mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202180 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SELARL NOURY-LABEDE LABEYRIE SAVARY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2202180 le 30 septembre 2022 et des mémoires enregistrés le 2 novembre 2023 et le 23 février 2024, M. B A, représenté par Me Noël, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le maire de Soustons l'a admis à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er septembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au maire de Soustons de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 1000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Soustons une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait, en méconnaissance des articles
L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'incompétence négative dès lors que le maire s'est estimé lié par l'avis de la commission de réforme du 17 décembre 2021 sans procéder à sa propre appréciation ;
- il méconnaît le principe de non-rétroactivité de mise à la retraite pour invalidité ;
- il méconnaît les articles 81, 82, 83, 84 et 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et les articles 1er et 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dès lors que la commune, d'une part, ne lui a proposé aucune période préparatoire au reclassement, d'autre part, n'a pas débuté la recherche pour le reclasser dans un délai raisonnable et, enfin, n'a procédé à aucune démarche sérieuse et concrète de reclassement.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mai 2023 et le 24 janvier 2024, la commune de Soustons, représentée par Me Savary, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2202181 le 30 septembre 2022 et des mémoires enregistrés le 2 novembre 2023 et le 23 février 2024, M. B A, représenté par Me Noël, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Soustons à lui verser la somme totale de 78 377,11 euros en réparation des préjudices subis du fait de ne pas avoir été reclassé et de n'avoir été placé dans aucune position statutaire du 17 décembre 2021 au 7 septembre 2022, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Soustons une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune de Soustons a commis une faute en méconnaissant les articles 81, 82, 83, 84 et 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et les articles 1er et 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dès lors qu'elle ne lui a proposé aucune période préparatoire au reclassement, n'a pas débuté la recherche pour le reclasser dans un délai raisonnable, et n'a procédé à aucune démarche sérieuse et concrète de reclassement ;
- elle a commis une autre faute en ne prenant aucune décision aux fins de le placer dans une position statutaire à la suite de l'avis favorable à son admission à la retraite émis par la commission de réforme du 17 décembre 2021 et de l'arrêté portant admission à la retraite du
7 septembre 2022.
En ce qui concerne les préjudices :
- il a subi un préjudice financier du fait de l'absence fautive de reclassement qui a conduit à sa mise à la retraite ;
- il a subi un préjudice moral et un trouble dans ses conditions d'existence en raison de la tension nerveuse engendrée par ses difficultés financières et par l'absence de placement dans une position administrative entre le 17 décembre 2021 et le 7 septembre 2022.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mai 2023 et le 25 janvier 2024, la commune de Soustons, représentée par Me Savary, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le décret n° 2019-172 du 5 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Latour, représentant M. A, et de Me Savary, représentant la commune de Soustons.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2202180 et n°2202181 présentées par M. A sont relatives à la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. M. A, adjoint technique principal de deuxième classe, exerçait les fonctions de jardinier au sein des services de la commune de Soustons. Atteint de lombo-sciatalgies chroniques depuis l'année 2015, il a subi une opération chirurgicale le 20 février 2017 mais des lombalgies invalidantes ont persisté. La commission départementale de réforme des agents des collectivités locales a émis le 17 décembre 2021 un avis favorable à sa mise à la retraite pour invalidité non imputable au service. Par un arrêté du 7 septembre 2022, le maire de Soustons a admis M. A à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er septembre 2022. M. A demande l'annulation de cet arrêté et la condamnation de la commune de Soustons à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ne pas avoir été reclassé et de n'avoir été placé dans aucune position administrative au cours de la période du 17 décembre 2021 au 7 septembre 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. Sauf dispositions contraires du présent code, celui-ci est applicable aux relations entre l'administration et ses agents. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision en litige, qui accorde à M. A le bénéfice d'une retraite pour invalidité, doit être regardée comme une mesure de mise à la retraite d'office. Un tel acte, qui met fin à la carrière d'un agent public avant son terme normal, doit être regardé comme abrogeant une décision créatrice de droits, et doit donc être motivé sur le fondement des dispositions précitées, y compris dans les relations entre l'administration et ses agents.
5. L'arrêté attaqué se borne à viser les avis du comité médical du 19 avril 2018 statuant sur l'inaptitude absolue et définitive de M. A à l'exercice de ses fonctions, de la commission départementale de réforme du 17 décembre 2021 favorable à l'admission de l'intéressé au bénéfice de la retraite pour invalidité non imputable au service et de la caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales. Si M. A n'allègue pas ne pas avoir eu préalablement connaissance de ces avis, la décision attaquée ne fournit aucune indication sur le motif qui justifiait la mise d'office à la retraite en raison de cette inaptitude. Par suite, la décision attaquée ne satisfait pas à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 26 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " La jouissance de la pension de retraite ou de la solde de réforme ne peut être antérieure à la date de la décision de radiation des cadres du titulaire sauf dans les cas exceptionnels déterminés par règlement d'administration publique. ". Aux termes de l'article de l'article R. 36 du même code : " La mise en paiement de la pension de retraite ou de la solde de réforme peut être antérieure à la date de la décision de radiation des cadres lorsque cette décision doit nécessairement avoir un effet rétroactif en vue soit d'appliquer des dispositions statutaires obligeant à placer l'intéressé dans une position administrative régulière, soit de tenir compte de la survenance de la limite d'âge, soit de redresser une illégalité. ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " () La disponibilité est prononcée () soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration. : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. / La durée de la disponibilité prononcée en vertu du premier alinéa du présent article ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions dans les conditions prévues à l'article 26, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. / Toutefois, si, à l'expiration de la troisième année de disponibilité, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du conseil médical qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions ou faire l'objet d'un reclassement avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement. ".
8. Les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. Par suite, en l'absence de disposition législative l'y autorisant, l'administration ne peut, même lorsqu'elle est saisie d'une demande de l'intéressé en ce sens, déroger à cette règle générale et conférer un effet rétroactif à une décision d'admission à la retraite, à moins qu'il ne soit nécessaire de prendre une mesure rétroactive pour tirer les conséquences de la survenance de la limite d'âge, pour placer l'agent dans une situation régulière ou pour remédier à une illégalité.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'avait pas atteint la limite d'âge pour être mis à la retraite à la date du 1er septembre 2022. En outre, la commune n'allègue ni n'établit avoir été tenue de donner un effet rétroactif à la décision attaquée afin de placer M. A dans une situation régulière ou de remédier à une illégalité. Cette décision ne pouvait dès lors légalement entrer en vigueur qu'à partir de sa notification à l'intéressé. Il suit de là qu'en admettant le requérant à la retraite à compter du 1er septembre 2022, l'arrêté attaqué, pris le 7 septembre 2022 et notifié au plus tôt le même jour, avait nécessairement un effet rétroactif. Par suite, cette décision est entachée d'erreur de droit.
10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2202180 de M. A, l'arrêté du maire de Soustons du 7 septembre 2022 doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
12. Eu égard aux motifs d'annulation de l'arrêté du maire de Soustons du 7 septembre 2022, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de la requête n° 2202180 de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'indemnité :
En ce qui concerne le reclassement :
13. En premier lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par
l'intéressé ". L'article 9 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a inséré, un article 85-1 dans la loi du 26 janvier 1984 ainsi rédigé : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement avec traitement d'une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif. ". Aux termes de l'article 86 de la même loi : " Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d'application de la présente section. ". L'application des dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était tributaire de l'intervention de dispositions réglementaires fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à la mise en œuvre de ce nouveau dispositif, lesquelles ne sont ainsi entrées en vigueur qu'à la date d'entrée en vigueur, soit le
8 mars 2019, du décret du 5 mars 2019 instituant une période de préparation au reclassement au profit des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions. Aux termes de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction résultant du décret du 5 mars 2019 : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève. () / La période de préparation au reclassement débute à compter de la réception de l'avis du comité médical si l'agent est en fonction ou à compter de sa reprise de fonction si l'agent est en congé de maladie lors de la réception de l'avis du comité médical. / La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. () " Il résulte de ces dispositions que le droit à la préparation au reclassement prend effet à compter de la date de réception de l'avis du comité médical par l'intéressé.
14. D'une part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'avis du comité médical départemental du 19 avril 2018 concluant à l'inaptitude absolue et définitive de M. A à l'exercice de ses seules fonctions, le maire de Soustons, comme il y était tenu, a invité ce dernier, par un courrier du 28 mai 2018, à solliciter une demande de reclassement, ce qu'il a fait par un courrier du 25 juin 2018. Cette même autorité a alors procédé à la recherche des possibilités de reclassement et a constaté, par une attestation du 28 octobre 2021, de l'impossibilité de reclasser l'intéressé. Il s'ensuit que la situation de M. A était juridiquement constituée à la date de l'avis du comité médical du 19 avril 2018, soit antérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 5 mars 2019 instituant le droit à la préparation au reclassement. M. A ne pouvait ainsi prétendre au bénéfice de ces dernières dispositions. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de Soustons n'a pas proposé à M. A le bénéfice d'une période de préparation au reclassement est inopérant.
15. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A a demandé son reclassement le 25 juin 2018. Il résulte de l'instruction qu'aucun emploi du grade du requérant n'était disponible en 2018 au sein des services de la commune de Soustons, que la collectivité a saisi le médecin de prévention dès le 3 juillet 2018 pour disposer d'un avis sur le type de poste susceptible de pouvoir être proposé à M. A, puis a attendu les conclusions du bilan de compétences effectué par l'intéressé du 4 décembre 2018 au 13 février 2019 pour solliciter à nouveau le 13 mars 2019, ce médecin au regard de ces conclusions. Le médecin de prévention ayant rendu son avis le 24 avril 2019, la commune a alors procédé le 13 mai 2019 auprès de six communes voisines à une première recherche de reclassement orientée vers un poste de responsable d'espaces verts ou de gestionnaire de l'entretien des pelouses sportives naturelles, en adéquation avec le bilan réalisé par M. A et les restrictions imposées par le médecin, cette recherche s'étant soldée par un résultat négatif connu dans le courant du mois suivant. Par suite, contrairement à ce que soutient M. A, le délai qui s'est écoulé entre sa demande de reclassement et le début des recherches de reclassement ne peut ainsi être regardé, notamment en raison de la période ayant permis la réalisation d'un bilan de compétences afin de mieux cibler ses possibilités de reclassement, comme n'étant pas raisonnable.
16. En dernier lieu, l'employeur doit être regardé comme ayant satisfait à son obligation de reclassement s'il établit être dans l'impossibilité de trouver un nouvel emploi approprié aux capacités de son agent malgré une recherche effective et sérieuse. Pour apprécier les possibilités de reclassement sur un poste vacant pouvant être proposé au fonctionnaire, le juge administratif doit se placer à la date de la décision qui tire les conséquences de l'impossibilité de reclassement, soit en l'espèce au 7 septembre 2022, date de l'arrêté de mise à la retraite.
17. Il résulte d'abord de l'instruction, notamment des tableaux des effectifs produits par la commune de Soustons, qu'aucun poste correspondant au grade de M. A n'était vacant au sein de la collectivité au titre des années 2018 et 2019. Il résulte ensuite du tableau des effectifs de l'année 2020 et d'un courrier électronique du service des ressources humaines de cette commune du 18 juin 2020 adressé au requérant, qu'un poste d'adjoint technique principal de 2ème classe et un poste d'adjoint administratif étaient vacants au titre de cette même année. Par ailleurs, il résulte des avis des médecins de prévention du 24 avril 2019 et du 12 juin 2020 que si le requérant pouvait occuper un poste de responsable d'espaces verts ou de gestionnaire de l'entretien des pelouses sportives naturelles, il ne pouvait en revanche occuper un poste le soumettant à des contraintes posturales, des manutentions, des ports de charges, des vibrations et des efforts violents répétés. Dans ces conditions, si les missions d'encadrement du service des espaces verts et d'élaboration d'un programme d'aménagement paysager et d'une politique de développement durable, recensées par la fiche de poste d'adjoint technique principal de 2ème classe pour lequel M. A a sollicité son reclassement par un courrier du 19 juin 2020, étaient compatibles avec l'état de santé du requérant, la troisième mission assignée à cet agent relevait de l'exécution des travaux du service, notamment des travaux de plantations, de mise en place de paillage et d'entretien incompatibles avec les restrictions médicales préconisées pour lesquelles le requérant ne peut sérieusement soutenir qu'elles auraient pu être adaptées sans difficulté. En outre, M. A ne soutient ni n'établit avoir présenté des demandes de détachement dans les corps distincts de celui auquel il appartient, correspondant au poste d'adjoint administratif vacant en 2020 ou aux postes proposés de chargé d'accueil en bibliothèque, d'assistant de direction et de chargé d'étude " environnement " au sein des services de la commune par des annonces publiées le 4 juillet 2022 et le 5 septembre 2022. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 15, la commune établit avoir procédé à des recherches de reclassement auprès d'autres collectivités territoriales dès le 13 mai 2019 pour un poste correspondant à un profil d'agent technique chargé des espaces verts, puis par courrier du 24 juin 2020 en ciblant des postes administratifs auprès des vingt-deux communes adhérentes de la communauté de communes de Maremne Adour Côte Sud. Par suite, la commune de Soustons n'a pas méconnu son obligation de reclassement.
En ce qui concerne la position administrative de M. A au cours de la période du
17 décembre 2021 au 7 septembre 2022 :
18. Si M. A se prévaut d'une faute de la commune de Soustons résultant de ce qu'il n'a été placé dans aucune position statutaire entre l'avis de la commission de réforme du
17 décembre 2021 et l'arrêté l'admettant à la retraite du 7 septembre 2022, il résulte de l'instruction que M. A, à l'expiration de ses droits à congés de maladie ordinaire non imputable au service le 9 janvier 2019, a été placé et maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 10 janvier 2019. Le dernier arrêté du maire de Soustons en date du 7 décembre 2020 a maintenu le requérant dans cette position statutaire à compter du 10 décembre 2020 sans limite de durée jusqu'à la date de sa mise à la retraite. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant,
celui-ci se trouvait toujours placé en disponibilité d'office au cours de la période du 17 décembre 2021, date de l'avis de la commission de réforme, au 7 septembre 2022, date de son admission à la retraite. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a été placé dans aucune position statutaire au cours de la période en cause.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Soustons n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnité de la requête n° 2202181 de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Soustons une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de Soustons.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Soustons du 7 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : La commune de Soustons versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions aux fins d'injonction de la requête n° 2202180 et aux fins d'indemnité de la requête n°2202181 de M. A sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Soustons présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Soustons.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
F. GENTY
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Nos 2202180, 2202181
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026