vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201789 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SCP CASADEBAIG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août 2022 et le 3 juillet 2023, M. D et la société GMF assurances représentés par Me Lhomy, demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques à indemniser M. D des préjudices restés à sa charge liés aux dégâts sur son véhicule sur la voie publique le 10 septembre 2020 à hauteur de 750 euros au titre de la franchise contractuelle et de 37,50 euros au titre de l'immobilisation du véhicule pendant 2,5 jours ;
2°) de condamner le conseil départemental à payer à la société GMF, subrogée dans les droits de M. D, la somme de 10 516,76 euros correspondant à l'indemnité contractuelle versée ;
3°) de condamner le conseil départemental à payer à la société GMF les frais d'expertise correspondant à la somme de 111,60 euros et de le condamner aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le véhicule à deux roues avec lequel il circulait a subi de nombreux dégâts liés aux travaux entrepris sur la route départementale alors qu'ils n'étaient pas signalés ;
- le lien de causalité entre le défaut d'entretien normal de la chaussée et les dégâts est établi ;
- l'absence de marquage ou de signalement des travaux ne permet pas d'adapter la vitesse de circulation de sorte que la faute exonératoire ne peut être opposée ;
- la responsabilité du département est présumée ;
- le défaut d'entretien normal de la route étant avéré, la responsabilité du département doit être engagée ;
- la responsabilité du département ne peut être relevée et garantie par la société Sogeba en charge des travaux ;
- la société d'assurance GMF est fondée à solliciter la somme de 10 516,76 euros au titre des préjudices indemnisés et la somme de 111,60 euros au titre des frais d'expertise ;
- M. D est fondé à solliciter la somme de 750 euros correspondant à la franchise contractuelle retenue par son assureur et la somme de 37,50 euros correspondant à l'immobilisation du véhicule pendant 2,5 jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ramener les prétentions des parties à de plus justes proportions à hauteur de 2 393 euros et à condamner la société Sogeba Travaux Publics à la relever et à la garantir indemne des condamnations qui seraient susceptibles d'être prononcées à son encontre.
Il fait valoir que :
- les requérants ne démontrent pas que les travaux n'étaient pas signalés ;
- le bon de commande mentionne la signalisation temporaire du chantier ;
- les agents de la société en charge des travaux étaient sur place ;
- la société fait valoir, sans être contestée qu'elle avait respecté toutes les obligations en matière de signalisation ;
- le requérant n'a pas adapté sa vitesse, cet agissement est constitutif d'une faute exonératoire ;
- à titre infiniment subsidiaire, le devis indique que M. D n'a pas fait effectuer les travaux de réparation ainsi la somme de 744,96 euros correspondant à la main d'œuvre doit être déduite ;
- le témoignage de M. B indique une fuite au radiateur dont le remplacement n'est estimé qu'à 310 euros, les autres réparations tels que la fourche ou le silencieux n'ont pas à être réparés tout comme le nettoyage estimé à 2 083 euros ;
- en l'absence de facture payée aucune indemnisation ne peut être versée ;
- alors que M. D soutient avoir une fuite au radiateur, il n'a pas eu besoin de remorquage bien qu'il soit domicilié à plus de 50 kilomètres de l'endroit des travaux ;
- il est fondé à appeler en garantie la société Sogeba alors en charge des travaux et de la signalisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, la société Sogeba Travaux Publics représentée par Me Casadebaig conclut à titre principal au rejet de la requête et de l'appel en garantie formé par le département, à titre subsidiaire de ramener les prétentions des parties à de plus justes proportions et en tout état de cause de mettre à la charge de toutes parties succombantes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le département reste maître de l'ouvrage et la responsabilité de dommages survenus sur une route dont le département garde en gestion incombe au département ;
- les travaux étaient parfaitement signalés, seule une vitesse excessive est responsable des dégâts sur le véhicule ;
- en l'absence de facture dûment réglée, aucune indemnisation ne peut être prononcée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gourgue, représentant de la société Sogeba Travaux Publics qui persiste dans ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 septembre 2020, alors qu'il circulait à moto sur la route départementale 226 en provenance de Lestelle Betharam en direction d'Asson, le véhicule à deux roues de M. D aurait subi de nombreux dégâts du fait d'un chantier de réfection de la chaussée mal signalé. Son assureur, la société GMF assurances est intervenue pour le paiement de la somme de 10 516,76 euros correspondant au montant de l'indemnité contractuelle au titre de la garantie dommages déduction faite de la franchise contractuelle de 750 euros. Par courrier du 14 avril 2022, M. D et la société GMF assurances ont demandé au conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de les indemniser de ces préjudices subis. Par la présente, M. D et son assureur la société GMF demandent la condamnation du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques à leur verser la somme totale de 11 267,76 euros en réparation des préjudices subis résultant des réparations sur son véhicule du fait du défaut d'entretien normal de la voie départementale.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage :
2. Alors qu'il circulait à moto, M. D soutient que son véhicule a été endommagé par la présence de gravillons et goudrons alors que les travaux réalisés sur la voie départementale n'étaient pas signalisés de sorte que la responsabilité du département doit être engagée à raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
3. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre celui-ci et le préjudice invoqué. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve, soit que cet ouvrage était en état d'entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
4. D'une part, il résulte de l'attestation versée au dossier, dont rien au dossier ne permet de considérer qu'elle proviendrait d'une connaissance de M. D, qu'elle permet d'établir que les travaux n'étaient pas signalés et qu'un employé de la société régulait la circulation. D'autre part, les photographies versées au dossier justifient que le véhicule de M. D a été endommagé par des éclats de gravier et des projections de bitume. Dès lors que la présence de gravillons et bitume chaud constituent un danger excédant ceux que les motocyclistes peuvent s'attendre à rencontrer, les dommages qu'ils causent sont susceptibles d'engager la responsabilité de l'administration pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
5. En outre, en se bornant à produire les courriers de la société Sogeba Travaux Publics aux termes desquels les travaux de réfection en litige ont fait l'objet de signalisation, sans préciser le type de panneaux utilisé, ni l'endroit auquel ils auraient été apposés, ni la date précise, le département des Pyrénées-Atlantiques n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de la voie de sorte que sa responsabilité peut être engagée.
En ce qui concerne la faute de la victime :
6. Alors que le département soutient que seule la vitesse excessive est de nature à expliquer les dommages subis, aucune pièce au dossier ne permet de corroborer ces allégations. Ainsi, le département des Pyrénées-Atlantiques ne peut se prévaloir d'une quelconque faute de la victime, laquelle par ailleurs a été surpris par les travaux non signalés, de sorte que sa responsabilité doit être engagée.
En ce qui concerne les réparations :
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société GMF est fondée à se prévaloir de la subrogation légale dans les droits de son assuré. La subrogation légale de l'assureur dans les droits et actions de l'assuré, prévue par l'article L. 121-12 du code des assurances, est subordonnée au seul paiement à l'assuré de cette indemnité en exécution du contrat d'assurance, et ce dans la limite de la somme versée. Ainsi, si l'assuré est tenu d'utiliser l'indemnité versée par l'assureur en réparation d'un dommage, la méconnaissance de cette obligation, qui ne concerne que la relation entre l'assureur et son assuré, est dépourvue d'incidence sur la recevabilité comme sur le bien-fondé de l'action subrogatoire de l'assureur à l'encontre du tiers responsable du dommage. Par suite, le département des Pyrénées-Atlantiques est condamné à verser à la société GMF la somme de 10 516,76 euros.
8. En deuxième lieu, la société GMF établit avoir exposé une somme de 111,60 euros correspondant aux frais d'expertise pour chiffrer les dommages subis par le véhicule de M. D. Ainsi le département versera à la société GMF la somme de 111,60 euros.
9. En troisième lieu, ni le montant de la franchise contractuelle restée à la charge du requérant, ni la somme de 37,50 euros au titre de l'immobilisation du véhicule ne sont contestés en défense. La réalité de l'immobilisation est établie par le rapport amiable d'expertise versé au dossier. Par suite, la somme de 787,50 euros sera mise à la charge du département à verser à M. D.
Sur l'appel en garantie :
10. La fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation à ce dernier. Il n'en irait autrement que dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.
11. Il n'est pas contesté que les travaux de voirie qui sont à l'origine de l'accident dont a été victime M. D ont fait l'objet d'une réception sans réserve le 30 septembre 2020. Dès lors, cette réception, dont il n'est ni établi ni alléguée qu'elle aurait été acquise à la suite de manœuvre frauduleuses ou dolosives, a mis fin aux rapports contractuels entre le département des Pyrénées-Atlantiques et la société Sogeba, de sorte que cette dernière ne peut être condamnée à le garantir des condamnations prononcées contre lui. Par conséquent, les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par le département des Pyrénées-Atlantiques sont rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que M. D et la société GMF, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, versent au département des Pyrénées-Atlantiques une somme au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros demandée par M. D et la société GMF sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Pyrénées-Atlantiques est condamné à verser la somme de 10 628,36 euros (dix-mille six-cent-vingt-huit euros et trente-six centimes) à la société GMF.
Article 2 : Le département des Pyrénées-Atlantiques est condamné à verser la somme de 787,50 euros (sept-cent quatre-vingt-sept euros et cinquante centimes) à M. D.
Article 3 : Le département versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros respectivement à la société GMF et à M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. C D, à la société GMF assurances, à la société Sogeba Travaux Publics et au département des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026