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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202240

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202240

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux, M. A B demande au tribunal " d'examiner son recours contentieux visant à régulariser sa carrière " à la suite de la décision du 1er août 2022 par laquelle le maire de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à la reprise de l'ancienneté des services qu'il a accomplis antérieurement en qualité de militaire.

Il soutient que :

- la commune de Bordeaux affirme, à tort, que l'administration pénitentiaire a repris son ancienneté de service en qualité de militaire ;

- la décision attaquée méconnaît le décret du 12 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale dès lors qu'il a été militaire du 1er février 1993 au 1er juillet 2017, et que le corps de l'administration pénitentiaire dans lequel il a été titularisé à l'issue de sa radiation des contrôles et avant son recrutement dans la police municipale de Bordeaux n'a pas repris en compte son ancienneté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, la commune de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Vu l'ordonnance de renvoi du président du tribunal administratif de Bordeaux du

5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 juillet 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 2006-1391 du 17 novembre 2006 ;

- le décret n° 2016-596 du 12 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a servi au sein de l'armée de terre, d'abord en qualité d'appelé puis de militaire du rang sous contrats, du 1er février 1993 au 30 juin 2017. Le 1er juillet 2017, il a été radié des contrôles. Le 3 juillet 2017, il a été nommé élève dans le corps des surveillants pénitentiaires, puis titularisé dans ce même corps le 3 mars 2019. Par arrêté du 1er septembre 2019, la commune de Bordeaux l'a recruté en qualité de stagiaire dans les services de la police municipale à compter de cette même date, par la voie du détachement renouvelé par arrêté du 27 août 2020 jusqu'au 2 avril 2021. Par un courrier du 16 septembre 2020, resté sans réponse, il a sollicité auprès du maire de Bordeaux la reprise de son ancienneté acquise au sein des armées. Par arrêté du 3 avril 2021, le maire de cette même collectivité l'a intégré dans le cadre d'emplois des agents de la police municipale au grade de gardien-brigadier. Par décision du 1er août 2022, le maire de Bordeaux a rejeté la même demande présentée le 2 mai 2022 par

M. B. La requête de ce dernier doit être regardée comme tendant à l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. La décision attaquée se fonde sur ce que le ministère de la justice a repris l'ancienneté des services que M. B a accomplis en qualité de militaire, sur ce que le jugement n° 1912962 du tribunal administratif de Montreuil du 18 février 2022 a confirmé que ce ministère ne pouvait reprendre l'ancienneté de service des états militaires du requérant, et sur ce que sa titularisation dans le corps des surveillants pénitentiaires le 3 mars 2019 et son intégration par la voie du détachement dans le cadre d'emploi des agents de la police municipale font obstacle à ce que la commune de Bordeaux prenne en compte la durée de ses états de services militaires. Cette dernière précise que cette décision se fonde sur les dispositions du II de l'article 4 du décret du 12 mai 2016 relatif à l'organisation de la carrière des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale.

3. En premier lieu, il résulte du jugement du tribunal administratif de Montreuil du 18 février 2022 rappelé au point 2 qu'il a confirmé la décision du 28 août 2019 par laquelle le garde de sceaux, ministre de la justice a rejeté la demande de M. B tendant à la reprise de la durée de ses services militaires sur le fondement des articles L. 4139-1 et L. 4139-3 du code de la défense. Dans ces conditions, si M. B soutient, à juste titre, que le premier motif de la décision attaquée, tiré de ce que le ministère de la justice aurait repris l'ancienneté des services qu'il a accomplis en qualité de militaire, est entaché d'inexactitude matérielle, cette motivation, pour regrettable que soit la maladresse de sa rédaction, doit toutefois être regardée, à la lecture combinée des deux premiers motifs, comme signifiant en réalité que l'analyse de la reprise de la durée de ses services militaires, et non la reprise en elle -même de ces services, avait déjà été effectuée par le ministre, cette autorité lui ayant opposé un refus dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montreuil.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 17 novembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emploi des agents de police municipale : " Les agents de police municipale constituent un cadre d'emplois de catégorie C au sens de l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. / Ce cadre d'emplois comprend le grade de gardien-brigadier et le grade de brigadier-chef principal. / Ces grades sont régis par les dispositions du décret n° 2016-596 du 12 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale et par celles du présent décret. () Le grade de gardien-brigadier relève de l'échelle C2 de rémunération. () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Les stagiaires sont classés à l'indice afférent au 1er échelon de leur grade, sous réserve de l'application des dispositions des articles 4 à 10 du décret du 12 mai 2016 précité. () ". D'autre part, aux termes de l'article 5 du décret du 12 mai 2016 relatif à l'organisation de la carrière des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " () II. - Les personnes qui justifient, avant leur nomination dans un grade classé en échelle de rémunération C2 de l'un des cadres d'emplois régis par le présent décret, de services accomplis en tant qu'agent public contractuel, ancien fonctionnaire civil, ancien militaire ne réunissant pas les conditions prévues aux articles L. 4139-1 et L. 4139-3 du code de la défense ou agent d'une organisation internationale intergouvernementale sont classées conformément au tableau suivant : () ".

5. À supposer, à la lecture du courrier de son conseil du 16 septembre 2020 rappelé au point 1 produit au dossier, et par référence aux dispositions de l'article 1er du décret du 17 novembre 2006 qui prévoient que le grade de gardien-brigadier de police municipale relève de l'échelle C2 de rémunération, que M. B ait entendu invoquer la méconnaissance du II de l'article 5 du décret du 12 mai 2016, il résulte, d'abord, de l'arrêté d'intégration de M. B au sein du cadre d'emploi des agents de la police municipale qu'avant sa nomination au sein des services de la commune de Bordeaux à compter du 3 avril 2021, l'intéressé était détaché depuis le 1er septembre 2019 au sein de ce cadre d'emploi, au grade de gardien-brigadier, du corps des surveillants pénitentiaires. Dans ces conditions, avant sa nomination dans un grade classé en échelle de rémunération C2 du cadre d'emploi des agents de police municipale, également régi par le décret du 12 mai 2016 relatif à l'organisation de la carrière des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale, M. B n'était ni agent public contractuel, ni ancien fonctionnaire civil, ni ancien militaire, mais présentait la qualité de fonctionnaire civil en activité. Par suite, en prenant la décision attaquée, le maire de Bordeaux n'a pas méconnu l'article 5 du décret du 12 mai 2016.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 12 mai 2016 : " I. - Les fonctionnaires recrutés dans un cadre d'emplois ou un emploi de catégorie C dans un grade situé en échelle de rémunération C1 ou C2 sont classés, lors de leur nomination, au 1er échelon de ce grade, sous réserve des dispositions prévues aux II à IV et aux articles 5 à 10. / II. - Les fonctionnaires relevant, à la date de leur nomination, d'un grade d'un corps, d'un cadre d'emplois ou d'un emploi de catégorie C doté de la même échelle de rémunération que le grade dans lequel ils sont recrutés sont classés au même échelon et conservent la même ancienneté d'échelon que celle qu'ils avaient acquise dans leur situation antérieure. ".

7. M. B ne conteste pas qu'à la date de sa nomination dans le corps de la police municipale, le cadre d'emploi du corps des surveillants pénitentiaires était doté de la même échelle de rémunération que le grade de gardien-brigadier dans lequel il a été recruté par la commune de Bordeaux, et qu'en application du II de l'article 4 du décret du 12 mai 2016, il devait conserver la même ancienneté d'échelon que celle qu'il avait acquise dans sa situation antérieure. Par suite, ce dernier motif pouvait, à lui seul, fonder la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bordeaux, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

F. GENTY

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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