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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201936

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201936

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 août 2022, le 13 septembre 2022 et le 21 septembre 2022, M. E C B, représenté par Me Bazin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- le principe du contradictoire protégé par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 234-1 et l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête, qui ne comporte pas l'énoncé de moyens et de conclusions, est irrecevable en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par M. C B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application des articles L. 614-9 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bazin, représentant M. C B, qui reprend les conclusions et moyens développés dans les écritures.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, de nationalité portugaise, est entré en France en 1997, selon selon ses déclarations. Par arrêté du 29 août 2022, la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. C B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 2 mars 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Landes, le préfet de ce département a donné délégation à M. Daniel Fermon, secrétaire général de la préfecture, et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas cette dernière.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision attaquée se fonde sur ce que l'intéressé, condamné en 2019 et 2022 notamment pour des faits de menace de mort réitérée et violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été son conjoint, concubin ou partenaire, présente un comportement constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave contre un intérêt fondamental de la société. Elle fait également état de ce que le requérant, qui ne justifie d'aucun droit au séjour sur le territoire français, a été licencié de la société qui l'employait avant son incarcération et de ce que l'absence de communauté de vie avec son épouse, qui a engagé une procédure de divorce, est établie. Par suite, et bien qu'elle ne mentionne pas le fait que l'intéressé est père de trois enfants, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () 2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu' à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. / 3. Tout accusé a droit notamment à () c. se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent () ".

6. Tout d'abord, eu égard au délai dont il a disposé depuis l'introduction de la requête, le requérant n'est pas fondé à soutenir n'avoir pas été en mesure de justifier de sa situation. Par ailleurs, les observations en défense de la préfète des Landes ont été communiquées au conseil de M. C B, qui a été en mesure d'y répondre par un mémoire et en formulant ses observations orales au cours de l'audience. Enfin, si M. C B n'a pas été extrait de sa cellule pour assister à l'audience, il n'établit ni même n'allègue avoir été privé, de ce fait, de faire valoir d'autres éléments susceptibles d'avoir une incidence sur l'issue du litige. En tout état de cause, la méconnaissance des garanties du procès équitable prévues par les stipulations de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, applicables à la procédure contentieuse, ne peut être utilement invoquée contre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et de la violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. C B.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; (). ".

9. Si M. C B soutient être entré en France en 1997 et y avoir séjourné depuis lors, il n'apporte au soutien de ses allégations aucun élément de nature à établir la durée et la continuité de son séjour sur le territoire français. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 234-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. D'après les termes de la décision attaquée, la préfète des Landes a obligé M. C B à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. C B a été condamné le 9 août 2019 à une peine de quatre mois d'emprisonnement dont trois avec sursis pour des faits de menace de mort réitérée et de violence sans incapacité en présence d'une mineur à l'encontre de sa conjointe, et de nouveau condamné le 6 mai 2022 à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont six avec sursis, pour les mêmes faits, ainsi que pour des faits de détention sans déclaration d'arme de catégorie C. En outre, d'après le rapport de gendarmerie du 12 août 2022, la communauté de vie avec son épouse a cessé, celle-ci ayant notamment indiqué ne pas souhaiter communiquer son adresse de peur d'être retrouvée par le requérant, et avoir engagé une procédure de divorce. Si M. C B fait valoir qu'il est père de trois enfants français, dont deux mineurs âgés de 14 et 16 ans, il ne justifie pas des liens qu'il entretient avec ces derniers. Il n'établit pas davantage la continuité de son séjour sur le territoire français depuis la date d'entrée qu'il allègue, en 1997. Dans ces conditions, compte tenu de la réalité et de la gravité de la menace à l'ordre public que constitue le comportement de l'intéressé, la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté pour le même motif que celui énoncé au point 2.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Landes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. C B.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète des Landes, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C B doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E C B et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

V. D

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

Signé

M. A

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