamment grande destinée aux manœuvres de retournement ;

- des dispositions du deuxième alinéa du même article relatives à la largeur minimale des places de stationnement ;

et ont été invitées à émettre des observations.

Des observations présentées par les consorts E ont été enregistrées le 10 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lopes, représentant les consorts B et autres, et de Me Logeais, représentant la commune d'Anglet.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 mars 2022, le maire d'Anglet a accordé à M. et Mme E un permis de construire en vue de l'édification d'une maison à usage d'habitation. Par une décision du 24 juin 2022, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par les consorts B et autres contre cet arrêté. Ces derniers demandent l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 14 mars 2022 :

S'agissant de la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Anglet :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Les consorts B et les consorts A et I sont propriétaires en indivision de la parcelle cadastrée section CE n° 432, laquelle supporte une servitude de passage au bénéficie des consorts E en vertu d'un acte notarié en date du 14 septembre 2015, et qui constitue la voie de desserte du terrain d'assiette du projet. Dès lors, ces derniers justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir. Au demeurant, les consorts B, dont l'intérêt pour agir n'est pas contesté, sont propriétaires d'une maison implantée sur une parcelle jouxtant ce terrain d'assiette. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune d'Anglet doit être écartée.

S'agissant du fond du litige :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la commune d'Anglet est dotée d'un plan local d'urbanisme et que, par un arrêté du 5 juin 2020, transmis le 8 juin 2020 à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques au titre du contrôle de légalité, affiché en mairie du 8 juin 2020 au 10 août 2020 et publié au recueil des actes administratifs de la commune, le maire d'Anglet a donné délégation à M. D H, adjoint au maire, et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les autorisations d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction () est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir. ". Aux termes de l'article L. 451-1 du même code : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction (), la demande de permis de construire () peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction (). Dans ce cas, le permis de construire () autorise la démolition. ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir. " . Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire () doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction (). "

8. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que lorsqu'un permis de construire autorise un projet qui implique la démolition totale ou partielle d'un bâtiment soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire doit, soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir, soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction. D'autre part, si le permis de construire et le permis de démolir peuvent être accordés par une même décision, au terme d'une instruction commune, ils constituent des actes distincts ayant des effets propres. Eu égard à l'objet et à la portée du permis de démolir, la décision statuant sur la demande de permis de construire ne peut valoir autorisation de démolir que si le dossier de demande mentionne explicitement que le pétitionnaire entend solliciter cette autorisation. Est par elle-même sans incidence la circonstance que les plans joints à la demande de permis de construire montrent que la réalisation de la construction implique la démolition de bâtiments existants.

9. Il est constant que le conseil municipal de la commune d'Anglet a décidé d'instaurer le permis de démolir. En outre, il ressort des pièces du dossier que si le formulaire de demande de permis de construire et la notice jointe au dossier de demande de permis indiquent que le projet prévoit la démolition totale du garage existant, les consorts E n'ont en revanche pas sollicité explicitement la démolition du cabanon existant sur le terrain d'assiette du projet, alors même que le plan de masse indique cette démolition. Dès lors, les pétitionnaires ne peuvent être regardés comme ayant sollicité un permis de démolir en vue de la démolition de cette dernière construction. Par suite, l'arrêté attaqué a été délivré en méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 421-27 et R. 431-21 du code de l'urbanisme.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que si le plan de coupe accompagnant la demande de permis de construire n'indique ni l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ni la modification de ce profil, les plans des façades joints au dossier de cette demande comportent ces indications, de sorte que ces dernières pièces compensent utilement cette lacune. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance de ces dispositions.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / () ".

13. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse joint au dossier de demande de permis et des avis de la société Suez, de la société Enedis et de la communauté d'agglomération du Pays basque, émis respectivement le 23 décembre 2021, le 28 décembre 2021 et le 2 mars 2022, que le projet ne prévoit que des travaux de raccordement aux réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement et de distribution d'électricité, situés au niveau de la rue de l'Union, à une distance d'environ 21 mètres du terrain d'assiette du projet, et ne nécessitera en conséquence aucun travaux d'extension de ces réseaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est inopérant.

14. En cinquième lieu, les dispositions de l'article DC 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet prévoient notamment les conditions de raccordement des constructions aux réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement, de distribution d'énergie, de télécommunication et de vidéocommunication. Aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () / Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le raccordement du projet de construction aux réseaux publics sera réalisé sous la voie de desserte sur laquelle les consorts E bénéficient d'une servitude de passage qui leur a été consentie par les consorts B, ainsi que par les anciens propriétaires du terrain appartenant désormais aux consorts A et I, en vertu d'un acte notarié en date du 14 septembre 2015. Les requérants ne peuvent utilement soutenir que cette servitude de passage ne permet pas de procéder à ces travaux de raccordement dès lors que le permis de construire est délivré sous réserve du droit des tiers et qu'il appartient à l'autorité administrative de vérifier la conformité du projet aux seules règles et servitudes d'urbanisme. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance de l'article DC 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article DC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " () / Tout accès doit permettre d'assurer la sécurité des usagers des voies ouvertes à la circulation publique, et celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / Lorsqu'un terrain est desservi par plusieurs voies, l'accès sur celle(s) qui présenterait un risque pour la sécurité peut être interdit. ".

17. Il ressort des pièces du dossier que l'accès au terrain d'assiette du projet est situé à une distance d'environ 21 mètres de la voie publique, sur une voie privée en impasse ouverte à la circulation publique assurant également la desserte de trois maisons d'habitation. Cette voie privée, d'une largeur d'environ quatre mètres, est à double sens de circulation, présente un tracé rectiligne qui offre une bonne visibilité, et ne supporte qu'un faible trafic. Si aucune aire de retournement n'est prévue sur ce terrain, les véhicules pourront toutefois y accéder en marche arrière, puis sortir en marche avant, sans que cette manœuvre ne présente de danger, en particulier pour l'accès à la voie publique. Par suite, en dépit de ce que le stationnement de véhicules dans l'impasse a pu être constaté postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, cet arrêté n'a pas été délivré en méconnaissance de l'article DC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

18. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

19. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 17, la voie privée permettant l'accès au terrain d'assiette du projet ne présente aucune dangerosité pour la circulation des véhicules. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

20. En huitième lieu, aux termes de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " 1) La distance comptée horizontalement du bâtiment au point des limites séparatives qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points diminuée de 3 mètres et divisée par 1,25, sans pouvoir être inférieure à 2 mètres : R2 = (H - 3) / 1,25 mini 2 m. / () ".

21. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse joint au dossier de demande de permis, que la distance entre la construction annexe du projet, destinée à l'abri de vélos, et la limite séparative sud du terrain d'assiette respecte la distance minimale de deux mètres prévue par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet manque en fait.

22. En neuvième lieu, aux termes de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " 1) L'emprise au sol maximale de l'ensemble des constructions est fixée à 30 % de la superficie du terrain d'assiette. / () ". Aux termes de l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme : " L'emprise au sol au sens du présent livre est la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. / Toutefois, les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements. ". La définition relative à l'emprise au sol des définitions communes du même règlement reproduit l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme précité et prévoit également que " sont inclus dans le calcul de l'emprise au sol les balcons, loggias, coursives et débords de toitures formant une avancée maintenue au sol par un ou des éléments de soutien. Sont également pris en compte les dépendances ou les piscines implantées sur le terrain d'assiette. / Les constructions enterrées telles que les sous-sols n'entrent pas dans le calcul de l'emprise au sol. Il n'en va pas de même des éléments aériens d'une telle construction. ".

23. Il ressort des pièces du dossier que la superficie du terrain d'assiette du projet est de 300 m² et que l'emprise au sol indiquée par le pétitionnaire, tenant compte de la construction principale à destination d'habitation, ainsi que de la construction annexe à destination d'abri de vélos, est de 90 m², soit 30 % de cette superficie. Les requérants n'établissent pas que cette indication serait inexacte ou que d'autres éléments du projet, qui ne comporte au demeurant ni coursive, ni balcon, auraient dû être pris en compte dans le calcul de l'emprise au sol. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet manque également en fait.

24. En dixième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article DC 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions, leur aspect extérieur, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains. ". Aux termes de l'article UB 11 du même règlement : " L'aspect extérieur des constructions et aménagements de leurs abords devra être traité de manière qualitative. / () ".

25. D'une part, les dispositions précitées des articles DC 11.1 et UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet ont le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions de ce règlement que doit être appréciée la légalité de l'arrêté attaqué.

26. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

27. Il ressort des pièces du dossier que le projet se situe dans un secteur urbanisé principalement constitué de maisons individuelles, ainsi que de bâtiments collectif à usage d'habitation, qui ne présente pas d'intérêt particulier. En outre, le projet, d'un volume limité et qui adopte une architecture simple, ne présente pas des caractéristiques atypiques en rupture avec le bâti environnant et n'est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt du secteur dans lequel il s'insère. Enfin, le projet prévoit la plantation de trois arbres de haute tige dans les espaces libres du terrain. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le maire d'Anglet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles DC 11.1 et UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

28. En onzième lieu, aux termes de l'article DC 11.5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " () / Toute construction nouvelle doit prévoir l'intégration d'un dispositif de stockage des déchets sur le terrain d'assiette de l'opération. ".

29. Il est constant que le projet prévoit la création d'un logement et bénéficiera ainsi de la fourniture, par le service public de collecte des ordures ménagères, de deux conteneurs individuels mobiles. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'un dispositif permettant l'intégration de ces équipements est prévu sur le terrain d'assiette. Par suite, l'arrêté attaqué a été délivré en méconnaissance des dispositions précitées de l'article DC 11.5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

30. En douzième lieu, aux termes de l'article DC 12.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " Les projets doivent prévoir une aire suffisamment grande afin de pouvoir faire une manœuvre de retournement et sortir face à la voie. / La place de stationnement doit faire a minima 2,50 mètres de large sur 5 mètres de long. () ". Aux termes de l'article DC 12.2.1 du même règlement : " Le nombre d'aires de stationnement exigé est calculé selon les normes minimales suivantes (le résultat étant arrondi à l'entier supérieur) : / - pour les surfaces de plancher à destination d'habitation : 1 place pour 50 mètres carrés. () ". Aux termes de l'article UB 12 du même règlement : " Pas de disposition spécifique à la zone. / Se reporter aux dispositions communes du règlement. ".

31. Ainsi qu'il a été dit au point 17, il ressort des pièces du dossier que le projet ne prévoit aucune aire de retournement sur le terrain d'assiette du projet. Par ailleurs, si ce dernier, qui prévoit une surface de plancher de 99,67 m², comporte les deux places de stationnement exigées par les dispositions précitées de l'article DC 12.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme, la largeur de chacune de ces deux places est en revanche inférieure à la largeur minimale de 2,50 mètres prévue par l'article DC 12.2. Par suite, l'arrêté attaqué a été délivré en méconnaissance des dispositions précitées de l'article DC 12.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

32. En dernier lieu, aux termes de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet : " 1) Il est exigé qu'au moins 40 % de la superficie du terrain d'assiette du projet soient constitués de pleine terre et fassent l'objet d'un traitement paysager. / () 3) Les surfaces de pleine terre doivent être plantées d'arbres ou d'une végétation arbustive et prioritairement associés au paysage du site. / 4) A partir de 100 mètres carrés de pleine terre, au moins un arbre de haute tige doit être planté ou conservé par tranche de 100 mètres carrés de pleine terre. / 5) Toute tranche commencée donne lieu à l'application de la norme. 6) Toutes les espèces doivent être choisies dans la gamme des essences dominantes qui composent les boisements de proximité ou ceux existants sur le terrain d'assiette du projet. / () ". La définition relative à la pleine terre des définitions communes du même règlement prévoit que : " Un espace peut être qualifié d'espace de pleine terre s'il n'est le support d'aucun aménagement autre que les aménagements propres aux jardins et espaces verts, ni d'aucune construction, aussi bien au-dessus du sol qu'au-dessous du niveau du terrain naturel sur une profondeur de 10 mètres. Il peut en revanche être traversé par des réseaux techniques aériens ou souterrains. / () ".

33. Ainsi qu'il a été dit au point 23, la superficie du terrain d'assiette du projet est de 300 m², et il ressort des pièces du dossier que la surface de pleine terre indiquée par le pétitionnaire est de 142,86 m², soit 47,6 % de cette superficie. Les requérants n'établissent pas que cette indication serait inexacte ou que des éléments ne pouvant être qualifiés d'espace de pleine terre, tels que le mur implanté en limite séparative du terrain et l'aire de stationnement, auraient été pris en compte dans le calcul de cette surface. Par ailleurs, le projet prévoit la suppression d'un camélia et la plantation de deux platanes et d'un chêne, soit trois arbres de haute tige. La seule circonstance que plusieurs palmiers prennent place à proximité du projet n'est pas de nature à établir que les essences choisies ne relèveraient pas des essences dominantes existantes dans les environs. En outre, compte-tenu de la plantation d'arbres de haute tige, celle d'une végétation arbustive n'est pas imposée par les dispositions précitées. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet.

En ce qui concerne la décision du 24 juin 2022 :

S'agissant des fins de non-recevoir opposées par la commune d'Anglet :

34. La fin de non-recevoir opposée par la commune d'Anglet tirée du défaut d'intérêt pour agir des consorts A et I doit être écartée pour le même motif que celui développé au point 4.

S'agissant du fond du litige :

35. La décision attaquée ne peut être regardée comme étant exempte des vices relevés aux points 9, 29 et 31, dont est entaché l'arrêté du maire d'Anglet du 14 mars 2022. Elle doit par suite être annulée.

En ce qui concerne la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

36. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

37. Les vices relevés aux points 9, 29 et 31 constituent des vices susceptibles d'être régularisés par un permis de construire modificatif sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois suivant la date de notification du présent jugement en vue de la régularisation des permis de construire litigieux.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire d'Anglet du 24 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du maire d'Anglet du 14 mars 2022 jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement en vue de la régularisation du permis de construire délivré aux consorts E par la délivrance d'un permis de construire modificatif.

Article 3 : Les conclusions des parties sur lesquelles il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservées jusqu'à la fin de l'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. L B, à la commune d'Anglet, à M. M E et à Mme C E.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. DIARDLe président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLON

La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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