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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202143

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202143

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 23 septembre et 12 décembre 2022, M. B A, représentée par Me Cohen, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 5 août 2021, 29 septembre 2021, 16 octobre 2020, 2 octobre 2020, 24 juillet 2020, 7 juillet 2020 et 1er juin 2018

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à la suite des infractions commises les 5 août 2021, 29 septembre 2021, 16 octobre 2020, 2 octobre 2020, 24 juillet 2020, 7 juillet 2020 et 1er juin 2018 ainsi que son titre de conduite ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- ses conclusions dirigées à l'encontre des décisions portant retrait de points en raison des infractions commises les 29 septembre 2021, 11 octobre 2021, 16 octobre 2020, 2 octobre 2020, 23 novembre 2018 et 1er juin 2018 sont recevables ;

- il devait bénéficier de l'ajout des quatre points acquis à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 9 et 10 février 2022, soit avant la notification de la décision 48 SI ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie dès lors qu'il n'a jamais payé les amendes relatives à ces infractions, que les titres exécutoires ne lui ont jamais été notifiés ; en outre, il a formé une réclamation contentieuse s'agissant de l'infraction en date du 5 août 2021 ; il a formé une opposition à l'encontre de l'ordonnance pénale relative à l'infraction en date du 7 juillet 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal au non-lieu à statuer partiel et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les points retirés à la suite des infractions commises les 29 septembre 2021 et 24 juillet 2020 ont été restitués à M. A en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route ; le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire du requérant ne fait plus mention des infractions commises les 5 août 2021 et 7 juillet 2020 ; la décision 48 SI n'apparait plus sur le relevé d'information intégral ; par conséquent, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision 48 SI et les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 7 février 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 5 juillet 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées à son encontre les 5 août 2021, 29 septembre 2021, 16 octobre 2020, 2 octobre 2020, 24 juillet 2020, 7 juillet 2020, 1er juin 2018 et le 5 août 2021 et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, comme l'oppose en défense le ministre de l'intérieur, il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que les points retirés consécutivement aux infractions commises le 16 octobre 2020 à 17h02 et le 29 septembre 2021 ont été restitués en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route.

3. D'autre part, il résulte du même relevé d'information intégral que l'infraction commise le 24 juillet 2020 n'a pas donné lieu à un retrait de point et que les infractions commises les 7 juillet 2020 et 5 août 2021 n'apparaissent pas. Il s'ensuit qu'il n'existe aucune décision de retrait de points afférentes à ces deux infractions.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 7 juillet 2020, 24 juillet 2020, 16 octobre 2020 à 17h02, 5 août 2021 et 29 septembre 2021, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

5. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. Il résulte de l'instruction que les infractions relevées à l'encontre de M. A les 1er juin 2018, 2 octobre 2020 et 16 octobre 2020 à 16 h 56 ont été constatées avec interception du véhicule ou bien au moyen d'un radar automatique et ont toutes donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Toutefois, si le ministre de l'intérieur produit les accusés de réception des courriers recommandés par lesquels il aurait notifié les amendes forfaitaires majorées, il ne démontre pas, en se bornant à produire un spécimen de l'avis de contravention envoyé à l'auteur d'une infraction constatée au moyen d'un radar automatique, que le requérant aurait été régulièrement informé de ses droits ni qu'il se serait acquitté des amendes forfaitaires majorées relatives à ces infractions. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme ayant satisfait à l'obligation qui lui incombe aux termes des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à obtenir l'annulation des décisions retrait de points consécutives aux infractions commises le 1er juin 2018 (un point), le 2 octobre 2020 (un point) et le 16 octobre 2020 à 16h56 (un point).

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique nécessairement, la restitution au capital de points affectés au permis de conduire de M. A des trois points retirés à la suite des infractions commises le 1er juin 2018, le 2 octobre 2020 et le 16 octobre 2020 à 16h56. Par suite, il y a lieu de prescrire au ministre de l'intérieur qu'il rétablisse ces trois points dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de M.A pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, la somme que M. A demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais qu'il a exposés pour la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 1er juin 2018, 2 octobre 2020 et 16 octobre 2020 à 16h56 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de rétablir les trois points retirés à la suite des infractions commises le 1er juin 2018, le 2 octobre 2020 et le 16 octobre 2020 à 16h56 et de réexaminer, dans le même délai, la situation de M. A pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La présidente,

signé

V. QUEMENERLa greffière,

signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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