mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LARREA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. C D, représenté par Me Larrea, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande de retrait des arrêtés préfectoraux en date du 17 mars 2022 portant d'une part, obligation de quitter le territoire français et d'autre part, assignation à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'état de santé de ses enfants qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences graves et dont ils ne peuvent bénéficier dans leur pays.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il doit être regardé comme opposant une fin de non-recevoir tirée de ce que le requérant n'a pas contesté dans le délai de 48 heures imparti la mesure d'éloignement et l'assignation à résidence édictées à son encontre si bien que ces mesures, qui sont devenues définitives, sont revêtues de l'autorité de la chose décidée et sont par suite, exécutoires de plein droit.
Il fait valoir que :
- la décision implicite de rejet n'est pas illégale du seul fait qu'elle revêt un caractère implicite ; le requérant n'a pas sollicité la communication des motifs de cette décision en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le requérant n'est pas fondé à se prévaloir du bénéfice des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison d'une part, de son maintien irrégulier sur le territoire français et d'autre part, de l'absence de demande de titre de séjour déposée par ses soins.
Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant albanais né le 30 décembre 1975 à Korçe (Albanie), est entré en France avec sa femme et leurs trois enfants en 2018 selon ses déclarations. Il a introduit le 27 avril 2018 une demande d'asile, rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 juillet 2018, notifiée le 29 septembre 2018, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 8 janvier 2019, notifiée le 23 janvier 2019. M. D a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 22 février 2019 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Il s'est vu notifier le 28 janvier 2022 un nouvel arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques portant obligation de quitter le territoire français, cette fois-ci sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Un arrêté préfectoral portant assignation à résidence lui a été notifié le même jour. M. D a formé un recours gracieux contre ces deux décisions le 15 mars 2022, réceptionné le 17 mars suivant afin d'en solliciter le retrait. En l'absence de réponse de l'administration à ce recours, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Pyrénées-Atlantiques sur sa demande.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. L'administration n'est, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative précité, tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions que les délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais de recours administratifs préalables obligatoires. Si elle peut y ajouter la mention des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs, c'est à la condition toutefois qu'il n'en résulte pas des ambiguïtés de nature à induire en erreur les intéressés dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours contentieux effectif.
4. En présentant le recours administratif comme la première possibilité de recours et en se bornant à mentionner qu'il n'a pas d'effet suspensif sur l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sans préciser qu'il ne suspend ni ne prolonge le délai du recours contentieux, contrairement aux règles générales habituelles en matière de combinaison des recours administratifs et des recours contentieux, la lettre de notification de l'obligation de quitter le territoire français comporte une ambiguïté de nature à induire les destinataires en erreur sur les effets du recours gracieux sur le cours du délai de recours contentieux, et à faire ainsi obstacle à l'exercice de leur droit à un recours contentieux effectif. La notification n'est par suite pas opposable.
5. Il ressort des termes de la requête que M. D ne demande pas l'annulation des arrêtés du 28 janvier 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français d'une part, et l'assignant à résidence d'autre part mais le retrait de ces arrêtés et par voie de conséquence, l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux née du silence gardé par l'administration. En tout état de cause, il ressort des termes des deux arrêtés attaqués que les paragraphes de mention des voies et délais de recours indiquent que la légalité de ces deux décisions d'éloignement et d'assignation à résidence peut être contestée, dans un délai de deux mois à compter de leur date de notification, par la voie d'un recours gracieux auprès du préfet des Pyrénées-Atlantiques et dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification devant le tribunal administratif, sans préciser les effets d'un éventuel recours gracieux sur le délai de recours contentieux. Il s'ensuit dès lors que, dans ces conditions, les délais de recours contentieux ne sont pas opposables au requérant. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 de ce même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France de manière irrégulière, qu'il a fait l'objet d'un arrêté en date du 22 février 2019 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, dont il ne conteste pas la réception, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire et qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour en vue de régulariser sa situation. S'il produit des pièces justifiant de la prise en charge de ses filles E et A D au sein de l'institut médico-éducatif (IME) Plan Cousut à Biarritz ainsi que le suivi très régulier dont son fils B D bénéficie au centre hospitalier de la Côte Basque depuis juillet 2018 en raison de la maladie neurologique sévère dont il est atteint, il est néanmoins constant que le requérant n'a pas sollicité de titre de séjour depuis la notification du rejet de sa demande d'asile, notamment au titre de parent d'un étranger malade conformément aux dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est également constant que son épouse, en France en situation irrégulière également depuis la notification du rejet de sa demande d'asile et ayant également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, n'a pas non plus engagé de démarches pour régulariser sa situation. En outre, le requérant ne démontre pas que les soins requis par l'état de santé de ses enfants, et notamment de son fils B, ne pourraient pas lui être prodigués en Albanie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent également qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que le requérant présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Larrea et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Selles, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. CORTHIER
La présidente,
Signé
M. SELLES La greffière,
Signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026