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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202178

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202178

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSP AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2022 et 20 avril 2023, M. B A, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- le préfet qui n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et s'est estimé lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur son état de santé a entaché sa décision d'incompétence négative ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale, par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle entraîne des conséquences manifestement disproportionnées au regard de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, né le 13 janvier 1972 à Tirana en Albanie, est entré régulièrement en France le 10 décembre 2017 selon ses déclarations, muni d'un passeport valable du 5 décembre 2014 au 4 décembre 2024. Il a déposé une demande d'asile, rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 31 mai 2018, confirmée par une décision du 14 novembre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. M. A a fait l'objet d'un arrêté du 1er février 2021 portant obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi. M. A a sollicité auprès de la préfecture des Hautes-Pyrénées, par courrier du 10 octobre 2021 enregistré par la préfecture le 7 janvier 2022, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code et enfin, à titre infiniment subsidiaire, un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du même code. Par arrêté du 25 mai 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité caractérisée par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste établie au plan national par l'autorité administrative, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. M. A soutient, sans être contredit, avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et produit, pour le démontrer, un courrier du 18 octobre 2021 de son conseil, faisant état de sa demande d'admission au séjour sur le fondement de cet article à titre subsidiaire. Sa demande de titre de séjour enregistrée par la préfecture le 7 janvier 2022 liste les fondements juridiques de sa demande de titre de séjour en citant ce même article notamment. Or, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci ne vise pas l'article L. 435-1 de ce même code, ni n'en cite les dispositions, ni se prononce sur les considérations humanitaires ou les motifs exceptionnels dont pourrait justifier M. A, ni ne prend en considération, à défaut, la promesse d'embauche de M. A du 10 octobre 2021 transmise par courrier du 18 octobre 2021, antérieur à la date de l'arrêté attaqué et dont la bonne réception n'est pas contestée. Il s'en suit que le préfet des Hautes-Pyrénées doit être regardé comme n'ayant pas procédé à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés tant du défaut de motivation que de l'erreur de droit tiré du défaut d'examen de la situation de M. A doivent être accueillis.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 25 mai 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à M. A mais seulement le réexamen de sa demande. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente un récépissé.

Sur les frais de l'instance :

8. M. A a bénéficié de l'aide juridique totale. Il y a donc lieu de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à la présente instance, une somme de 1 000 euros à verser à Me Pather, son conseil, à condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 mai 2022 du préfet des Hautes-Pyrénées est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer la demande présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer un récépissé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pather une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLESLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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