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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201739

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201739

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2022 et le 20 avril 2023, M. A C représenté par Me Markhoff, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2022, par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a notifié une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la même autorité, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Markhoff sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

6°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que sa demande d'aide juridictionnelle a été déposée le 27 mai 2022 dans le respect du délai de recours contentieux ;

En ce qui concerne les moyens communs à la décision portant refus de séjour et à la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et a des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour sur le fondement des articles L. 432-14 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article L. 511-4 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle manque de base légale, par la voie de l'exception, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est illégale ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences disproportionnées sur sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle manque de base légale, par la voie de l'exception, dès lors que la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire sont illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

A titre principal, il oppose une fin de non-recevoir de la requête tirée de sa tardiveté et à titre subsidiaire, il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 18 mai 1976, de nationalité russe, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 11 juin 2010. Le 5 février 2021, il a présenté une demande de titre de séjour. Le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté cette demande, lui a notifié une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par arrêté du 12 mai 2022, réceptionné le 16 mai suivant. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné.() ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 12 mai 2022, lequel fait mention des voies et délais de recours applicables, a été notifié à M. C le 16 mai 2022 et que ce dernier a formé une demande d'aide juridictionnelle le 27 mai suivant, laquelle a été accordée par décision du 28 février 2023. Par suite, la requête de M. C, présentée le 29 juillet 2022, n'est pas tardive. Il n'y a pas lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 28 décembre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Sibylle Samoyault, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dernières ont été prises par une autorité incompétente manque en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Pour l'application des articles précités, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. D'une part, M. C doit être regardé comme invoquant le bénéfice des stipulations de l'article 8 et non de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. C et son épouse, avec laquelle il s'est marié le 15 octobre 2004 en Russie sont parents de sept enfants, tous de nationalité russe, nés entre 2005 et 2020, et que son épouse, de nationalité russe, s'est vue délivrer un titre de séjour en qualité de réfugiée valable du 3 avril 2017 au 2 avril 2027 ainsi que son oncle, lequel est titulaire d'une carte de résident longue durée valable jusqu'au 8 août 2027, il est également constant que l'épouse de M. C a déclaré être séparée de son mari en 2019. En outre, M. C n'établit pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, justifiant de deux attestations de domiciliation par le service d'hébergement temporaire de l'association Coallia datant du 1er janvier 2016 et valables jusqu'au 31 mars 2016, attestant de la domiciliation depuis le 2 janvier 2014 par cette association, l'une concernant son épouse et leurs enfants sans que son nom ne soit mentionné, et l'autre le concernant uniquement, sans que le nom de son épouse ou de ses enfants ne soient mentionnés, un avis d'échéance de loyer du 25 avril 2022 au nom de son épouse et du sien, et une attestation de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées de versement de prestations pour le mois d'avril 2022, également à leurs deux noms. Il n'établit pas non plus contribuer de manière effective à l'entretien et l'éducation de ses enfants, se bornant à produire des attestations de voisins ou amis. La production d'une promesse d'embauche du 12 décembre 2014 du groupement d'employeur du Cosquer pour la saison 2015, d'un courrier de la préfecture du Finistère portant la mention manuscrite d'une délivrance de ce courrier le 6 février 2015, d'un courrier du 6 juillet 2015 adressé au requérant concernant l'éligibilité au tarif spécial de solidarité gaz naturel, d'un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " visiteur " le 2 novembre 2015, d'une déclaration de domiciliation du 1er juillet 2016 de l'association Coallia valable jusqu'au 31 décembre 2016 ne concernant que le requérant, valable jusqu'au 1er février 2016, d'une convocation le 18 juillet 2016 au service d'insertion pénitentiaire et de probation de Brest, d'une attestation de droits à l'assurance maladie et à la couverture maladie universelle complémentaire du 2 janvier 2017 au 1er janvier 2018, d'un contrat de travail conclu avec la société Bat-Sud-Ouest, à durée déterminée à temps complet du 14 mars au 16 septembre 2022 en qualité de couvreur, non signé par les parties, de deux bulletins de paie de cette société de mars et avril 2022 ne démontre pas non plus la réalité du caractère habituel et continu de sa résidence en France. Par ailleurs, il ressort du bulletin numéro 2 du requérant délivré le 2 avril 2021 qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Brest, d'une part, le 4 décembre 2015 à un mois d'emprisonnement pour vol en récidive et usage illicite de stupéfiants, et d'autre part, le 3 septembre 2019 à trois mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Il n'est pas contesté qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise par le préfet du Finistère le 13 décembre 2019. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu des conditions de séjour en France du requérant, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

11. Il résulte de ce qui a été dit point 8 que le requérant ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de cet article.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

13. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de plein droit, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

14. Il résulte du point 8 que d'une part, M. C ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que d'autre part, il n'établit pas qu'il remplissait, à la date de la décision attaquée, la condition de dix ans de résidence habituelle et continue en France aux termes de l'article L. 435-1 du même code. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application de l'article L. 423-13 du même code avant l'intervention de la décision de refus du titre de séjour.

15. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

16. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

17. Si M. C soutient que son épouse, réfugiée, ne peut se rendre en Russie avec ses enfants, ces circonstances ne suffisent pas à établir que l'intérêt supérieur de ses enfants n'aurait pas été pris en compte dans la décision attaquée dès lors qu'il résulte du point 8 qu'il n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni entretenir une communauté de vie effective auprès d'eux. Par suite, les décisions attaquées n'ont pas été prises en violation de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

18. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. C.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () 7° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant étranger relevant du 2°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage ; () ".

20. Si le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance du 7° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement numéroté 8° de l'article L. 511-4 du même code avant sa refonte entrée en vigueur le 1er mai 2021, il ressort de ses propres écritures que son épouse a déclaré que le couple s'était séparé en 2019, nonobstant la circonstance alléguée par le requérant que cette séparation aurait été fictive afin d'obtenir un logement social. En tout état de cause, il résulte du point 8 que M. C ne justifie pas d'une résidence régulière en France depuis plus de dix ans et il n'est pas établi, ni même allégué que son épouse résiderait en France depuis l'âge de treize ans. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

21. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

22. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

23. Si M. C soutient que le délai de trente jours qui lui a été accordé pour quitter le territoire français est trop bref pour organiser son départ, compte tenu des dispositions à prendre et de sa situation personnelle, étant père de sept enfants, il n'assortit cette allégation d'aucune pièce justifiant de difficultés auxquelles il serait confronté pour respecter ce délai. En outre, il résulte du point 8 qu'il n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni entretenir une communauté de vie effective auprès d'eux. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

24. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalités. Par suite, la décision attaquée fixant le pays de renvoi n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête.

Sur les frais liés à l'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

28. Par ailleurs, à défaut de dépens engagés en l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne pourront également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Crassus, conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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