mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, M. B C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé le rejet de sa demande de délivrance d'une carte mobilité inclusion mention stationnement ;
2°) d'enjoindre à la maison départementale des personnes handicapées des Pyrénées-Atlantiques de procéder au réexamen de sa demande.
Il soutient que, à raison des chondropathies de stade 3 au genou gauche et de stade 4 au genou droit dont il souffre, la station debout, comme la marche sont douloureuses.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 23 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a sollicité le 16 juillet 2021 auprès de la maison départementale des personnes handicapées des Pyrénées-Atlantiques l'attribution d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement ". Le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé le rejet de sa demande opposé le 17 février 2022 par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, par une décision du 29 août 2022. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur.".
3. D'autre part, l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
5. Il résulte des dispositions énoncées aux points 2 et 3 que l'obtention de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " d'établir, par tous moyens et notamment par la production au tribunal de justificatifs médicaux, même s'ils avaient déjà été produits au cours de l'instruction de la demande par l'administration, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.
6. Pour confirmer le rejet de la demande de M. C tendant à l'attribution d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement ", le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a considéré que le handicap dont il souffre n'entraine pas systématiquement une réduction importante et durable de sa capacité et de son autonomie de déplacement à pied et n'impose pas d'être accompagné par une tierce personne ou bien de recourir à certaines aides techniques. Pour contester ce motif, le requérant rappelle qu'il est atteint de chondropathies invalidantes des deux genoux de stade III et IV et se prévaut, d'une part, de sa profession de dirigeant d'une société de sécurité ferroviaire qui lui impose des visites de terrains et notamment des déplacements à pied sur des revêtements très instables constitués de ballast dont les incidences douloureuses pour ces genoux seraient minimisées s'il pouvait accéder aux emplacements de stationnement réservés placés plus près des équipements ferroviaires, et d'autre part, de son jeune âge qui empêche d'envisager à court terme à la pose de prothèses. M. C verse à l'instance deux certificats médicaux établis les 15 avril 2022 et 10 mai 2022, soit postérieurement au refus initial, mais avant que le président du conseil départemental ne se prononce sur son recours administratif préalable obligatoire. Ces certificats notamment établis par un médecin spécialiste en médecine du sport et par le médecin du travail, attestent du caractère particulièrement invalidant des gonathroses sévères dont est atteint M. C aux deux genoux, lesquelles entrainent de vives douleurs à la marche. En l'espèce, et quand bien même ces certificats ne précisent pas que le périmètre de marche de M. A ardin serait limité à 200 mètres ou qu'il ne serait plus en mesure de se déplacer sans une aide matérielle ou humaine, il résulte de l'instruction que la pathologie dont souffre l'intéressé, alors que son activité professionnelle nécessite des déplacements et que son âge ne lui permet pas de bénéficier de prothèses, caractérise une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à lui ouvrir droit au bénéfice de la carte de mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " dans l'attente d'une réduction des effets de sa pathologie par la pose de prothèses.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 29 août 2022. En exécution du présent jugement, il y a lieu de prescrire au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de délivrer à M. C une carte mobilité inclusion mention " stationnement " dans un délai d'un mois à compter de sa notification.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 août 2022 du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques rejetant la demande de M. C tendant à l'attribution d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de délivrer à M. C une carte mobilité inclusion mention " stationnement " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au département des Pyrénées-Atlantiques et à la maison départementale des personnes handicapées des Pyrénées-Atlantiques.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
S. YNIESTALa République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026