mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201899 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | SELARL CABINET CAMBOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 23 août et 9 novembre 2022 et les 15 janvier, 20 mars, 4 juillet et 1er août 2023, l'association " Les Amis de la Terre des Landes ", représentée par sa présidente, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le maire de Messanges a délivré à la société AEDIFIM un permis de construire dix-neuf logements répartis en une maison individuelle, cinq maisons jumelées et un bâtiment collectif, sur un terrain situé au lieu-dit " le Moulin ", ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Messanges une somme de 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie au vu de ses statuts et de son objet, d'un intérêt à agir et sa présidente est habilitée à agir en justice pour l'ensemble des actions contentieuses en lien avec son objet ;
- l'illégalité du schéma de cohérence territoriale (SCoT) de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud (MACS), évoquée par la voie de l'exception, tirée de ce qu'il n'est pas suffisamment précis et méconnaît les dispositions des articles L. 121-3 et L. 121-8 du code de l'urbanisme en identifiant dans une carte le secteur situé à l'ouest de route départementale n° 652 comme faisant partie du bourg de Messanges alors qu'il n'est pas urbanisé, entache d'illégalité l'arrêté attaqué ;
- l'illégalité du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud (MACS), évoquée par la voie de l'exception, tirée de ce que l'orientation d'aménagement et de programmation n° 1 de la zone à urbaniser créée au nord de la commune de Messanges méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que cette zone n'est pas située en continuité avec le bourg de Messanges, entache d'illégalité l'arrêté attaqué ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas réalisé en continuité des zones urbanisées :
* le terrain d'assiette du projet prend place dans un grand espace naturel qui est identifié par le PLUI comme une trame verte, réservoir de biodiversité, et présente une unité paysagère ; il se situe en dehors de l'enveloppe urbaine de Messanges dès lors qu'au sud, il en est séparé par une zone humide, des champs, des boisements et qu'il est distant de 150 mètres d'une urbanisation diffuse et de 300 mètres du centre densément urbanisé du bourg ; à l'est, il en est séparé par la route départementale n° 652 qui constitue une rupture d'urbanisation ;
* par un avis du 14 octobre 2022, l'architecte des Bâtiments de France a indiqué au maire de Messanges qu'un projet contigu, également situé dans le site inscrit des étangs landais sud, était illégal dès lors que la continuité du terrain d'assiette du projet avec l'urbanisation existante n'était pas avérée.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 10 janvier, 22 février et 1er mars 2023, la société AEDIFIM, représentée par Me Cambot, conclut au rejet de la requête, pour irrecevabilité à titre principal, au fond à titre subsidiaire, et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- la présidente de l'association requérante n'a pas qualité pour agir contre l'arrêté attaqué ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de Mme Catherine Letaconoux, présidente de l'association " Les Amis de la Terre des Landes " et de Me Coto représentant la SAS AEDIFIM.
Une note en délibéré, présentée pour l'association " Les Amis de la Terre des Landes ", a été enregistrée le 29 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 31 mars 2022, le maire de Messanges a délivré à la société AEDIFIM un permis de construire dix-neuf logements répartis en une maison individuelle, cinq maisons jumelées et un bâtiment collectif, sur la parcelle cadastrée section AB n° 312 située au lieu-dit " le Moulin " à Messanges (Landes). L'association " Les Amis de la Terre des Landes " a formé un recours gracieux, reçu en mairie le 27 mai 2022, contre ce permis de construire auquel le maire de Messanges n'a pas répondu. Par la présente requête, l'association " Les Amis de la Terre des Landes " demande l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2022, ainsi que de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé à son encontre.
2. En premier lieu, et d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme : " Les dispositions du présent chapitre sont applicables à toute personne publique ou privée pour l'exécution de tous travaux, constructions (). / Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ". Aux termes des dispositions de l'article L. 121-8 du même code : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ". Aux termes de l'article L. 121-22 du même code : " Les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article L. 151-6 du même code : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements () ". Aux termes de l'article R. 151-9 du même code : " Le règlement contient exclusivement les règles générales et servitudes d'utilisation des sols destinées à la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables, dans le respect de l'article L. 151-8, ainsi que la délimitation graphique des zones prévues à l'article L. 151-9 ".
4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à modifier le zonage ou les activités autorisées dans une zone déterminée et à interdire des sous-destinations de constructions, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AB n° 312 a été classée par le PLUI de la communauté de communes MACS, applicable à la date de l'arrêté attaqué, en zone 1AU ouverte à l'urbanisation et soumise à l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 1 et que le schéma d'application de la loi Littoral figurant au SCoT Maremne Adour Côte-Sud identifie la zone dans laquelle se trouve le terrain d'assiette du projet en litige comme une agglomération ou un village, au sens et pour l'application de la loi Littoral. Cette zone qui est en nature de prairie est bordée, à l'ouest par le ruisseau de la Prades, au nord par un réservoir de biodiversité sur lequel elle n'empiète pas et au sud par un boisement qui la sépare d'un groupe d'une dizaine de maisons individuelles appartenant au centre-bourg dont elle est distante de moins de deux cents mètres. A l'est, cette zone est implantée dans le prolongement du lotissement de Judas, secteur densément urbanisé dont elle est séparée par la route départementale n° 652 qui ne constitue pas une rupture dans la continuité de l'enveloppe urbaine mais au contraire une voie à deux sens de circulation de part et d'autre de laquelle l'enveloppe urbaine du centre-bourg de Messanges s'est développée. Ainsi, alors que le secteur dans lequel est implanté le terrain d'assiette du projet est vierge de constructions, il s'insère dans l'enveloppe urbaine de la commune, la circonstance que l'architecte des Bâtiments de France ait indiqué au maire de Messanges qu'un projet contigu était illégal en raison de l'absence de continuité du terrain d'assiette du projet avec l'urbanisation existante étant sans incidence sur ce point dès lors que cet avis ne portait pas sur la parcelle en cause. Au demeurant, la route départementale n° 652 sera aménagée en vue d'accueillir un rond-point favorisant différents sens de circulation et différents accès, de sorte qu'elle ne constitue donc pas une rupture mais un lien avec le lotissement de Judas. Enfin, il n'est pas contesté que le projet litigieux contribue à l'amélioration de l'offre de logements sur le territoire de la commune de Messanges. Dans ces conditions, l'emprise litigieuse se situe bien en continuité de l'agglomération existante et le classement de la parcelle d'assiette du projet par le PLUI ainsi que son identification dans le SCoT en agglomération ou village, au sens et pour l'application de la loi Littoral, n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En second lieu, constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.
7. Il est constant que la commune de Messanges est soumise aux dispositions de la loi Littoral et que le territoire communal était couvert, à la date de l'arrêté en litige, par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du 4 mars 2014 de la communauté de communes MACS. Ainsi qu'il est dit au point 5, il ressort des pièces du dossier que le schéma d'application de la loi Littoral figurant au SCoT identifie la zone dans laquelle se trouve le terrain d'assiette du projet en litige comme une agglomération ou un village, au sens et pour l'application de la loi Littoral. Dans ces conditions, en considérant que le projet pouvait être autorisé, le maire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 mars 2022 présentées par l'association " Les Amis de la Terre des Landes " doivent être rejetées.
9. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Messanges, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par l'association " Les Amis de la Terre des Landes ", et non compris dans les dépens.
10. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de l'association " Les Amis de la Terre des Landes " le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société AEDIFIM et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'association " Les Amis de la Terre des Landes " est rejetée.
Article 2 : L'association " Les Amis de la Terre des Landes " versera une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à la société AEDIFIM, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à l'association " Les Amis de la Terre des Landes ", à la commune de Messanges et à la société AEDIFIM.
Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente,
M. Roussel Cera, premier conseiller,
M. Rousseau, premier conseiller.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le rapporteur,
S. ROUSSEAU
La présidente,
F. MADELAIGUE
La greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026