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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201958

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201958

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL SOULIE MAUVEZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2022 et 14 mars 2023, Mme C B, représentée par Me Soulié, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer le titre de séjour sollicité à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette même autorité de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et dans l'attente, de lui délivrer un titre de séjour provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte sur le fondement de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante n'ayant pas été informée de son droit d'obtenir la copie d'éléments dans une langue qu'elle comprend ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 27 août 1995 à Lezhe en Albanie, de nationalité albanaise, est entrée en France le 27 février 2017 de manière régulière, accompagnée de son mari. Par une décision du 10 juillet 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 décembre 2017. Mme B a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi édicté à son encontre le 5 février 2018. Le préfet des Hautes-Pyrénées a pris un nouvel arrêté le 12 juillet 2021 portant refus de sa demande de titre de séjour en qualité d'accompagnant d'étranger malade, obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi. Mme B a déposé le 4 avril 2022 une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 23 juin 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Sybille Samoyault, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Pyrénées, et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente sur le fondement de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. ".

5. La méconnaissance de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu duquel l'étranger, auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français, est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II, c'est-à-dire des décisions d'obligation de quitter le territoire français proprement dites ainsi que des décisions relatives au délai de départ, à l'interdiction de retour sur le territoire français et au pays de destination, est sans incidence sur la légalité même de l'arrêté préfectoral attaqué dès lors que ces dispositions ont seulement trait à des modalités d'information utiles à l'exercice du droit de recours. En tout état de cause, Mme B ne soutient, ni même n'allègue, qu'elle ne maîtriserait pas la langue française. Ainsi, à supposer même qu'elle n'ait pas reçu l'information prévue par l'article L. 613- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à la possibilité de communication des principaux éléments dans une langue que l'étranger comprend, cette circonstance n'a privé effectivement Mme B d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Pour l'application des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Mme B soutient qu'elle réside en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, qu'elle travaille en tant que bénévole auprès de la Croix-Rouge et du Secours Populaire, qu'elle justifie de liens personnels et familiaux en France dès lors que sa belle-famille y réside, que ses deux enfants y sont nés respectivement en 2019 et 2023 et y ont toujours vécu, que l'aînée de ses deux filles y est scolarisée depuis février 2022 et enfin que son seul lien avec son pays d'origine est sa mère qui y habite. Cependant, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est maintenue sur le territoire national en dépit de deux précédents arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pris à son encontre et non exécutés et que son mari, M. D B, de nationalité albanaise, est également en situation irrégulière sur le sol français. Compte tenu de l'âge de ses enfants, elle n'établit pas que ses filles ne pourraient pas poursuivre, pour la première, et entamer, pour la seconde, leur scolarité en Albanie ou dans tout pays dans lequel elle serait légalement admissible. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie, pays dont son mari est également originaire. En outre, elle n'établit pas avoir noué en France des liens caractérisés par leur intensité, leur stabilité et leur ancienneté, ne justifiant pas notamment de la résidence alléguée sur le territoire national de sa belle-famille. Elle n'établit pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt et un ans et où il n'est pas contesté que résident sa mère et ses deux frères. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, cet arrêté n'a pas été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

10. Si Mme B soutient qu'enceinte de son second enfant, toute mesure d'éloignement aurait pour conséquences graves pour sa santé d'interrompre la prise en charge médicale liée à sa situation, elle se borne à affirmer, sans l'établir, que le système de soins albanais est moins efficient que celui proposé en France et n'est pas en capacité d'assurer le suivi médical d'une grossesse dont il n'est même pas établi, ni même allégué qu'elle serait de nature pathologique. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a donné naissance à sa seconde fille le 20 février 2023, postérieurement à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C B et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Selles, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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