mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | BAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 24 août 2022, les 11 et 24 janvier 2023 et le 17 avril 2024, Mme B C A, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la décision à venir ;
3°) et de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité qui devra justifier de sa compétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale, au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la circulaire du 30 octobre 2004 prévoit qu'en cas de pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, une durée de vie commune d'un an suffit à établir la réalité et la stabilité des liens familiaux sur le territoire ;
- la décision litigieuse est entachée d'erreur de fait dès lors que sa mère est mariée avec un Français, réside en France et non au Mexique et bénéficie d'une carte de résident, et qu'elle justifie d'une communauté de vie suffisamment significative avec son partenaire de PACS ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour alors qu'elle remplit les conditions de délivrance prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité qui devra justifier de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité qui devra justifier de sa compétence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Rousseau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante mexicaine née le 23 septembre 1994 à Puebla (Mexique), est entrée régulièrement en France le 15 septembre 2020 munie d'un passeport en cours de validité. Le 13 décembre 2020, elle s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques en raison de la crise sanitaire, renouvelée une fois jusqu'au 12 avril 2021. Le 27 octobre 2021, elle a effectué une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et a déposé son dossier auprès de la préfecture des Hautes-Pyrénées le 15 février 2022. Par un arrêté du 9 août 2022 le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué est signé par Mme Samoyault, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Pyrénées, qui bénéficie à cet effet d'une délégation de signature du préfet de ce département en date du 23 juin 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hautes-Pyrénées du même jour. Par suite, le moyen soulevé, tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de la demande de titre de séjour complétée et signée par la requérante le 15 février 2022 que le préfet n'aurait pas examiné de manière sérieuse la situation de Mme C A sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant d'édicter son arrêté. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation particulière de Mme C A doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Pour contester le refus de titre de séjour opposé par le préfet des Hautes-Pyrénées, Mme C A fait valoir qu'elle a conclu un PACS avec un ressortissant français le 4 octobre 2021, avec lequel elle entretient une communauté de vie depuis le 20 novembre 2020 et avec lequel elle est mariée depuis le 14 octobre 2023, qu'elle possède des attaches familiales en France où vit sa mère, mariée à un ressortissant français et titulaire d'une carte de résident, et qu'elle est bien intégrée dans la société française.
7. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, la durée du PACS conclu avec son partenaire était de moins d'un an, et la durée de vie commune alléguée inférieure à deux ans, de sorte qu'elles ne suffisent pas à démontrer l'effectivité d'une communauté de vie ancienne et stable. Par ailleurs, à la date de l'arrêté attaqué, le séjour en France de Mme C A est récent et elle n'est pas dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où résident son père et son frère. Enfin, les pièces versées au débat par Mme C A ne suffisent pas à démontrer son insertion dans la société française. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes raisons, Mme C A n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet des Hautes-Pyrénées aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En troisième lieu, si la requérante se prévaut de la circulaire du 30 octobre 2004 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour pour affirmer que, dans l'hypothèse d'un pacte civil de solidarité conclu avec un ressortissant français, les preuves de vie commune ne doivent porter que sur un an seulement, cette circulaire se borne à énoncer des orientations générales et est dépourvue de caractère réglementaire.
9. En quatrième lieu, si l'arrêté attaqué précise à tort que les parents de la requérante vivent au Mexique, alors que sa mère réside en France, cette erreur de plume est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C A n'établit pas remplir effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si elle fait valoir qu'elle est mariée avec son partenaire de PACS depuis le 14 octobre 2023, une telle circonstance est sans influence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle lui est postérieure. Dans ces conditions, le préfet des Hautes-Pyrénées n'était pas tenu de saisir préalablement pour avis la commission du titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, en particulier les articles L. 423- 23 et L. 721-4, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de la requérante, en particulier son entrée régulière sur le territoire français en 2020, le PACS conclu avec un ressortissant français, et l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
13. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation particulière de Mme C A doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point 3.
14. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'erreur de fait doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9.
15. En dernier lieu, eu égard aux éléments énoncés au point 7, en prenant la décision en litige, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C A à mener une vie privée et familiale, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C A demande de verser à son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B C A et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. ROUSSEAU
La présidente,
Signé
F. MADELAIGUELa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
No 2201900
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026