mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SCP MORANT-DUBOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 2 septembre et 5 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Morant-Castelnaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Gers a rejeté son recours dirigé contre la décision du 4 avril 2022 lui notifiant des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 10 785,18 euros, de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,90 euros et d'allocation de logement sociale d'un montant de 138 euros.
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Gers de lui restituer les sommes retenues sur ses prestations ;
3°) de lui accorder une remise gracieuse de dette ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gers les dépens de l'instance.
Il soutient que les sommes perçues qui ont été prises en compte par la caisse d'allocations familiales ne correspondent pas à une pension alimentaire mais à des prêts familiaux et à la vente de biens de collection notamment une moto.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il soutient que :
- la CAF est seule à même, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active du 26 janvier 2022, de répondre aux griefs formulés par le requérant concernant le RSA ;
- le requérant n'a pas sollicité la remise gracieuse de son indu de RSA préalablement à son recours contentieux ;
- la bonne foi du requérant ne peut être retenue dès lors qu'il a reçu toutes les informations nécessaires dans le formulaire qu'il a rempli et que l'omission porte à la fois sur diverses pensions alimentaires et sur la vente d'un bien ;
- sa situation de précarité n'est pas démontrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la décision contestée concerne pour partie un indu de revenu de solidarité active socle de 10 785,18 euros qui relève de la compétence du conseil départemental ;
- le requérant ne justifie pas de l'existence de prêts de sorte que c'est à bon droit qu'elle a regardé les sommes perçues comme des pensions alimentaires prises en considération dans le calcul de ses droits au revenu de solidarité active ; n'ayant plus de droit au RSA sur la période d'avril 2019 à janvier 2022 à la suite de la rectification de ses ressources, la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 à 2021 n'était plus due ; cette régulation a entrainé une diminution du droit à l'allocation de logement sociale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme C a été entendu, puis les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2013 et allocataire de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Gers depuis août 2018. A la suite d'un contrôle des services de la CAF du Gers, des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 10 785,18 euros, de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,90 euros et d'allocation de logement sociale d'un montant de 138 euros qui lui ont été notifiés le 4 avril 2022. M. B a contesté cette dette le 25 avril suivant et a saisi la commission de recours amiable de la CAF le 2 mai 2022. Par une décision du 5 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales du Gers a rejeté son recours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision et le bénéfice d'une remise gracieuse.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () / 2° les allocations de logement : () / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes des dispositions de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ". L'article R. 822-3 de ce code précise que : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : / () 3° Pour les autres revenus imposables, sous réserve pour les travailleurs indépendants des dispositions de l'article R. 822-5, sur une période de référence correspondant à l'avant-dernière année précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". L'article L. 262-3 de ce code dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, () /4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière. () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par les biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
5. Enfin, aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019 () ". Des dispositions similaires ont été édictées par le décret du 29 décembre 2020 pour l'aide exceptionnelle de fin d'année servie au titre de l'année 2020 et par le décret du 15 décembre 2021 pour l'aide exceptionnelle de fin d'année servie au titre de l'année 2021. Aux termes de ces dispositions, un versement indu de l'aide exceptionnelle attribuée à un allocataire du revenu de solidarité active au titre de cette allocation doit être regardé comme relevant des " sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active " au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles.
6. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires précitées que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière.
7. Pour confirmer les indus mis à la charge de M. B par la décision du 4 avril 2022, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales s'est fondée sur l'existence de nombreux versements en espèces depuis janvier 2019 sur les comptes bancaires de M. B, non déclarés dans les déclarations trimestrielles de ressources pour les années 2019, 2020 et 2021. Il résulte du rapport d'enquête de la CAF que les sommes non déclarées versées régulièrement, s'élèvent à 4 230 euros pour 2019, 3 750 euros pour 2020 et 7 595 euros pour 2021. Si le requérant soutient que ces sommes correspondent à des prêts familiaux remboursables, afin de subvenir à ses besoins pendant la période de crise sanitaire, toutefois, il ne fournit aucun contrat de prêt ou reconnaissance de dette en vue de justifier ses allégations, et se borne à produire des attestations établies par sa mère et son frère qui ne mentionnent que des aides et non des prêts, et celle d'un proche qui évoque des prêts dont les montants ne correspondent pas aux sommes relevées par la CAF, qui ne permettent pas de justifier ses allégations. Ainsi, et dès lors qu'il résulte des dispositions précitées que les aides apportées par des amis ou des parents ne sauraient être assimilées à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales a réintégré ces sommes dans le calcul des ressources pour la détermination du montant des allocations en litige. Enfin, si M. B fait valoir que ces sommes correspondent également, en partie, à la vente de sa moto, le certificat de cession en date du 7 février 2021, sans faire mention du prix, ne permet pas de l'établir.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gers a confirmé la récupération des indus de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'allocation de logement sociale qui en découlent.
Sur les conclusions à fin de remise de dette :
9. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".
10. En l'espèce, M. B n'apporte aucun élément relatif à ses charges ni à ses ressources de nature à établir qu'il se trouverait, à la date de la présente décision, dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait rembourser les indus litigieux. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de cette demande ni sur la condition tenant à la bonne foi de l'allocataire, la demande de remise gracieuse doit être rejetée, le requérant pouvant, par ailleurs, s'il s'y croit fondé, solliciter un échelonnement pour le remboursement de ses dettes.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester le rejet de son recours qui lui a été opposé le 5 juillet 2022 par le directeur de la caisse d'allocations familiales du Gers. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les dépens :
12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que le tribunal statue sur leur répartition ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie pour information en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Gers et au département du Gers.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 07 mai 2024.
La magistrate désignée,
F. CLa greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
No 2201988
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026