mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202220 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | APPAULE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, M. C D, représenté par Me Appaule, demande au juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er octobre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français en fixant comme pays de destination le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est réadmissible ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 € au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il justifie de circonstances nouvelles rendant recevable sa requête en référé-liberté dès lors qu'il encourt un risque réel de persécution en cas de renvoi vers le Nicaragua en raison de ses opinions politiques et de son opposition au gouvernement actuel en place dans ledit pays ;
- l'urgence résulte de ce qu'actuellement placé au centre de rétention, il existe un risque d'exécution de la mesure d'éloignement à tout moment ;
- le préfet de la Corrèze porte une atteinte grave et manifeste au droit constitutionnel d'asile en ce qu'il a introduit une demande d'asile en Espagne sur laquelle il n'a pas encore été statué ;
- il ne ressort d'aucun élément de la procédure administrative que le préfet de la Corrèze ait consulté le système Eurodac aux fins de vérifier si une demande d'asile avait été déposée dans un autre Etat membre de l'espace Shengen ;
- il a sollicité une protection internationale en Espagne ;
- l'autorité préfectorale ne peut le renvoyer dans son pays d'origine et doit mettre en œuvre la procédure de réadmission prévue par le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- son éloignement constitue l'exécution d'une mesure de police qui s'inscrit dans la continuité de son parcours pénal ;
- l'urgence de la situation n'est pas fondée ;
- le requérant n'a jamais effectué de demande d'asile depuis son entrée en France et celle effectuée le 6 octobre 2022 doit être considérée comme faisant échec à sa reconduite hors frontières françaises ;
- le maintien en rétention administrative ne le prive d'aucun droit ni de la garantie du respect des procédures ;
- l'éloignement de M. D constitue une mesure de police visant à sauvegarder l'ordre public ;
- la décision de le maintenir en rétention pendant l'examen de sa demande d'asile ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 10 octobre 2022, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant nicaraguayen, né le 4 janvier 1984, déclare être entré en France le 3 mars 2021. Il a été condamné à une peine d'emprisonnement d'une durée de trente mois au sein de la maison d'arrêt d'Uzerche et à titre de peine complémentaire. A sa sortie de prison, le 1er octobre 2022, un arrêté lui a été notifié par lequel le préfet de la Corrèze lui a ordonné de quitter le territoire français en fixant comme pays de renvoi son pays d'origine et un arrêté de placement en rétention. Par une décision en date du 3 octobre 2022, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne a ordonné la prolongation de sa rétention pour une durée de 28 jours. M. D a interjeté appel de cette ordonnance, confirmé par la cour d'appel de Pau. Dans la présente instance M. D demande la suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er octobre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français en fixant comme pays de destination le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est réadmissible.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". L'article L. 721-4 du même prévoit : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. ".
5. En premier lieu, le pays de destination est en principe l'Etat dont l'étranger a la nationalité lorsque le requérant n'établit pas la preuve qu'il risque des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Corrèze a décidé que M. D serait reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Le préfet doit être regardé comme n'ayant pas privé le requérant de sa possibilité de faire valoir ses objections quant au choix du pays de destination étant donné la possibilité qui lui est laissée d'être admis dans un autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Par ailleurs, si le requérant soulève dans ses écritures qu'il risque des persécutions en cas de renvoi vers son pays d'origine en raison de sa participation aux manifestations en 2018 contre la réforme gouvernementale sur les retraites et son opposition politique au président actuel au Nicaragua, il est constant que M. D ne produit pas de justifications suffisantes en ce que cette situation alléguée entrainerait une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et une impossibilité d'être renvoyé dans le pays dont il a la nationalité.
6. En second lieu, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 742-3 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 742-3. En revanche, en application des dispositions précitées de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013, lorsqu'il a été définitivement statué sur sa demande, l'étranger peut faire l'objet soit d'une procédure de réadmission vers l'Etat qui a statué sur sa demande, soit d'une obligation de quitter le territoire français.
7. D'une part, si M. D allègue avoir établi une demande de protection internationale en Espagne, la seule production d'une pièce, en langue espagnole, mentionnant la date du 18 août 2020, ne suffit pas à établir qu'une telle demande ait été approuvée par les autorités espagnoles ou puisse établir qu'une quelconque demande d'asile ait été effectuée au sein de ce territoire, par le requérant.
8. D'autre part, par une décision du 11 octobre 2022, notifiée le 14 octobre 2022, l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides a rejeté la demande d'asile de M. D en date du 6 octobre 2022 au motif que ce dernier ne satisfait pas aux conditions nécessaires pour bénéficier du statut de réfugié en France. Par suite, il résulte de ce qui précède qu'en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français à destination, notamment de son pays d'origine, le préfet de la Corrèze n'a pas méconnu les dispositions précitées. M. D n'est donc pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 1er octobre 2022.
Sur la demande de réexamen :
9. Il résulte de ce qu'il n'y a pas lieu pour le préfet de procéder au réexamen de la situation de M. D.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. D demande, sur le fondement combiné de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions qu'il présente à cette fin doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et au ministre de l'intérieur.
Copie pour information sera transmise au préfet de la Corrèze.
Fait à Pau le 19 octobre 2022,
La juge des référés,
signé
M. ALa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition,
La greffière,
Signé P. UGARTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026