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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202241

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202241

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantCABINET ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 22 mars 2013, 27 mai 2014, 5 avril 2015, 4 février 2017, 22 juillet 2017, 28 novembre 2017, 15 février 2019, 19 mai 2019, 29 mars 2020 et 29 janvier 2022 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 1er septembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite assorti des points illégalement retirés dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont jamais été notifiées ;

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure substantiel dans la mesure où l'administration ne lui a pas communiqué les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022 le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les points retirés consécutivement à l'infraction commise le 29 mars 2020 ont été restitués à M. C le 7 juin 2021, de sorte que les conclusions dirigées contre ce retrait sont devenues sans objet ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D été entendu au cours de l'audience publique tenue le 7 février 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta greffière d'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 1er septembre 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. C l'ensemble des retraits de points successivement opérés à la suite des dix infractions relevées à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 22 mars 2013, 27 mai 2014, 5 avril 2015, 4 février 2017, 22 juillet 2017, 28 novembre 2017, 15 février 2019, 19 mai 2019, 29 mars 2020 et 29 janvier 2022, ainsi que par voie de conséquence, la décision du 1er septembre 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, qu'en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, les points retirés consécutivement aux infractions commises les 5 avril 2015, 4 février 2017, 22 juillet 2017, 28 novembre 2017, 15 février 2019 et 29 mars 2020 ont été restitués à l'intéressé les 24 décembres 2015, 22 novembre 2018, 2 juillet 2018, 1er novembre 2018, 6 novembre 2019 et 7 juin 2021, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de point consécutives à ces infractions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conditions de notification :

3. Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie, et partant, la légalité de ces retraits. Il s'ensuit que ce moyen est inopérant à l'encontre des décisions successives de retrait de points.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 22 mars 2013, 27 mai 2014 et 29 janvier 2022 :

5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C que les infractions relevées à son encontre les 22 mars 2013, 27 mai 2014 et 29 janvier 2022 ont été verbalisées aux moyens de procès-verbaux dématérialisés, ainsi que le prouve la mention " PVE " et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

6. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation.

7. Il résulte de l'instruction, d'une part, que l'infraction commise le 22 mars 2013 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique signé par le requérant, lequel comporte les informations exigées par l'articles L. 223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester de la délivrance des informations préalables. D'autre part, le ministre établit, par la production de deux bordereaux de transmission à l'officier du ministère public, que deux avis ont été adressés les 3 juin 2014 et 9 février 2022 à M. C (A titulaire), que ces plis n'ont pas été retournés avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée ". Dans ces conditions, et alors que le requérant ne démontre pas que les avis de contravention qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 19 mai 2019 :

8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire du requérant, produit par l'administration, que l'infraction commise le 19 mars 2019 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police de contrôle automatisé ", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Cependant, le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire correspondant. Il s'ensuit que la décision du ministre de l'intérieur retirant deux points du capital de points du permis de conduire de M. C, à la suite de l'infraction commise le 19 mai 2019, doit être regardée comme étant intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de deux points consécutive à l'infraction commise le 19 mai 2019.

Sur le nombre de points affectés au permis de conduire de M. C:

10. Dans l'hypothèse où le juge, saisi d'un recours contre une décision qui récapitule les retraits de points consécutifs aux infractions précédemment commises, est conduit à constater que des points ont été illégalement retirés au conducteur, il lui appartient de soustraire du total des points retirés à ce dernier, qui peut être supérieur à douze, ceux qui l'ont illégalement été et de rechercher si, compte tenu de cette soustraction, le nombre de points qui peuvent être légalement retirés au permis est, au jour où il statue, égal ou supérieur à douze, ou égal ou supérieur à six pendant le délai probatoire prévu à l'article L. 223-1 du code de la route. S'il apparaît, alors, que le capital dont l'intéressé disposait n'a pas été totalement épuisé, la décision par laquelle le ministre a déclaré la perte de validité du permis est illégale. Ainsi qu'il a été dit plus haut, la décision de retrait de deux points consécutive à l'infraction commise le 19 mai 2019 est entachée d'illégalité. Il y a lieu, dès lors, de soustraire du nombre total de points retirés à M. C, qui s'élève, aux termes de la décision 48 SI du 1er septembre 2022 et dès lors que les points retirés à l'occasion des infractions commise les 5 avril 2015, 4 février 2017, 22 juillet 2017, 28 novembre 2017, 15 février 2019 et 29 mars 2020 lui ont été réattribués, à quatorze, les deux points illégalement retirés. En conséquence, le capital de points de l'intéressé est nul. Il suit de là que la décision 48 SI du 1er septembre 2022 du ministre de l'intérieur doit être annulée en tant seulement qu'elle notifie à M. C le retrait de deux points de son permis de conduire en raison de l'infraction commise le 19 mai 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction () prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant d'un délai d'exécution ".

12. Il résulte de ce qui a été exposé au point 9, que l'exécution du présent jugement, implique seulement la restitution des deux points illégalement retirés à la suite de l'infraction commise le 19 mai 2019. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme au titre des frais susceptibles d'être remboursés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré deux points du capital du permis de conduire de M. C à la suite de l'infraction relevée le 19 mai 2019 et la décision 48SI du 1er février 2022 en tant qu'elle notifie ce retrait de points sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de restituer à M. C les deux points retirés à la suite de l'infraction commise le 19 mai 2019.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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