jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | OUDIN |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête, enregistrée le 19 août 2022 sous le n° 2201884, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 6 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Oudin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet des Hautes Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les dépens.
Il soutient que :
En ce qui concerne la légalité externe
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen individuel et d'appréciation personnelle du préfet de sa demande ;
- le préfet s'est estimé lié, à tort par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu.
- la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision fixant le pays de destination n'a pas été précédée d'un débat contradictoire et est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
En ce qui concerne la légalité interne :
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination a été prise en violation des dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 13 octobre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II°) Par une requête, enregistrée le 19 août 2022, sous le n° 2201885, Mme B F, représentée par Me Oudin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet des Hautes Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les dépens.
Il soutient que :
En ce qui concerne la légalité externe
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen individuel et d'appréciation personnelle du préfet de sa demande ;
- le préfet s'est estimé lié, à tort par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'erreur de fait, en ce qu'elle mentionne à tort qu'elle est de nationalité russe ;
- la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision fixant le pays de destination n'a pas été précédée d'un débat contradictoire et est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
En ce qui concerne la légalité interne :
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination a été prise en violation des dispositions des articles L. 612-12 et L7. 21-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il a fixé des pays différents pour chacun des époux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 13 octobre 2022 à 14 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant arménien, né le 19 janvier 1962 à Kapan (URSS), est entré régulièrement en France le 15 juillet 2019, avec sa compagne Mme F, ressortissante russe, née le 13 mars 1967 à Epebah (URSS). Ils ont respectivement déposé des demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées le 7 juin 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. C a, par ailleurs, sollicité le 26 février 2021 son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 9 août 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du même jour, il a également rejeté la demande de titre de séjour déposée par Mme F en qualité d'accompagnante d'un étranger malade et l'a obligée, dans les mêmes conditions, à quitter le territoire français, en fixant le pays destination de cette mesure d'éloignent. Par les présentes requêtes, M. C et Mme F demandent respectivement au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les n° 2201884 et n° 2201885, présentées par M. C et Mme F à l'encontre des mesures d'éloignement respectivement édictées à leur encontre, en conséquence des rejets de leurs demandes de titre de séjour, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en date du 31 mai 2021, indique que si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. L'intéressé produit dans le cadre de la présente instance, d'une part, la prescription médicale nécessaire à la prise en charge des différentes pathologies dont il est atteint qui indique que son traitement est notamment composé de Qtagid, de Kardegic, d'Omeprazole Almus, de Parvastine Accord, de Temesta et d'Izalgi. D'autre part, un courrier daté du 6 septembre 2022 du ministère de la justice arménienne indiquant que les médicaments portant ces noms commerciaux ne sont pas enregistrés en République d'Arménie. Le préfet des Hautes-Pyrénées, qui se borne à soutenir en défense que les médecins du collège de l'OFII se fondent pour apprécier l'existence d'un traitement adapté dans le pays d'origine, sur la base de données " Médical Country of Origin Information " (Medcoi) qu'il ne produit pas, et dont on ignore la date, n'établit pas, ni même d'ailleurs n'allègue, que les molécules nécessaires au traitement de M. C seraient effectivement disponibles en Arménie, y compris sous un autre nom commercial. Par ailleurs, le requérant soutient que compte tenu de l'état du système de santé en Arménie, et de la reprise récente du conflit avec l'Azerbaïdjan, il ne sera pas, en tout état de cause, en capacité de recevoir les soins appropriés à son état, ce qui n'est pas contesté en défense par le préfet des Hautes-Pyrénées.
5. Ainsi le préfet des Hautes-Pyrénées, à qui il appartenait d'apporter utilement la contradiction ne démontre pas que les médicaments indispensables à la prise en charge du requérant serait disponible en Arménie sous cette forme ou sur une autre forme contenant les mêmes principes actifs, ni, compte tenu de la situation actuelle en Arménie et de l'état du système de santé, que M. C pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement adapté. Par suite, en estimant que M. C ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet des Hautes-Pyrénées a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, les décisions par lesquelles le préfet des Hautes-Pyrénées, a rejeté la demande de titre de séjour de M. C, en qualité d'étranger malade et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours doivent être annulées. Il y a lieu, en conséquence, et pour les mêmes motifs d'annuler les décisions du même jour rejetant la demande de titre de séjour de Mme F en qualité d'accompagnante d'un étranger malade et l'obligeant à quitter le territoire français dans le même délai.
7. Enfin les décisions fixant les pays de destination de ces mesures d'éloignement, qui, au demeurant, fixent pour M. C la Géorgie, dont il n'a pas la nationalité, et pour Mme F, sa compagne un pays différent, la Russie, seront également annulées, par voie conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait des intéressés, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à M. C et à Mme F une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour, les autorisant à travailler. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C et Mme F ne justifient pas du dépôt de demandes d'aide juridictionnelles. Il s'ensuit que les conclusions qu'ils présentent, sur le seul fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, tendant au versement au bénéfice de leur conseil, d'une somme de 1200 euros dans chacune des deux instances, ne peuvent être que rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 9 août 2022, par lesquels le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté les demandes de titre de séjour de M. C et de Mme F, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de ces mesures, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer respectivement à M. C et à Mme F une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes et rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B F et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
La présidente,
Signé : V. QUEMENERLa greffière,
Signé : M. D
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Nos 2201884,2201885
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026