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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201780

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201780

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEPLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 août 2022 et le 8 septembre 2022, M. B A, alors placé au centre de rétention administrative d'Hendaye, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de le maintenir en rétention dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il avait déjà explicitement manifesté son souhait de demande d'asile lors son audition en garde à vue, ainsi que devant le tribunal judiciaire de Bordeaux ;

- le droit d'asile est constitutionnel;

- sa demande ne peut être regardée comme ayant pour but de faire échec ou de retarder son éloignement ;

- si la Moldavie est considérée comme un pays d'origine sûr, les récents évènements viennent remettre en cause cette affirmation ;

-la décision attaquée est donc insuffisamment motivée et entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision attaquée a été prise après sa demande d'asile ;

- le préfet n'a pas vérifié la réalité de ses dires sur la situation dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la préfète de la Gironde, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

-la décision du 10 août 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rejetant la demande d'asile de M. A ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue le 8 septembre 2022 à 10 heures, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Leplat, représentant M. A, présent assisté de Mme D , interprète en langue moldave qui maintient ses écritures en indiquant que sa demande d'asile est justifiée par les conséquences du conflit en Ukraine ; qu'elle a été faite très rapidement après sa levée d'écrou ; qu'en édictant la décision attaquée la préfète de la Gironde a méconnu la caractère suspensif de sa demande ; que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'assignation à résidence est la règle et qu'il justifie, par les pièces produites avant l'audience, de garanties de représentation ; qu'il convient enfin de rappeler qu'un routing était prévu alors que le recours était pendant devant la juridiction.

La préfète de la Gironde n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant moldave né le 23 mars 1999 à Calanasi (Moldavie) a fait l'objet le 8 février 2022 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, édicté à son encontre par le préfet de la Meuse. Eloigné en exécution de cette mesure, M. A est néanmoins revenu sur le territoire français où il a été interpellé et placé en garde en vue, puis écroué le 31 juillet 2022 au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan en exécution d'une condamnation prononcée à son encontre le 10 septembre 2020 par le tribunal judiciaire de Bordeaux. Placé au centre de rétention d'Hendaye à sa levée d'écrou le 1er août 2022, en vue de l'exécution de l'interdiction de retour dont il fait l'objet, il a déposé le 3 août suivant une demande l'asile. Estimant que cette demande, faite après son placement en rétention avait pour but de faire échec ou de retarder son éloignement, la préfète de la Gironde a édicté à son encontre le 3 août 2022 une décision de maintien en rétention. Par la présente requête M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et notamment l'article L. 754-3 de ce code qui constitue la base légale de la décision attaquée. Le préfet s'est prononcé sur le caractère dilatoire de la demande de M. A conformément aux dispositions de l'article L. 754-3 du code précité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". En outre, aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. ".

6. M. A n'établit pas ni même d'ailleurs n'allègue avoir sollicité le bénéfice de l'asile, alors qu'il se trouvait en France, notamment en 2020, antérieurement à l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 8 février 2022 et en exécution de laquelle il est retourné dans son pays d'origine. Et ce alors même qu'il ressort des termes de la décision du 10 août 2022 par laquelle l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, qu'il a fait état, au soutien de sa demande présentée en rétention, d'extorsions exercées par des groupes mafieux dont il aurait été victime alors qu'il avait 16 ans, soit en 2014. S'il indique avoir manifesté son souhait de demander l'asile avant son placement en rétention, et notamment lors de sa garde à vue, il ne l'établit pas. Enfin s'il se prévaut du conflit existant en Ukraine, il n'apporte aucun élément circonstancié sur les risques personnels qu'il encourt en cas de retour et qui ont justifié le dépôt de sa demande d'asile. Par suite, la préfète de la Gironde a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, estimer que la demande d'asile formée par M. A en rétention était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et maintenir ce dernier en rétention le temps de l'examen de cette demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

7. En troisième lieu, les circonstances invoquées qu'il justifie de garanties de représentation et qu'un " routing " était prévu alors que sa requête était pendante devant le tribunal sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

8. En dernier lieu, d'une part, la décision en litige ne porte pas d'atteinte au droit constitutionnel d'asile de M. A dont la demande a été examinée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. D'autre part, la décision en litige ayant pour objet de maintenir le requérant en rétention durant l'examen de la demande d'asile qu'il a formée, alors qu'il se trouvait déjà placé en rétention, est nécessairement prise après le dépôt de cette demande. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision serait irrégulière pour avoir été prise après le dépôt de la demande d'asile doit être également écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. F sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Gironde, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.

Lu en audience publique le 8 septembre 2022.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, en ce qui la concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

M. C

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